[YT] Qu’est-ce que la multiplicité ?

Transcription :

K: Bonjour et bienvenue dans cette nouvelle vidéo de Partielles sur la multiplicité dont le TDI, présentée par Epsi et Kara ! 

Il y a quelques jours, on vous a demandé sur les réseaux sociaux quelles étaient les questions que vous vous posez concernant votre possible ou confirmée multiplicité. Vous avez été nombreux et nombreuses à nous répondre et déjà, merci beaucoup ! 

Avec toutes les questions que nous avons reçues, en plus de celles qu’on avait déjà eues par messages privés ou par mails ainsi que ce qu’on a déjà lu sur différentes plateformes, on s’est dit que le mieux serait de diviser ce contenu en trois voire quatre vidéos. 

La première, celle-ci quoi, portera sur la multiplicité en général et les signes qui font penser à la multiplicité. 

La seconde portera sur les questions qu’on se pose avant de prendre conscience qu’on est multiples, tous ces questionnements sur est-ce que oui, est-ce que non. 

La troisième portera sur la prise de conscience en elle-même, pour les personnes qui ont pris conscience qu’elles sont effectivement multiples récemment ou moins récemment. 

Ensuite on fera d’autres vidéos, notamment sur la communication, peut-être l’innerworld, la recherche d’un suivi psy si c’est ce que vous voulez, et on verra pour la suite. 

On aime se faire de beaux projets nous haha 

Au programme de cette vidéo, nous allons parler des trucs suivants : 

  • Qu’est-ce que la multiplicité ?
  • Les différentes origines de la multiplicité
  • Le TDI et l’ATDS ainsi que leurs critères, l’amnésie, les traumas, touça 
  • On va aussi redéfinir ce qu’est un ou une alter, un fragment, un switch, bref on va aller dans le détail pour essayer que ce soit clair 
  • On parlera aussi d’autres troubles 
  • Et enfin, on va parler brièvement de tous les signes qui peuvent faire penser à la multiplicité 

E: Qu’est-ce que la multiplicité ? 

La multiplicité, c’est être + que 1. 

C’est tout. 

Si, si, c’est tout. 

Allez, évidemment qu’on va développer mais retenez vraiment ça: être multiple, c’est être + que 1. 

Dans sa tête, cela va de soi. 

Alors vous vous dites sûrement “oui mais c’est aussi des traumas, et de la dissociation, et de l’amnésie, et et et”. Alors, non. Mais je comprends que vous pensiez ça parce que la multiplicité est surtout connue et représentée par le trouble dissociatif de l’identité. Même sur Partielles, c’est le sujet dont on parle principalement. Cependant, le TDI et même l’ATDS ne sont pas des origines de multiplicité, ce sont des diagnostics, et ce n’est pas la même chose. On développe ça juste après. 

Retenez vraiment l’essentiel, la base de tout pour que ce soit le plus clair possible : la multiplicité, c’est être + que 1. 

Avant de développer tout ça, on va faire un rapide point de vocabulaire. 

Quelques mots utiles

La multiplicité, on l’appelle aussi la pluralité. Ces deux termes veulent dire globalement la même chose. Ils n’ont pas tout à fait la même origine, surtout dans la communauté anglophone. Plurality est parfois considéré comme plus inclusif encore que Multiplicity en anglais. Dans nos communautés francophones, on ne fait pas vraiment de différences alors retenez simplement que les deux existent. 

De la même façon, personne multiple peut aussi être dit personne Plural. Plurals est un terme-parapluie surtout utilisé par les anglophones pour regrouper toutes les personnes concernées par la multiplicité/pluralité. En français, on utilise principalement multiple comme terme-parapluie, ou on garde Plural de l’anglais. Je pense qu’on dit assez peu Plurals aussi parce que notre belle langue française est genrée et que multiple c’est plus facile à traduire que plural-plurale-pluriel-pluraux-pluralaux, bref voilà haha. 

L’ensemble de ce qu’est une personne multiple est généralement appelé un système. Système peut être utilisé comme un équivalent à multiple en fonction du contexte mais en principe, système désigne vraiment l’ensemble de ce qui fait qu’on est “+ que 1”. 

Mais justement alors, qu’est-ce qu’il y a dans ce “+ que 1”, qu’est-ce qui compose une personne multiple ? Alors ben en fait, ça dépend des systèmes. En fonction des personnes, les “autres trucs” sont identifiés comme des parts ou des parties, des parties dissociées, des fragments, des identités ou des personnes, pour ne citer que ça. Il y a des nuances et des subtilités dans ces notions, on y reviendra plus tard dans la vidéo. 

