L’autre trouble dissociatif spécifié (ATDS) [Dossier “Les troubles dissociatifs”]

On en a déjà parlé quelques fois, car c’est un trouble qui ressemble beaucoup au trouble dissociatif de l’identité dans pas mal de cas. On ne parlera pas ici de types comme « 1a », « 1b », etc, car il s’agit d’exemples présents dans le DSM-IV (oui oui on en fera un article ^^). Bienvenue dans la catégorie « fourre-tout/on sait pas trop mais un peu quand même » : l’ATDS !

L'autre trouble dissociatif spécifié

Critères :

Alors euh ben… Y en a pas vraiment vraiment en fait. Enfin si, mais c’est pas aussi clair que pour les autres troubles dissociatifs. Le DSM-V dit ceci :

Cette catégorie s’applique aux tableaux cliniques où prédominent des symptômes caractéristiques d’un trouble dissociatif, entraînant une détresse cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants, sans toutefois remplir complètement les critères de l’un des troubles du chapitre des troubles dissociatifs.

Et avec l’ajout de cette nuance, qui le différencie du TDNS (trouble expliqué dans l’article en lien plus bas) :

La catégorie « autre trouble dissociatif spécifié » est utilisée dans des situations où le clinicien choisit de communiquer la raison particulière pour laquelle le tableau clinique ne remplit les critères d’aucun trouble spécifique de ce chapitre.

Et en gros, lae clinicien.ne en question doit préciser la raison particulière pour laquelle iel pose le diagnostic d’ATDS, c’est pour ça qu’il est « spécifié » ^^. Il y a des exemples, qui ne sont ni exhaustifs ni un canevas strict :

1. Syndromes chroniques et récurrents de symptômes dissociatifs mixtes : Cette catégorie inclut des perturbations de l’identité associées à des failles non graves dans le sens du soi et de l’agentivité, ou à des altérations de l’identité ou à des épisodes de possession chez une personne qui ne rapporte pas une amnésie dissociative.

2. Perturbations de l’identité dues à des environnements de persuasion coercitive intense et prolongée: Les personnes qui ont été soumises à des environnements de persuasion coercitive intense (p. ex. lavage de cerveau, rééducation idéologique, endoctrinement chez des prisonniers, torture, emprisonnement politique prolongé) peuvent présenter des modifications durables ou des questionnements conscients concernant leur identité.

3. Réactions dissociatives aiguës à des événements stressants: Cette catégorie s’adresse à des situations aiguës et transitoires qui durent typiquement moins d’un mois, et parfois seulement quelques heures ou quelques jours. Ces situations sont caractérisées par une restriction du champ de conscience, de la dépersonnalisation, de la déréalisation, des perturbations des perceptions (p. ex. ralentissement du temps, macropsie), des micro-amnésies, une stupeur transitoire et/ou des altérations du fonctionnement sensori-moteur (p. ex. analgésie, paralysie).

4. Transe dissociative: Cette situation est caractérisée par une restriction aiguë ou une perte complète de la conscience de son environnement immédiat, ce qui se manifeste par un manque profond de réactivité ou une insensibilité aux stimuli environnementaux. Ce manque de réactivité peut être accompagné par des comportements stéréotypés mineurs (p. ex. mouvements des doigts) dont la personne n’est pas consciente ou qu’elle ne peut pas contrôler, ainsi que par des paralysies ou une perte de connaissance transitoire. La transe dissociative ne fait pas partie des pratiques religieuses ou culturelles collectives généralement admises.

Pour faire un résumé simple (enfin, on va essayer) :
  • des difficultés dans la vie ;
  • pas dû aux substances ;
  • pas culturel ni religieux ;
  • pas dû à un autre trouble ou une autre condition médicale ;

+ spécification :

  • comme un TDI mais sans switch ou sans amnésie ;

OU

  • présence possible de fragments d’identités ou d’alters moins “accompli.e.s” influençant la personne mais n’étant pas des alters à part entière ;

OU

  • identité modifiée/en questionnement, présence possible de fragments également ;

OU

  • déperso et/ou déréal et/ou amnésie dissociative durant une courte durée (moins d’un mois, quelques heures/jours) ;

OU

  • transe dissociative : absence de réactions, perte de conscience de l’environnement, insensibilité aux stimuli ;

OU

  • de la dissociation pathologique n’entrant pas strictement dans les critères diag des autres troubles dissociatifs ;

OU

  • un mélange de tout ça.

Prévalence :

Le DSM-V ne donne pas de chiffres pour l’ATDS, mais l’étude de 2019 indique une prévalence de 4,5%.

Troubles associés :

Le DSM-V ne précise pas de troubles associés à l’autre trouble dissociatif spécifié, mais on peut supposer que les troubles associés aux autres troubles dissociatifs peuvent être repris ici. Exemples : troubles dépressifs, de stress post-traumatique, anxieux, etc…

Infos en plus :

Comme décrit, l’ATDS reprend vraiment toute la dissociation symptomatique qui ne rentre pas dans d’autres cases diag, qu’il y ait des alters ou non. Bien sûr, lorsqu’il y a des alters, le TDI et l’ATDS peuvent se ressembler très fort. Mais d’ailleurs, qu’est-ce qui différencie un.e alter du TDI d’un.e alter de l’ATDS ? Hormis le switch ou non ou le côté “accompli.e” ou non, c’est vraiment difficile à dire. Mais après tout, est-ce vraiment important ?

Des questions sont souvent posées autour de l’ATDS sans alters, qui d’ailleurs peut reprendre simplement les exemples ci-dessus (identité modifiée, transe dissociative, déperso/déréal/amnésie temporaire, etc…).

En général, on parle plutôt d’ATDS sans alters pour décrire la pluralité où il n’y a pas d’autres identités formées mais plutôt des sortes de fragments. Ces fragments sont généralement composés de matériaux et de réponses conditionnées, traumatiques et/ou émotionnelles. Ces fragments peuvent influencer la personne voire prendre très temporairement le contrôle du corps (par exemple, pour se défendre en cas de rappel traumatique, que ce soit de façon physique ou verbale). La présence de fragments est par ailleurs très courante dans les troubles liés aux traumatismes

Enfin, pour y revenir brièvement si cela vous parle, on entend souvent “ATDS 1a” et “ATDS 1b” (de l’anglais OSDD 1a, 1b, …). Il y a d’autres lettres mais ce n’est pas la question. En fait, ces lettres sont des exemples de spécifications présentées avec cette numération dans le DSM-IV. Le DSM-V donne aussi des exemples avec des numéros mais on a préféré ne pas les reprendre tels quels pour la simple raison qu’on ne veut pas en faire une généralité (comme ça a été largement fait avec le DSM-IV). 

Ces exemples ne sont pas des critères stricts obligatoires et on ne veut pas que quelqu’un.e ne se sente pas légitime parce qu’iel ne rentre pas dedans, surtout alors que l’autre trouble dissociatif spécifié accepte vraiment beaucoup de manifestations de la multiplicité

Après, si a, b, c vous aide à vous définir, vous faites bien ce que vous voulez évidemment ! On ne voulait juste pas faire de généralité de ce qui n’est à la base que des exemples 🙂 

Dossier “Les troubles dissociatifs”

Cet article fait partie du dossier “Les troubles dissociatifs”. 

Lien vers les troubles dissociatifs :