Les troubles dissociatifs dans la CIM

Dans un précédent dossier, on vous expliquait les troubles dissociatifs selon le DSM-V mais ce manuel n’est pas la seule référence en matière de diagnostics ! Il y a aussi la CIM, Classification Internationale des Maladies, ou ICD (International Classification of Diseases) en anglais. Dans cet article, on va parler des troubles dissociatifs selon cette classification.

CIM: troubles dissociatifs

Avant de commencer : on vous invite vraiment à lire le dossier sur les troubles dissociatifs selon le DSM-V, pas tant pour l’explication des troubles mais surtout pour toutes les informations qui l’accompagnent (dissociation et dissociation dite pathologique, limites de la psychiatrie, …). Cet article ne ré-expliquera pas ça pour éviter que ça fasse doublon ^^ on rappellera juste que la CIM, au même titre que le DSM, est un outil, pas une vérité absolue parce que la psychiatrie n’explique pas tout et évolue constamment, en plus d’être souvent biaisée par la psychophobie. 

Avertissements de contenu : on va parler de maladies, de symptômes et de psychiatrie, on va aussi mentionner la possession.

Avertissement de longueur ^^ : l’article est long parce qu’il résume tous les troubles dissociatifs dans la CIM, le but est pas de tout lire mais de trouver des infos si on en a besoin (la table des matières juste là devrait aider d’ailleurs ^^). On va faire un beau support visuel qui résume un peu tout ça et la différence CIM/DSM aussi, à la fin de l’article 🙂

La CIM, c’est quoi ? 

Pour résumer, c’est une classification (… internationale… des maladies, on a compris ^^) qui reprend et codifie toutes les maladies, leurs symptômes, signes, etc…
Contrairement au DSM, la CIM ne se contente pas des troubles mentaux, elle reprend toutes les pathologies, blessures, et autres, tous les symptômes de santé en général, aussi bien physique que mentale.
Bref c’est une grosse grosse base de données de tous les trucs qui peuvent plus ou moins foirer chez les gens que les toubibs utilisent pour classer les symptômes et maladies, voilà. 

La CIM est publiée par l’OMS et elle existe depuis plus de 100 ans. Ouais, tout ça, autant dire qu’elle dépend aussi des biais de perception des époques mais là n’est pas la question.
La version actuelle est la CIM-10, elle a débuté en 1983 et sa dernière grosse mise à jour date de 1996.
Et la dernière version, la CIM-11 publiée depuis 2018, sera mise en application à partir de janvier 2022

Bon, cet instant date est fini, l’important à retenir est que la CIM est continuellement mise à jour ! Elle est accessible en plus d’être internationale et, contrairement au DSM, non-issue d’un collectif américain. 

Mais c’est mieux la CIM ou le DSM ?

Difficile à dire, ce sont surtout deux classifications différentes. Par exemple, dans la CIM, on trouve la présence du TSPT-C (CPTSD), le trouble de stress post-traumatique complexe, que le DSM-V a refusé. À côté de ça, la CIM-10 reprend la “psychose hystérique” parmi les symptômes dissociatifs… 
De toute façon, le bémol, c’est que la CIM est en anglais… elle n’a pas souvent été traduite en français, contrairement au DSM. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles le DSM-V est toujours très utilisé aujourd’hui, plus que la CIM, pour diagnostiquer les troubles mentaux. L’autre raison possible est que la CIM a souvent elle-même renvoyé au DSM-V pour avoir plus de détails en matière de symptômes de pathologies mentales, parce que la CIM est une classification et pas un manuel
Bref, CIM ou DSM, l’un n’est pas forcément mieux que l’autre, ce sont simplement deux outils différents. 