En général, quand le système identifie ce qui le compose comme des identités ou des personnes ou presque des personnes, on parle d’alters. Il faut savoir cependant que les anglophones lui préfèrent le terme headmate, qui signifie plus ou moins camarade de tête. Pour expliquer très brièvement, c’est parce que le mot “alter” est utilisé par la psychiatrie pour désigner ce qu’iels appellent des parties dissociées, considérées comme anormales et dont il faut guérir, et donc ce terme peut être considéré comme inadapté pour désigner les membres d’un système. On a très peu cette nuance dans nos communautés. En français, on utilise alter sans cette notion psychiatrisée et peu importe l’origine du système. 

Bref, il y aurait beaucoup de choses à dire et certaines vont être développées après. 

Pour résumer, la multiplicité concerne les personnes multiples, c’est-à-dire des personnes qui sont + que 1 et dont l’ensemble de ce qu’il y a dans leur tête s’appelle un système. 

Info importante pour la suite : pour plus de facilité pour nous et parce qu’on considère ce qui compose les systèmes comme des personnes, on utilisera les termes membres du système ou alters. On définira les fragments après, un truc à la fois haha ^^ 

On espère que c’est assez clair, continuons. 

K: Les origines de la multiplicité 

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles on peut être multiple. Quand on parle de l’origine de la multiplicité d’une personne, on fait surtout référence à l’origine des membres de son système. 

L’origine la plus connue, c’est l’origine traumagénique. C’est-à-dire quand la formation d’un ou une alter est le résultat d’un ou plusieurs événements traumatiques. Quand la totalité ou la majorité des membres d’un système résultent de traumas, on parle de système traumagénique. On définira ce qu’est un trauma après. Alors oui je vous entends d’ici, c’est ça le TDI ? Un peu de patience, on y revient. 

L’origine traumagénique fait partie de ce qu’on peut appeler la multiplicité adaptative, c’est-à-dire qui est faite pour s’adapter, guérir, survivre. Origine traumagénique quand il s’agit de traumas, origine neurogénique quand c’est lié aux difficultés d’une neuroatypie-psychoatypie, etc… 

Ensuite, vous en avez peut-être déjà entendu parler, il y a l’origine endogénique. C’est un terme qui regroupe une partie des origines non-traumagéniques, donc dont les alters ne sont pas le résultat de traumas. Donc quand la totalité ou la majorité des membres d’un système ne résultent pas de traumas, on parle de système endogénique. 

Il y a plein d’origines qui sont regroupées sous le parapluie endogénique. Il y a par exemple les systèmes protogéniques, c’est-à-dire des systèmes qui sont là depuis la naissance. Il y a les systèmes spirigéniques, c’est-à-dire des systèmes créés par des moyens spirituels. Il y a des systèmes parogéniques, métagéniques, spontanés, et plein d’autres.  

Vous l’aurez compris, il y a énormément d’origines de systèmes et beaucoup sont assez méconnues. Je vous invite à aller voir le site pluralpedia pour en savoir plus sur tout ça. 

Les origines les plus connues sont donc surtout les traumagéniques et les endogéniques. On parle d’origine mixte quand un système combine des membres de plusieurs origines différentes. 

Pour définir l’origine d’un système, ça peut être complexe parfois, souvent on le sent, on le sait par intuition ou par des souvenirs qui reviennent, et parfois il faut du temps pour le comprendre aussi. On ne va pas développer ça dans cette vidéo, ce serait trop long, mais ça vous donne déjà une idée des différentes possibilités et ça répond sûrement déjà à quelques questions que nous avons reçues. 

On tient à le préciser ici directement : quelle que soit l’origine d’un système, ce système est légitime. Aussi, quelle que soit la façon dont un système souhaite se définir et peu importe l’étiquette qui le met à l’aise, ce système est légitime. Voilà. 

Continuons. 

Et le TDI dans tout ça ?

La psychiatrie reconnaît la multiplicité et a défini deux diagnostics pour la multiplicité principalement traumagénique. Vous l’attendiez, on y est, il s’agit du trouble dissociatif de l’identité, ou TDI, et de l’autre trouble dissociatif spécifié, ou ATDS. Il y aussi le trouble dissociatif non spécifié, ou TDNS, mais c’est vraiment la même chose que l’ATDS donc restons sur le TDI et l’ATDS. 

Qui dit troubles dit critères diagnostiques. Autrement dit, on peut être multiple sans être concerné-e par le TDI ou l’ATDS, tout comme on peut être multiple et remplir d’autres critères qui permettent de définir qu’il y a un TDI ou un ATDS. 

E: Avant de continuer, nouveau point de vocabulaire 

Comme on vous le disait, il y a plein de termes pour définir ce qui compose un système. Parts, alters, fragments, et plein d’autres. 

Pour essayer de faire simple, on considère qu’il y a un peu deux façons de voir les choses.

La façon plutôt définie par la psychiatrie – qui peut être très réductrice parce que son but reste de normaliser la société – 

et la façon plutôt définie par le vécu des personnes concernées, qui ne se reconnaissent pas ou peu dans ce que la psychiatrie a défini. 

