La dépersonnalisation et la déréalisation [Dossier “Les troubles dissociatifs”]

On passe maintenant dans les troubles dissociatifs vraiment moins connus et pourtant fréquents. Comme pour l’amnésie dissociative, la déperso et la déréal sont souvent des symptômes associés à d’autres troubles et donc, on n’y pense pas forcément.

La déperso et la déréal

Critères :

A. Expériences prolongées ou récurrentes de dépersonnalisation, de déréalisation, ou bien des deux :

1. Dépersonnalisation : Expériences d’irréalité, de détachement, ou bien d’être un observateur extérieur de ses propres pensées, de ses sentiments, de ses sensations, de son corps ou de ses actes (p. ex. altérations perceptives, déformation de la perception du temps, impression d’un soi irréel ou absent, indifférence émotionnelle et/ou engourdissement physique).

2. Déréalisation : Expériences d’irréalité ou de détachement du monde extérieur (p. ex. les personnes ou les objets sont ressentis comme étant irréels, perçus comme dans un rêve, dans un brouillard, sans vie ou bien visuellement déformés).

B. Pendant les expériences de dépersonnalisation ou de déréalisation, l’appréciation de la réalité demeure intacte.

C. Les symptômes sont à l’origine d’une détresse cliniquement significative ou d’une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants.

D. La perturbation n’est pas imputable aux effets physiologiques d’une substance (p. ex. une drogue donnant lieu à un abus, un médicament) ou à une autre affection médicale (p. ex. des crises comitiales).

E. La perturbation n’est pas mieux expliquée par un autre trouble mental, comme une schizophrénie, un trouble panique, un trouble dépressif caractérisé, un trouble stress aigu, un trouble stress post-traumatique ou un autre trouble dissociatif.

Pour faire un résumé simple :
  • expériences de déperso (détachement de soi) et/ou de déréal (détachement de son environnement) prolongées ou récurrentes ;
  • on sait que la réalité est toujours la réalité, on en est « juste » détâché.e.s ;
  • des difficultés dans la vie ;
  • pas dû à des substances ou à une autre condition médicale ;
  • ne s’explique pas mieux par une schizophrénie, un trouble panique, dépressif, de stress aigu ou de stress post-traumatique ni par un autre trouble dissociatif.

Prévalence :

Le DSM-V explique que la moitié des personnes vivent des épisodes brefs (quelques heures à quelques jours) de déperso et/ou déréal et qu’il est donc difficile de faire une estimation juste. Le trouble tel que décrit par les critères ci-dessus concernerait en moyenne 2% de la population, selon une étude de 2004. L’étude de 2019 estime la prévalence à 2,2%.

Troubles associés :

Troubles dépressifs, troubles anxieux, trouble de la personnalité, trouble obsessionnel-compulsif, plus rarement trouble de stress post-traumatique, …

Infos en plus :

Bon, être « détâché.e » de son corps ou de son environnement, ça peut être un peu vague (comme la déperso et la déréal d’ailleurs ^^), alors voici quelques exemples de trucs du quotidien qui peuvent faire penser à ce trouble, liste non-exhaustive bien entendu :

Déperso : ne pas se sentir bien en se regardant dans les yeux dans un miroir ; avoir l’impression de n’être personne ou de ne pas exister ; savoir qu’on a des émotions ou des sentiments mais ne pas les ressentir ; avoir l’esprit brumeux ; ne pas ressentir la faim, la soif, le contact physique, la douleur ou le plaisir ; avoir des difficultés de proprioception ou d’équilibre ; avoir l’impression d’agir en pilote automatique ; ne pas vraiment contrôler ses paroles ou ses mouvements ; avoir l’impression d’être en dehors ou décalé.e de son corps ; engourdissements ; notion du temps altérée ; …

Déréal : avoir la vision trouble ou du mal à « mettre au point » avec sa vue ; à l’inverse, un champ visuel plus large ou plus étroit, une impression de vue perçante ; impression que l’extérieur de soi est irréel, peu familier ou terne, et ça peut concerner autant des lieux que des objets, des animaux ou des personnes ; se sentir dans le brouillard, comme dans un rêve ; des difficultés avec les distances, la taille des choses, les dimensions (comme une vision aplatie de l’environnement par exemple) ; avoir l’impression que tous les sons sont trop forts ou au contraire, ne pratiquement rien entendre ; …

Le DSM-V précise que « lors de ces expériences, l’appréciation de la réalité est intacte » (critère B). Bon, intacte est un grand mot pour dire que les symptômes de la déperso/déréal sont subjectifs et qu’on « sait » qu’ils ne correspondent pas à la réalité réelle vraiment vraie (après me faites pas dire ce que j’ai pas dit, ça veut pas dire qu’on y croit pas un peu quand même, surtout quand c’est difficile hein ^^). Bref, ce critère-là est présent pour différencier les symptômes de détachements du trouble de dépersonnalisation/déréalisation d’autres symptômes comme les hallucinations dans la schizophrénie (encore une fois, me faites pas dire ce que j’ai pas dit, je dis pas que les hallus sont pas réelles, on est toujours dans des critères psy ici hein).

Pour en revenir à la dépersonnalisation et la déréalisation, ce sont des troubles qui ne sont pas souvent pris au sérieux ou identifiés comme pathologiques. “Personne n’aime se regarder dans le miroir hein”, oui mais non, si te regarder dans les yeux te fait voir flou et te sentir mal après, c’est pas juste que t’aimes pas ton reflet en fait ^^ 

De plus, la déperso et la déréal sont des symptômes de nombreux autres troubles, dont le TDI mais pas seulement. En effet, ils peuvent être symptômes du trouble de stress post-traumatique, des troubles liés à des traumatismes, des troubles anxieux, de certains troubles de la personnalité, de la schizophrénie, etc… sans compter qu’ils sont aussi un peu considérés comme les symptômes par excellence de la dissociation ^^ et sont donc intimement liés aux autres troubles dissociatifs.

Dossier “Les troubles dissociatifs”

Cet article fait partie du dossier “Les troubles dissociatifs”. 

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