Et bien évidemment, les troubles dissociatifs sont classés différemment entre la CIM et le DSM !
Les troubles dissociatifs sont surtout connus et considérés selon le modèle du DSM-V (parfois du DSM-IV-TR…), cet article n’est pas là pour dire si une classification est meilleure que l’autre, il est seulement là pour décrire les troubles dissociatifs selon la CIM ^^ et pour éventuellement expliquer un diagnostic quand on a seulement l’habitude des 5 troubles du DSM alors qu’on se retrouve avec un autre nom (même si on rappelle que le diag est nécessaire si vous en avez envie et/ou besoin et aussi que vous vous définissez selon ce qui vous convient ! bref ce paragraphe est trop long ^^)

Les troubles dissociatifs dans la CIM-10

On pourrait se concentrer seulement sur la CIM-11 mais comme la CIM-10 est encore utilisée et qu’il y aura sans doute une période de transition, autant les décrire vite faits quand même ^^ 

Dans la CIM-10, il y a 10 troubles dissociatifs, aussi appelés “de conversion”. La dernière version de la CIM-10 est en anglais mais il y a une version datant de 2008 disponible en français (j’ai pas vu de version plus récente en français mais ça existe peut-être). 

Lien vers la version de 2008 en français : https://icd.who.int/browse10/2008/fr#/F44 
Lien vers la version de 2019 en anglais : https://icd.who.int/browse10/2019/en#/F44 

Les troubles décrits sont : 

  • L’amnésie dissociative
  • La fugue dissociative
  • La stupeur dissociative
  • Les états de transe et de possession
  • Les troubles moteurs dissociatifs
  • Les convulsions dissociatives 
  • L’anesthésie dissociative et les atteintes sensorielles 
  • Les troubles dissociatifs (de conversion) mixtes
  • Les autres troubles dissociatifs (de conversion)
  • Le trouble dissociatif (de conversion) non-spécifié 

Si vous avez cherché le TDI et que vous ne l’avez pas trouvé, c’est normal, il est classé parmi les “autres troubles dissociatifs (de conversion)” sous l’appellation “personnalité multiple”. Et il n’y a pas de description pour cette catégorie. 

Et si vous cherchez l’ATDS, il n’y est pas, ou sans doute dans la même catégorie mais pas spécifiquement nommé. 
(Permettez-moi une petite note salée mais… ça nous montre quand même à quel point l’OMS informe sur ces troubles, hein !)

Bon, ben voilà pour la CIM-10. Si vous voulez aller lire les descriptions sur le site, n’hésitez pas ^^ en attendant, passons à la CIM-11 qui est quand même plus récente et un poil plus pertinente ! 

Les troubles dissociatifs dans la CIM-11 

Alors, comme déjà dit, il n’y a pas de version française de la CIM-11 actuellement. En voici néanmoins le lien : https://icd.who.int/browse11/l-m/en#/http://id.who.int/icd/entity/108180424 
Petit rappel du coup que la liste des troubles aura un nom traduit littéralement qui ne sera peut-être pas le nom final une fois que la CIM-11 sera officiellement traduite. 

Dans la CIM-11, il y a 7 troubles dissociatifs… enfin plus ou moins parce que certains ont des sous-catégories et puis y a aussi des catégories résiduelles (transition avec la CIM-10, touça). 

La description générale des troubles dissociatifs est la suivante : 

“Les troubles dissociatifs se caractérisent par une perturbation ou une discontinuité involontaire de l'intégration normale d'un ou plusieurs des éléments suivants : identité, sensations, perceptions, affects, pensées, souvenirs, contrôle des mouvements corporels ou comportement. La perturbation ou la discontinuité peut être complète, mais elle est plus souvent partielle, et peut varier d'un jour à l'autre, voire d'une heure à l'autre. Les symptômes des troubles dissociatifs ne sont pas dus aux effets directs d'un médicament ou d'une substance, y compris les effets de sevrage, ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble mental, comportemental ou neurodéveloppemental, un trouble du rythme veille-sommeil, une maladie du système nerveux ou un autre problème de santé, et ne font pas partie d'une pratique culturelle, religieuse ou spirituelle acceptée. Les symptômes dissociatifs dans les troubles dissociatifs sont suffisamment sévères pour entraîner une altération significative du fonctionnement personnel, familial, social, éducatif, professionnel ou d'autres domaines importants.”

Rappel : comme pour le DSM-V, tous les troubles de cette section n’impliquent pas forcément une forme de multiplicité. 