La multiplicité, donc être + que 1, c’est avoir plus d’une identité, plus d’un “soi” dans soi, c’est être plusieurs. Ce plusieurs peut être plus ou moins développé, autonome et conscient. 

En fonction du degré d’élaboration, les personnes multiples déterminent s’il s’agit plutôt d’un fragment ou d’un ou une alter. 

Les alters étant comme des personnes ou presque, avec des goûts, une personnalité, une identité propre, parfois des souvenirs, et tout ça. Petite précision : ce degré d’élaboration peut ne pas être perçu au départ ou peut se développer avec le temps et dépend totalement d’un ou une alter à l’autre. 

Et les fragments étant moins développés et reprenant généralement un souvenir, un sentiment ou un comportement par exemple. Petite précision : les fragments chez les personnes multiples peuvent se développer et devenir des alters. 

Quant aux termes plutôt définis par la psychiatrie, ils ne font pas la distinction, ils parlent notamment de parts ou de parties plus ou moins élaborées. Parce que la psychiatrie ne veut pas reconnaître que ces “parties” peuvent être comme des personnes. C’est un autre débat, on n’est pas là pour ça ^^ Chacun et chacune a le droit de se définir selon ce qui lae met à l’aise. 

Comme on l’a déjà dit, nous on utilise alters et fragments. On utilise aussi identités, là où les termes psychiatriques disent plutôt états de personnalité. Bref ! 

Pour conclure ce point vocabulaire, parlons du switch. Le switch, c’est le changement d’alter au contrôle du corps. Le switch peut être volontaire ou involontaire, le switch peut être conscient ou inconscient, et le switch n’influence pas forcément la mémoire. Et tous les systèmes ne switchent pas. 

En fonction des systèmes et en fonction des alters, le switch peut être vécu comme une perte de contrôle suivi d’une reprise de contrôle, ou comme une sensation d’agir d’une façon différente sans pour autant se dire qu’on est vraiment une autre personne, ou en sachant qu’on est une autre personne, ou en ne se rendant compte de rien du tout. ça dépend VRAIMENT de plein de choses. 

On parle d’influence quand un ou une alter bah.. influence l’alter qui est actuellement au contrôle du corps. C’est-à-dire qu’un ou une alter peut être derrière, ne pas contrôler le corps et le conscient, mais influencer par ses pensées, ses envies, ses sentiments, ses sensations ou autre, l’alter qui est devant. Il y aussi des moments où un ou une alter est devant mais c’est un ou une alter de derrière qui contrôle le corps, juste le corps. ça peut être conscient ou inconscient, tout comme ça peut être volontaire ou involontaire de la part de l’alter qui est derrière. 

En passant, les fragments peuvent switcher et peuvent influencer, ça dépend des systèmes. On y revient un peu plus en détails après. 

Bien, maintenant, revenons au TDI et à l’ATDS qui sont, petit rappel, des diagnostics.

K: Commençons par le TDI

Pour définir le TDI et l’ATDS, on va se baser sur les critères définis par le DSM-V. Non pas parce que ce bouquin est génial – loin de là – mais parce que c’est la référence majoritairement utilisée par les professionnel-les. 

Le TDI est défini par 5 critères diagnostiques. 


Le premier, le critère A, est celui qui concerne la multiplicité. Il nous dit qu’il faut qu’il y ait des alters qui switchent. C’est-à-dire que le système peut être composé uniquement d’alters ou d’alters et de fragments et qu’il faut qu’il y ait des alters qui switchent, avec ou non de l’influence en plus. Le nombre minimum d’alters est de 2 et il n’y a pas de nombre maximum. Précision : tous les membres d’un système sont des alters même la personne consciente, donc il suffit d’avoir un ou une alter pour être 2, vu qu’il suffit d’être + que 1 haha. 

Le second, le critère B, est celui qui concerne la mémoire. Il nous dit qu’il doit y avoir de l’amnésie. C’est souvent un sujet de questionnements donc on va vraiment définir ici de quoi il s’agit. La représentation du TDI, notamment au cinéma ou dans la croyance populaire, exprime l’amnésie par des trous noirs entre les alters, disant presque que les alters ne peuvent pas avoir conscience des autres alters à cause des switch. C’est rarement le cas. On va vraiment insister là-dessus : l’amnésie, ce n’est pas forcément des trous de mémoire entre les switch et les alters, ce n’est pas forcément des blackouts. 

L’amnésie peut se manifester de plein de façons différentes. Elle peut concerner des événements ou des périodes passées. Par exemple, si vous ne vous rappelez plus d’une partie de votre enfance ou d’une partie de votre adolescence ou d’une partie de votre vie, c’est de l’amnésie. Si vous ne vous rappelez plus d’un événement plutôt marquant, c’est de l’amnésie. Si vous savez qu’un événement marquant est arrivé mais que le souvenir est absent ou que vous n’avez que le début, c’est de l’amnésie. 

Mais l’amnésie peut aussi concerner le présent ou le passé assez proche. Si vous vous souvenez sur le moment de ce qu’il se passe dans votre vie et des événements marquants, mais que vous l’oubliez après quelques heures, quelques jours ou quelques semaines, c’est de l’amnésie. Si vous vous souvenez de tout mais que vos souvenirs sont flous, brumeux ou que vous voyez les scènes comme si vous étiez à l’extérieur de vous – au-dessus, à côté, décalé-e -, c’est de l’amnésie. Si vous vous souvenez mais qu’il manque un élément sensoriel, par exemple vous voyez la scène mais vous n’entendez pas ce qui est dit ou seulement de façon très vague, ou vous entendez la scène mais vous ne la voyez pas, ou si vous avez un souvenir tactile sans image ni son, c’est de l’amnésie. 

Si vous ne vous souvenez des choses que lorsqu’on vous les rappelle, c’est de l’amnésie. 

Si vous oubliez des informations autobiographiques, c’est de l’amnésie. 

Bien sûr, si vous avez des trous de mémoire lors des switchs parce qu’il y a des barrières amnésiques entre les alters, c’est aussi de l’amnésie.  

Vous l’aurez compris, l’amnésie, ça peut être plein, plein, plein de choses. 

Et, en plus, il peut y avoir une amnésie de l’amnésie. On peut ne pas avoir conscience qu’on oublie des choses et on peut ne pas avoir conscience que des événements sont arrivés et qu’on les a oubliés. 

Le troisième critère, le critère C, concerne les difficultés. Il nous dit que les symptômes doivent causer une détresse ou des difficultés, dans la vie, le travail, les rapports sociaux ou autre. Le TDI est un diagnostic de trouble, logique. Juste pour info, le critère ne dit pas qu’il faut souffrir le martyr 100% du temps non plus, même si ça peut être le cas, on peut avoir un TDI et vivre de bons moments, n’en déplaise aux rageux et rageuses. 

Le quatrième, le critère D, concerne d’autres formes de multiplicité. Il nous dit que l’origine de la multiplicité ne doit pas être une pratique culturelle ou religieuse largement admise. 

Il ajoute que chez les enfants, il ne doit pas s’agir d’ami-es imaginaires. Petite précision là-dessus : chez les personnes multiples, il arrive souvent que les ami-es imaginaires soient en fait des alters. 

Enfin, le cinquième, le critère E, concerne les substances et les autres conditions médicales. Il nous dit que les symptômes ne doivent pas être dus à l’effet de substances ou d’autres conditions. Ce critère concerne surtout le critère B et peu la multiplicité. 

E: Passons à l’ATDS

L’ATDS est un diagnostic qui reprend un tas de symptômes, il n’a pas de critères stricts comme le TDI et il ne concerne pas forcément la multiplicité. Pour savoir tout ce que regroupe ce diagnostic, on vous met en description le dossier qu’on a fait sur les troubles dissociatifs. 

Quand l’ATDS concerne la multiplicité, les critères diagnostiques indiquent qu’il s’agit d’un TDI mais qui ne correspond pas strictement aux critères de ce dernier, et en particulier qui ne correspond pas strictement aux critères A et B. Il y a donc plusieurs possibilités : 

  • Soit il y a des alters ou des alters et des fragments + de l’amnésie mais pas de switch
  • Soit il y a des alters ou des alters et des fragments + des switch mais pas d’amnésie 
  • Soit il n’y a que des fragments et pas d’alters, avec des switchs ou pas, avec de l’amnésie ou pas 

Qu’il y ait des alters, des alters et des fragments, ou seulement des fragments, il y a en principe au minimum de l’influence. 

Voilà, l’ATDS est vraiment large et reprend énormément de possibilités. 

 Petit point supplémentaire concernant l’amnésie 

L’amnésie est vraiment un sujet de questionnements très fréquent donc on va insister encore un petit peu là-dessus. L’amnésie se manifeste de plein de façons différentes comme on l’a expliqué pour le critère B du TDI. Donc, si vous n’avez pas d’amnésie du tout, et vraiment pas du tout, vous rentrez plutôt dans les critères de l’ATDS. 

Sinon, vous rentrez dans les critères du TDI. Si vous avez des alters et des switch évidemment, ça c’est le critère A. 

Très, très souvent, les gens pensent qu’ils n’ont pas d’amnésie alors qu’en fait c’est le cas. De très nombreux systèmes se souviennent d’énormément de choses, se souviennent du quotidien, se souviennent lorsqu’ils switchent, ou en tout cas ont au moins l’impression de se souvenir, même si c’est flou, même si c’est oublié par la suite. 