Les troubles dissociatifs décrits dans la CIM-11 sont donc : 

  • Le trouble dissociatif des symptômes neurologiques (qui reprend plein d’autres trucs, on y revient) 
  • L’amnésie dissociative (qui a elle-même des sous-catégories, on y revient aussi)
  • Les états de transe
  • Les états de transe et possession (oui bon c’est une traduction approximative hein)
  • Le trouble dissociatif de l’identité
  • Le trouble dissociatif partiel de l’identité 
  • Le trouble de dépersonnalisation-déréalisation

Et à ça, on ajoute mais pas vraiment : 

  • Le syndrome dissociatif secondaire (qui a été déplacé dans une autre section donc il compte pas)
  • Les autres troubles dissociatifs spécifiés (catégorie résiduelle)
  • Les troubles dissociatifs non-spécifiés (catégorie résiduelle) 

Maintenant, on va les décrire. On s’attend pas à full infos non plus, c’est la CIM ici ^^ 

Le trouble dissociatif des symptômes neurologiques

“Le trouble dissociatif des symptômes neurologiques est caractérisé par la présentation de symptômes moteurs, sensoriels ou cognitifs qui impliquent une discontinuité involontaire dans l'intégration normale des fonctions motrices, sensorielles ou cognitives et qui ne correspondent pas à une maladie reconnue du système nerveux, à un autre trouble mental ou comportemental ou à une autre condition médicale. Les symptômes ne surviennent pas exclusivement au cours d'un autre trouble dissociatif et ne sont pas dus aux effets d'une substance ou d'un médicament sur le système nerveux central, y compris les effets de sevrage, ou à un trouble du rythme veille-sommeil.”

Alors dit comme ça, c’est pas forcément clair mais ! il y a plein de sous-catégories plus précises, voyez plutôt :

  • avec perturbation visuelle : caractérisé par des symptômes visuels tels que la cécité, la vision en tunnel, la diplopie, des distorsions visuelles ou des hallucinations.
  • avec perturbation auditive : caractérisé par des symptômes auditifs tels qu’une perte d’audition ou des hallucinations auditives.
  • avec vertiges ou étourdissement : caractérisé par une sensation de tournoiement à l’arrêt (vertiges) ou d’étourdissement.
  • avec perturbation sensorielle : caractérisé par des symptômes sensoriels non identifiés dans d’autres catégories spécifiques de ce groupe, tels qu’un engourdissement, une oppression, des picotements, une brûlure, une douleur ou d’autres symptômes liés au toucher, à l’odorat, au goût, à l’équilibre, à la proprioception, à la kinesthésie ou à la thermoception. 
  • avec crises non-épileptiques : caractérisé par une présentation symptomatique de crises ou de convulsions.
  • avec perturbation de la parole : caractérisé par des symptômes tels qu’une difficulté à parler (dysphonie), une perte de la capacité de parler (aphonie) ou une articulation difficile ou peu claire de la parole (dysarthrie).
  • avec parésie ou faiblesse : caractérisé par une difficulté ou une incapacité à bouger intentionnellement des parties du corps ou à coordonner des mouvements.
  • avec perturbation de la marche : caractérisé par des symptômes concernant la capacité ou la manière de marcher de l’individu, y compris l’ataxie et l’incapacité à se tenir debout sans aide.
  • avec perturbation du mouvement : caractérisé par des symptômes tels que chorée, myoclonie, tremblement, dystonie, spasme facial, parkinsonisme ou dyskinésie (et chaque symptôme a sa propre sous-catégorie). 
  • avec symptômes cognitifs : caractérisé par une altération des performances cognitives au niveau de la mémoire, du langage ou d’autres domaines cognitifs, qui est incohérente sur le plan interne.

À chaque fois, il est bien évidemment précisé que ça ne correspond pas à une autre maladie ni à un autre trouble dissociatif (la description générale de la catégorie quoi). Parce que oui, ce trouble et toutes ses sous-catégories peuvent évidemment être des symptômes (ou des comorbidités) des autres troubles dissociatifs. Et quand tous ces trucs sont écartés, il faut aussi exclure le trouble factice (c’est le seul trouble dissociatif pour lequel il faut aussi écarter cette piste, c’est bien de le préciser). 