On voudrait vraiment insister là-dessus : quand un ou une alter passe devant vous, vous pouvez vous souvenir de ce qu’il se passe. Vous pouvez même avoir l’impression que c’est vous avec un comportement différent, voire que c’est vous qui avez l’impression de jouer un rôle. Beaucoup de systèmes vivent le switch comme ça, tout comme beaucoup de système switchent sans même s’en rendre compte. 

Petite précision d’ailleurs : ce n’est pas parce que vous vous souvenez ou parce que vous avez l’impression de rester devant que c’est effectivement le cas, et ça ne veut pas dire non plus dire que vous êtes un ou une alter shell, ni même que votre système a un ou une alter shell. ça peut être le cas mais ce n’est pas systématique. Autrement dit, vous n’êtes pas forcément vide ou incapable de fonctionner sans influence ou systématiquement là si vous vous souvenez de tout ça ou que vous avez l’impression de rester là. 

On mettra en description une ressource sur l’alter shell pour vous aider mais comme c’est une question qui revient souvent aussi, autant le préciser. L’alter shell est assez spécifique, c’est même souvent un rôle qu’on retrouve chez les alters gatekeepers plutôt que chez les hôtes. Si vous en avez besoin, on fera un article à ce sujet mais retenez ceci : alter shell ou pas, vous pouvez vous souvenir de ce qu’il se passe et avoir l’impression que c’est vous, énormément de systèmes le vivent comme ça. De la même façon, énormément de systèmes vivent de l’influence, sur l’hôte ou tout-e autre alter. Un système c’est dynamique et c’est rempli d’influences, pour résumer. 

Pour info quand même, si le concept de l’alter shell vous convient et que vous voulez vous définir comme ça, vous en avez le droit, évidemment.   

On va maintenant aborder le sujet des traumatismes, donc on vous met quelques TW. Mention (rien d’explicite) : traumas ; abus physiques, psychologiques, sexuels, médicaux ; accidents de voiture ; traitements médicaux

K: Et les traumas dans tout ça ?

On entend souvent cette phrase : “Il faut avoir vécu des traumatismes graves et répétés dans l’enfance pour développer un TDI”. En fait, non. Enfin, c’est plus compliqué que ça.

Vous l’avez peut-être remarqué dans les critères qu’on vient d’expliquer, il n’est pas mentionné qu’il faut avoir vécu des traumas et on va expliquer pourquoi. 

Mais d’abord, on va redéfinir ce que ça veut dire pour que ce soit vraiment clair. Un trauma, c’est un choc émotionnel, un stress intense qui laisse une trace, que ce soit dans l’inconscient, dans la mémoire, dans l’émotionnel, peu importe. Mais surtout, un trauma, c’est strictement personnel, ça dépend avant tout de la façon dont la personne a vécu un événement. Ce qui va être traumatisant pour une personne ne le sera pas pour une autre, et inversement. C’est en ça qu’il n’y a pas de traumas graves et de traumas pas graves, il n’y a pas d’échelle de gravité des traumas. Un trauma c’est un trauma et c’est personnel, c’est tout. 

Alors évidemment, il y a des situations qui ont tendance à traumatiser plus de gens que d’autres, c’est le cas notamment des abus, qu’ils soient physiques, psychologiques, sexuels, médicaux ou autres. Mais comme on vient de le dire, un trauma c’est aussi du stress intense ou un choc émotionnel, donc la négligence peut causer des traumas, de même que l’anxiété sociale, et bien d’autres choses. 

Et on dit bien traumas et pas forcément abus, notamment parce qu’il y a des situations où il n’y a pas d’abus mais malgré tout des traumas. C’est le cas par exemple lors des accidents de voiture, il n’y a pas d’abus de la part de la voiture mais il peut y avoir des traumas. C’est le cas aussi lorsqu’une personne a dû recevoir des traitements médicaux, sans abus évidemment, à un jeune voire très jeune âge, ou lorsque c’est le cas pour une personne proche. Toutes ces situations, et bien d’autres évidemment, peuvent causer beaucoup d’anxiété, de stress et de difficultés émotionnelles qui peuvent causer des traumas sans qu’il n’y ait eu d’abus. 

Le TDI est considéré comme lié aux traumas. Et c’est probablement le cas, pour deux raisons. La première, c’est qu’il s’agit majoritairement de systèmes traumagéniques, donc, je rappelle, de systèmes dont les membres ont pour origine des traumas. La seconde, c’est que ça correspond au vécu de la majorité des personnes ayant un TDI. 

Cependant, la principale raison pour laquelle on ne peut pas affirmer que les traumas causent le TDI, c’est qu’on ne peut pas le confirmer par des tests. Éthiquement, on ne peut pas prendre une sélection de bébés, faire subir des traumas divers à la moitié et pas à l’autre moitié et voir ce que ça donne en termes de multiplicité traumagénique après quelques années. Non, on ne peut pas. 