On peut considérer que cette catégorie peut être reprise dans le TDNS ou l’ATDS du DSM-V.

L’amnésie dissociative 

“L'amnésie dissociative se caractérise par une incapacité à se remémorer des souvenirs autobiographiques importants, typiquement des événements traumatiques ou stressants récents, qui ne correspond pas à un oubli ordinaire. L'amnésie ne survient pas exclusivement au cours d'un autre trouble dissociatif et n'est pas mieux expliquée par un autre trouble mental, comportemental ou neurodéveloppemental. L'amnésie n'est pas due aux effets directs d'une substance ou d'un médicament sur le système nerveux central, y compris les effets de sevrage, et n'est pas due à une maladie du système nerveux ou à un traumatisme crânien. L'amnésie entraîne une altération significative du fonctionnement personnel, familial, social, éducatif, professionnel ou d'autres domaines importants.”

Et il y a deux sous-catégories

  • avec fugue dissociative : se caractérise par toutes les caractéristiques de l’amnésie dissociative, accompagnée d’une fugue dissociative, c’est-à-dire une perte du sentiment d’identité personnelle et un éloignement soudain du domicile, du travail ou des personnes importantes pendant une période prolongée (jours ou semaines). Une nouvelle identité peut être adoptée.
  • sans fugue dissociative : se caractérise par la présence de toutes les caractéristiques de l’amnésie dissociative en l’absence de symptômes de fugue dissociative. (logique)

Là pour le coup, ça ressemble pas mal à l’amnésie dissociative décrite dans le DSM-V. Les troubles à exclure en plus des troubles dissociatifs et autres décrits plus haut sont d’autres formes d’amnésies comme celles dues à l’alcool ou aux crises d’épilepsie, l’amnésie rétrograde ou antérograde. 

Il est aussi bon de préciser que “des événements traumatiques ou stressants récents” est bien précédé du mot “typiquement”, parce que les événements traumatiques peuvent être beaucoup plus anciens évidemment. 

Les états de transe 

“Les états de transe se caractérisent par des états de transe dans lesquels il y a une altération marquée de l'état de conscience de l'individu ou une perte du sentiment habituel d'identité personnelle dans lesquels l'individu éprouve un rétrécissement de la conscience de l'environnement immédiat ou une concentration inhabituellement étroite et sélective sur les stimuli environnementaux et une restriction des mouvements, des postures et de la parole à la répétition d'un petit répertoire qui est vécu comme étant hors de son contrôle. L'état de transe n'est pas caractérisé par l'expérience d'être remplacé par une autre identité. Les épisodes de transe sont récurrents ou, si le diagnostic est basé sur un seul épisode, l'épisode a duré au moins plusieurs jours. L'état de transe est involontaire et non désiré et n'est pas accepté comme faisant partie d'une pratique culturelle ou religieuse collective. Les symptômes ne surviennent pas exclusivement au cours d'un autre trouble dissociatif et ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble mental, comportemental ou neurodéveloppemental. Les symptômes ne sont pas dus aux effets directs d'une substance ou d'un médicament sur le système nerveux central, y compris les effets de sevrage, l'épuisement ou les états hypnagogiques ou hypnopompiques, et ne sont pas dus à une maladie du système nerveux, à un traumatisme crânien ou à un trouble du rythme veille-sommeil. Les symptômes entraînent une détresse significative ou une altération significative du fonctionnement personnel, familial, social, éducatif, professionnel ou d'autres domaines importants.” 

Pour info, hypnagogique c’est un “état de conscience” à l’endormissement et hypnopompique c’est au réveil (ouais j’ai cherché parce que je les confonds ^^). En gros c’est quand tu dors déjà ou que t’es pas encore vraiment réveillé-e mais ton cerveau essaie d’analyser ce qu’il se passe comme si t’étais éveillé-e. 

À noter que les états de transe dissociative sont repris dans la catégorie ATDS du DSM-V.

Les états de transe et possession

“Les états de transe et possession se caractérisent par des états de transe dans lesquels il y a une altération marquée de l'état de conscience de l'individu et où le sens habituel de l'identité personnelle est remplacé par une identité de "possesseur" externe et où les comportements ou les mouvements de l'individu sont vécus comme étant contrôlés par l'agent de possession. Les épisodes de transe de possession sont récurrents ou, si le diagnostic est basé sur un seul épisode, l'épisode a duré au moins plusieurs jours. L'état de transe et possession est involontaire et non désiré et n'est pas accepté comme faisant partie d'une pratique culturelle ou religieuse collective. Les symptômes ne surviennent pas exclusivement au cours d'un autre trouble dissociatif et ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble mental, comportemental ou neurodéveloppemental. Les symptômes ne sont pas dus aux effets directs d'une substance ou d'un médicament sur le système nerveux central, y compris les effets de sevrage, l'épuisement ou les états hypnagogiques ou hypnopompiques, et ne sont pas dus à une maladie du système nerveux ou à un trouble du rythme veille-sommeil.  Les symptômes entraînent une détresse significative ou une altération significative du fonctionnement personnel, familial, social, éducatif, professionnel ou d'autres domaines importants.” 

Les troubles à exclure sont : la schizophrénie, les troubles dus aux substances, le trouble psychotique aigu et transitoire et un syndrome secondaire de changement de la personnalité (changement par rapport au modèle de personnalité caractéristique antérieur de l’individu et qui est considéré comme une conséquence physiopathologique directe d’un état de santé non classé dans la catégorie des troubles mentaux et comportementaux).

Alors cette catégorie est un peu complexe en termes de multiplicité. Elle est plus ou moins reprise dans le DSM-V maiiis… dans le TDI. On développera ça plus bas, après avoir vu les autres troubles.

Le trouble dissociatif de l’identité 

“Le trouble dissociatif de l'identité se caractérise par une perturbation de l'identité dans laquelle il existe deux ou plusieurs états de personnalité distincts (identités dissociatives) associés à des discontinuités marquées dans le sens du soi et de l'action. Chaque état de personnalité comprend son propre modèle d'expérience, de perception, de conception et de relation à soi, au corps et à l'environnement. Au moins deux états de personnalité distincts prennent de façon récurrente le contrôle exécutif de la conscience et du fonctionnement de l'individu dans son interaction avec les autres ou avec l'environnement, comme dans l'exécution d'aspects spécifiques de la vie quotidienne tels que l'éducation des enfants ou le travail, ou en réponse à des situations spécifiques (par exemple, celles qui sont perçues comme menaçantes). Les changements d'état de la personnalité s'accompagnent d'altérations connexes de la sensation, de la perception, de l'affect, de la cognition, de la mémoire, du contrôle moteur et du comportement. Il y a typiquement des épisodes d'amnésie, qui peuvent être sévères. Les symptômes ne s'expliquent pas mieux par un autre trouble mental, comportemental ou neurodéveloppemental et ne sont pas dus aux effets directs d'une substance ou d'un médicament sur le système nerveux central, y compris les effets de sevrage, et ne sont pas dus à une maladie du système nerveux ou à un trouble du rythme veille-sommeil. Les symptômes entraînent une altération significative du fonctionnement personnel, familial, social, éducatif, professionnel ou d'autres domaines importants.” 

Pour faire simple, on va faire une vulgarisation de cette traduction ^^ (même si pour plein de trucs, vous utilisez évidemment les termes qui vous mettent le plus à l’aise)

  • “deux ou plusieurs états de personnalité distincts (identités dissociatives)” = alters/fragments
  • “associés à des discontinuités marquées dans le sens du soi et de l’action” = influences
  • “Au moins deux états de personnalité distincts prennent de façon récurrente le contrôle exécutif de la conscience et du fonctionnement […]” = au moins 2 alters + switch
  • “Les changements d’état de la personnalité s’accompagnent […]” = symptômes dissociatifs, déperso/déréal, “altérations” dues aux caractéristiques propres de l’alter (exemple avec les affects), amnésie (mais attention ! ça ne veut pas dire blackouts encore une fois, seulement une mémoire qui vacille)  
  • “Il y a typiquement des épisodes d’amnésie, qui peuvent être sévères.” = là bah ça dit que l’amnésie peut être sévère, en gros ça dit mémoire altérée/lacunaire/floue pouvant aller jusqu’à l’amnésie complète (périodes passées ou présentes)