Alors vous allez peut-être dire, oui mais la théorie de la dissociation structurelle elle dit que, ce n’est pas le sujet. Cette théorie mérite une vidéo à part entière et je vous demande de laisser ça de côté pour le moment. 

Tout ce qu’on sait avec certitudes, c’est que la majorité des personnes qui ont un TDI ont vécu des traumas durant l’enfance. Généralement, il s’agit d’abus ou de négligence ou de situations médicales ou d’anxiété sur une longue période ou d’autres choses de ce genre, tout type de traumas en fait. Et majoritairement, il y a eu plusieurs traumas différents ou des traumas répétés avant l’âge de 10 ans. C’est tout. 

Alors pour répondre à la question : est-ce qu’il faut des traumas dans l’enfance pour développer un TDI ? En principe, oui. Mais n’oubliez pas la définition de ce qu’est vraiment un trauma avant de vous dire que vous n’avez rien vécu d’assez grave, parce qu’il arrive que ce soit plus subtil qu’il n’y paraît. 

Et surtout, quand on a un TDI, on a tendance à minimiser le vécu, du fait du besoin de se protéger des traumas justement, du fait du besoin de fonctionner, du fait de l’amnésie et toutes ces subtilités-là. 

Concernant l’ATDS, c’est plus large que pour le TDI. Généralement, les personnes ayant un ATDS rapportent aussi des traumas mais il n’y a pas vraiment de limite d’âge déterminée. 

E: Premières conclusions

Avec tout ça, vous avez déjà pas mal d’informations sur la multiplicité en général et sur le TDI, l’ATDS et le rapport aux traumas. On espère que ça répond à quelques-unes de vos questions, notamment concernant les différentes origines des systèmes, concernant l’amnésie, les fragments, et puis surtout, on espère que vous avez tout compris haha. 

Puis ça répond aussi à la question : est-ce qu’on peut s’inventer des alters ? La réponse est simple : si vous n’êtes pas multiple, non. 

On continue avec une question qui revient assez souvent : 

Est-ce qu’on peut être multiple et puis plus ? 

Avant toutes choses, deux petites définitions : 

Par opposition aux personnes multiples, on a les personnes singlets. C’est tout simple, une personne singlet, c’est une personne qui n’est que 1. 

Et un autre terme qui va être important pour la suite, c’est la dormance. On parle de dormance quand un ou une alter ou quand un fragment passe dans l’inconscient et s’endort en quelque sortes, devenant inactifve. En dormance, l’alter ou le fragment peut même devenir totalement imperceptible pour le reste du système. On peut avoir l’impression qu’iel a disparu alors qu’en fait, iel peut se réveiller à tout moment pour différentes raisons. La dormance est un sujet qui mériterait plus d’explications pour voilà pour l’essentiel.

Alors, est-ce qu’on peut être multiple et devenir singlet ? 

Bah c’est compliqué. Quand un cerveau est multiple, c’est difficile de le faire devenir singlet. Pour autant, la psychiatrie essaie, notamment pour les systèmes qui ont un TDI ou un ATDS. 

Attention, on va parler d’intégration.

En fait, les alters tout comme les fragments peuvent s’intégrer, c’est-à-dire fusionner. Un fragment peut s’intégrer à un ou une alter, deux alters peuvent s’intégrer entre elleux, deux fragments peuvent s’intégrer entre eux, etc… C’est un processus qui est de base naturel et qui n’arrive pas si le système et les membres concerné-es n’en ont pas envie, rassurez-vous vraiment là-dessus. 

Comme on le disait, la psychiatrie appuie sur ce principe pour rendre les personnes qui ont un TDI ou un ATDS singlets, soit normales selon les normes de la société. D’une façon plus ou moins forcée en fonction des thérapeutes, l’objectif des thérapies est d’amener toustes les alters et les fragments à gérer leurs traumatismes et fonctionner ensemble, dans le but ultime de pouvoir fusionner. Ce n’est pas le cas de toustes les thérapeutes mais c’est souvent de cette façon qu’iels apprennent à traiter les personnes qui ont un TDI ou un ATDS en tout cas. 

Il faut savoir cependant que même si l’intégration peut être naturelle, la forcer, la pousser, la valoriser au détriment de ce que veut le système ne fonctionne pas. Il faut généralement des années de thérapie pour qu’une partie des alters fusionnent et d’autant plus de temps pour que l’intégralité du système devienne singlet. Et même quand l’intégration est voulue, même après autant de temps, ça ne fonctionne que dans 12,8% des cas… Et même quand ça fonctionne et que tout fusionne… bah il peut y avoir de nouveaux fragments ou de nouvelleaux alters. 

De plus, il est souvent difficile de savoir si les alters et fragments ont vraiment fusionné ou s’iels sont entré-es en dormance. 

C’est une autre question qui revient aussi régulièrement : est-ce que si les alters sont en dormance, on est quand même multiple ? Alors, oui. Les alters peuvent se réveiller à tout moment et beaucoup de personnes multiples fonctionnent comme un ou une singlet tout en étant multiples. Quand les alters ou les fragments sont en dormance, on est quand même + que 1 haha. 

K: Et tiens d’ailleurs, y en a combien des personnes multiples ?

Alors ça, c’est une excellente question ! Pour laquelle on n’a pas de réponse exacte. On sait, grâce à une étude faite en 2019, qu’il y a au moins 3,7% de personnes qui ont un TDI. Cette même étude donne une prévalence de 4,5% pour l’ATDS mais comme on le disait plus tôt, l’ATDS n’implique pas forcément une multiplicité donc on ne sait pas exactement combien de personnes ayant un ATDS sont multiples. Et à ça, il faut ajouter toutes les autres formes de multiplicité et toutes les personnes dont le diagnostic n’est pas ou pas encore reconnu. 

Bon, parlons maintenant de la prise de conscience

Ok, on va essayer de faire simple. On peut prendre conscience de sa multiplicité à n’importe quel âge. 

On peut le savoir depuis toujours, on peut s’en rendre compte dans l’enfance, durant l’adolescence, au début de l’âge adulte, à un âge plus avancé voire à un âge très avancé. Certaines personnes s’en rendent compte après la retraite et même après. Eh puis il y a aussi des personnes multiples qui prennent conscience de leur multiplicité et qui l’oublient et puis la redécouvrent plus tard. Il y aussi des personnes multiples qui n’en prennent jamais conscience.

Retenez ceci : la multiplicité n’est ni forcément consciente ni forcément évidente et on peut en prendre conscience à tout âge. 

Pourquoi on ne le sait pas forcément ? Alors, il y a plusieurs raisons à ça. 

La première, c’est que la multiplicité est souvent involontaire. La multiplicité peut être volontaire, c’est le cas notamment pour certains systèmes spirituels par exemple, mais dans ce cas, elle est consciente. Alors que pour beaucoup de systèmes endogéniques et surtout traumagéniques, elle est involontaire et donc souvent inconsciente. 

La deuxième, c’est que ce n’est pas quelque chose de connu. La société ne nous dit pas “hey, la multiplicité ça existe ! savais-tu que tu peux être + que 1 ?”, non haha. On vit dans un monde singlet-centré où la multiplicité est très rarement connue et quand elle l’est, c’est seulement concernant le TDI voire éventuellement l’ATDS. Mais surtout, quand elle l’est, elle est vue comme anormale, dangereuse, et avec toute la stigmatisation de la folie et des troubles mentaux en plus de la représentation dans le cinéma et autres, c’est pas quelque chose qu’on se dit qu’on a. 

La troisième, c’est qu’on a l’impression que c’est rare alors que comme on vient de le dire, il y a plus de 3,7% des gens qui sont concernés. Et du coup bah à nouveau, c’est pas quelque chose qui vient à l’esprit alors qu’en fait, c’est bien plus courant qu’on ne le pense. 

La quatrième, c’est que souvent, il y a du masking et surtout, on peut avoir l’impression que tout le monde vit ça alors qu’en fait non, haha. Mais ça on y revient juste après. 

Et la cinquième, et ça c’est plus souvent le cas pour les systèmes traumagéniques, c’est qu’il y a des mécanismes de survie liés aux traumatismes qui font qu’on a besoin de se cacher des souvenirs difficiles et de garder tout ça à distance pour fonctionner malgré les conséquences des traumas. 

Il y a plein d’autres raisons mais on pourrait y passer la journée et cette vidéo est très longue donc on va se contenter des principales. 

E: Du coup, qu’est-ce qui peut faire penser qu’on est multiple quand on n’en a pas conscience ? 

Plein de choses. Il y a une multitude de petits signes qui peuvent faire penser à une possible multiplicité. On va en faire une liste maintenant mais deux précisions importantes avant : 

  1. ce n’est pas parce que vous vous reconnaissez dans ces signes que vous êtes forcément multiple, c’est simplement que ça peut être le cas
  2. ce n’est pas parce que vous vous ne retrouvez pas dans l’entièreté de ces exemples que vous n’êtes pas multiple, parce que si, ça peut être le cas ^^ 

Commençons par les signes qui sont considérés comme les plus évidents. 

Bah on a d’abord les goûts et intérêts qui changent, genre on aime un truc un jour et pas le lendemain, on s’intéresse beaucoup à un truc et puis on le déteste et puis on y revient, et puis bref, vous avez saisi l’idée. 

Il y aussi l’énergie qui peut changer radicalement, parfois après un moment flou ou un mal de tête. 