À noter qu’avec le trouble suivant (le TDI partiel), c’est le seul trouble pour lequel il n’est pas dit qu’il faut exclure un autre trouble dissociatif. Donc le TDI est un trouble à vérifier en premier quand il y a suspicion d’un trouble dissociatif, même une amnésie dissociative ou de la déperso/déréal qui peuvent être des symptômes du TDI

Le TDI de la CIM-11 est globalement décrit de façon similaire au DSM-V

Le trouble dissociatif partiel de l’identité 

“Le trouble dissociatif partiel de l'identité se caractérise par une perturbation de l'identité dans laquelle il existe deux ou plusieurs états de personnalité distincts (identités dissociatives) associés à des discontinuités marquées dans le sens du soi et de l'action. Chaque état de personnalité comprend son propre modèle d'expérience, de perception, de conception et de relation à soi, au corps et à l'environnement. Un état de personnalité est dominant et fonctionne normalement dans la vie quotidienne, mais il est envahi par un ou plusieurs états de personnalité non dominants (intrusions dissociatives). Ces intrusions peuvent être cognitives, affectives, perceptives, motrices ou comportementales. Elles sont vécues comme interférant avec le fonctionnement de l'état de personnalité dominant et sont typiquement aversives. Les états de personnalité non dominants ne prennent pas de façon récurrente le contrôle exécutif de la conscience et du fonctionnement de l'individu, mais il peut y avoir des épisodes occasionnels, limités et transitoires dans lesquels un état de personnalité distinct prend le contrôle exécutif pour s'engager dans des comportements circonscrits, comme en réponse à des états émotionnels extrêmes ou pendant des épisodes d'automutilation ou de reconstitution de souvenirs traumatiques. Les symptômes ne s'expliquent pas mieux par un autre trouble mental, comportemental ou neurodéveloppemental et ne sont pas dus aux effets directs d'une substance ou d'un médicament sur le système nerveux central, y compris les effets de sevrage, et ne sont pas dus à une maladie du système nerveux ou à un trouble du rythme veille-sommeil. Les symptômes entraînent une altération significative du fonctionnement personnel, familial, social, éducatif, professionnel ou d'autres domaines importants.”

Le début de la description est le même que pour le TDI, la différence réside dans la présence d’un “état de personnalité dominant” vivant des intrusions par les autres “états de personnalités (non-dominants)”. En vulgarisant, ça dit qu’il y a un-e alter influencée par d’autres alters et/ou des fragments. Bon, il est dit que ces alters/fragments “non-dominants” sont typiquement aversifs, c’est évidemment loin d’être toujours vrai, heureusement qu’il y a le mot “typiquement”. 

La description dit également qu’il n’y a pas de switch ou seulement dans des situations précises et ponctuelles. 

Ce trouble n’est pas repris dans le DSM-V mais il y a une description similaire pour certaines formes d’ATDS (l’ATDS sans switch et l’ATDS avec un-e seul-e alter et des fragments). On peut supposer que l’ATDS avec des alters qui switch doit être repris dans le TDI décrit ci-dessus puisque la différence est vraiment dans le fait d’avoir une “identité dominante influencée mais rarement ‘remplacée’”, l’amnésie étant plutôt laissée de côté et considérée comme “typiquement” présente. 

Le trouble de dépersonnalisation-déréalisation

“Le trouble de dépersonnalisation-déréalisation se caractérise par des expériences persistantes ou récurrentes de dépersonnalisation, de déréalisation, ou des deux. La dépersonnalisation se caractérise par le fait de ressentir le soi comme étrange ou irréel, de se sentir détaché de ses pensées, de ses sentiments, de ses sensations, de son corps ou de ses actions, ou comme si l'on était un observateur extérieur. La déréalisation se caractérise par le fait de ressentir les autres personnes, les objets ou le monde comme étranges ou irréels (par exemple, oniriques, distants, brumeux, sans vie, sans couleur ou déformés visuellement) ou de se sentir détaché de son environnement. Pendant les expériences de dépersonnalisation ou de déréalisation, le test de réalité reste intact. Les expériences de dépersonnalisation ou de déréalisation ne surviennent pas exclusivement au cours d'un autre trouble dissociatif et ne sont pas mieux expliquées par un autre trouble mental, comportemental ou neurodéveloppemental. Les expériences de dépersonnalisation ou de déréalisation ne sont pas dues aux effets directs d'une substance ou d'un médicament sur le système nerveux central, y compris les effets de sevrage, et ne sont pas dues à une maladie du système nerveux ou à un traumatisme crânien. Les symptômes entraînent une détresse ou une altération significative du fonctionnement personnel, familial, social, éducatif, professionnel ou d'autres domaines importants.”