Parlons des maux de tête d’ailleurs, on peut avoir beaucoup de migraines par moments. 

On a aussi les affinités avec les personnes qui changent, un jour on adore un ou une amie et puis c’est un ou une autre et puis c’est personne, on peut même avoir du mal à savoir vraiment quelles sont nos relations avec certaines personnes, si on les connaît vraiment, y compris avec notre propre famille 

Et y a aussi des gens qui vivent l’expérience d’inconnu-es qui tapent la bise en vous disant qu’iels vous connaissent alors que ce n’est pas réciproque, ça peut arriver. 

Il y a aussi l’accès aux souvenirs qui peut être différent, parfois on se souvient de notre enfance, parfois pas. 

Il y a des personnes qui s’évadent dans un monde interne comme en se laissant guider par leur imagination et puis qui reviennent dans le monde extérieur, ça arrive. 

Évidemment, ça peut être imperceptible, mais il y a les changements de voix, de façons de parler, de gestuelles, de caractère. Il peut y avoir une différence de maturité dans le comportement.

Avec ou non potentiellement des écritures différentes ou des constructions de phrases différentes. 

Il peut y avoir des écrits qui ne viennent pas vraiment de nous, des journaux intimes différents. 

On peut avoir des questionnements fluctuants sur l’identité de genre ou l’orientation romantique et sexuelle. 

Puis y a le fait de ne pas se reconnaitre dans le miroir, ou de s’y reconnaitre seulement quelques fois. 

C’est une liste non-exhaustive évidemment, il y a plein d’autres choses ! 

Puis y a d’autres catégories, notamment celle des pensées/voix. 

On peut par exemple entendre plusieurs courants de pensées, avoir l’impression qu’il y a comme des voix dans sa tête ou un bruit de fond, voire ne rien entendre du tout. 

On peut discuter avec notre petite voix intérieure… qui semble étrangement avoir son propre avis d’ailleurs. 

On peut aussi dire tu en parlant à sa propre pensée… 

On peut avoir des débats dans notre tête entre ce qu’on pense être nos propres pensées. D’ailleurs… on est souvent difficilement en accord avec nous-mêmes, c’est difficile de faire des choix, de se mettre d’accord entre soi et soi sur ce qu’on veut comme coupe de cheveux, comme hobby, comme tout et n’importe quoi. 

D’ailleurs, quand on parle, il peut arriver qu’on se coupe à soi-même la parole ou qu’on se répète d’une façon différente ou qu’on se contredise ou encore qu’on découvre ce qu’on dit en le disant. Puis ça peut arriver qu’on parle à voix haute ou qu’on parle de soi en nous plutôt qu’en je haha. 

C’était quelques exemples de trucs en rapport avec la communication interne, inconsciente du coup dans ce cas-ci. 

Et enfin bah y a toutes les croyances. Avant de prendre conscience qu’on est multiple, on peut penser qu’on est possédé-e, que de notre conscience nous parle comme si c’était une personne, que la réincarnation existe et qu’il y a eu un problème et qu’on est plusieurs âmes là-dedans, etc… et tout ça alors que ça ne fait pas partie de nos croyances. 

Eh puis… il y a des signes plus subtils, comme avoir des playlists éclectiques, une mémoire qui laisse à désirer, des vêtements de styles différents, avoir envie de changer de prénom parce que le nôtre ne nous semble pas vraiment familier, rêver toujours des mêmes personnes, etc, etc, etc… 

C’est vraiment juste quelques exemples de signes possibles, pas une liste à cocher !

et comme je l’ai dit, ça ne veut pas forcément dire que vous êtes multiple… c’est juste qu’il y a une possibilité que ce soit le cas. 

Et surtout n’oubliez pas : vous êtes légitimes et vous ne faites de mal à personne en cherchant du côté de la multiplicité, vous avez le droit d’explorer cette piste si vous pensez que vous êtes peut-être + que 1. Et puis, pensez au fait qu’il y a une part d’intuition pour savoir si on est multiple. Et une part d’acceptation, de votre part et de celle de vos alters potentiel-les. 

K : Voilà ! Pfiouh. C’était beaucoup de théorie mais on pense vraiment que c’était nécessaire. On va mettre cette vidéo en article sur le blog dans la section des Transcription, si c’est plus facile pour vous pour retrouver ces informations. On en fera probablement des visuels aussi pour les réseaux sociaux. 


On espère que ça a déjà répondu à certaines de vos questions. La prochaine vidéo sera sur l’avant prise de conscience, les questions qu’on se pose sur le thème “est-ce que je suis une personne multiple ou pas ?”. Elle sortira dans 15 jours si tout va bien et on essayera de répondre à plein d’autres de vos questions. 

Merci beaucoup d’être resté jusqu’ici et à bientôt !