Globalement, ici, c’est comme le DSM-V

Les autres troubles dissociatifs spécifiés et les troubles dissociatifs non-spécifiés

Alors comme dit plus haut, ce sont deux catégories résiduelles de la classification des troubles dissociatifs selon la CIM-11. Autrement dit, “ils n’existent plus vraiment”.

Seulement voilà, leurs acronymes (et même leurs noms à un pluriel près), soit ATDS pour “autres troubles dissociatifs spécifiés” et TDNS pour “troubles dissociatifs non-spécifiés” sont les mêmes que pour deux troubles dissociatifs repris dans le DSM-V (autre trouble dissociatif spécifié (ATDS) et trouble dissociatif non spécifié (TDNS))… 

Du coup, avoir un diagnostic d’ATDS sur base du DSM-V posera peut-être certaines difficultés à l’avenir ! Il faudra en parler avec votre thérapeute si c’est le cas, pour qu’iel puisse classer votre diag selon les critères de l’OMS

Bon alors et la multiplicité dans tout ça ?

Alors déjà, la bonne note, c’est que la multiplicité non-liée à un trouble est considérée dans la CIM. Tout comme dans le DSM d’ailleurs. Autrement dit : non, toutes les formes de multiplicité ne sont pas forcément à considérer comme un trouble psy. Ça peut être le cas, ou pas. C’est tout.  

Maintenant passons à la multiplicité liée aux troubles dissociatifs. Selon la CIM-11, il y a donc… bah trois troubles concernés : le trouble dissociatif de l’identité, le trouble dissociatif partiel de l’identité et les états de transe et possession. 

Le TDI reprend la présence d’au moins deux alters (avec ou sans fragments) et des switch. Le TDI partiel (TDPI ? TDIP ? l’avenir nous le dira peut-être ^^) reprend la présence d’au moins un-e alter avec au moins un-e autre alter et/ou des fragments avec presqu’exclusivement de l’influence et pas ou très peu de switch. 

Eh puis il y a les états de transe et possession. Comme dit plus haut, il est repris dans le DSM-V mais dans la catégorie du TDI. C’est-à-dire qu’il est mentionné pour signaler que l’identité qui “prend possession du corps” est considérée par la personne comme une entité extérieure, un esprit, une déité, une personne décédée, … Ici, la CIM sépare cet état spécifique du TDI lui-même. La différence principale est que “l’identité” qui prend le contrôle du corps est considérée comme externe (on peut probablement supposer que celles du TDI sont considérées comme internes du coup), suit un état de transe et n’est pas désirée, donc ce trouble n’est pas là pour expliquer les expériences comme le channeling par exemple.
La CIM ne donne pas de précision sur la nature de l’identité en question ni sur sa récurrence. On ne peut trouver des informations à ce sujet que dans d’autres sources, souvent plus anciennes donc pas forcément à jour (par exemple, qu’il s’agit souvent de la même identité ou qu’elle est associée à une personne décédée, une déité, un animal-totem, … ou que l’amnésie complète soit récurrente mais pas systématique) et dans le DSM qui nous dit que les identités dans le TDI peuvent être influencées par ce qui entoure la personne (culture, croyances, …). 

Est-ce que ce trouble est une façon d’expliquer les formes de TDI un peu plus “spectaculaires” dans le sens “qui ne peut pas masquer” ? Difficile à dire, et au fond, quelle importance ?

Alors on se place où dans tout ça ? Bah comme toujours : où vous vous sentez à l’aise en fait. La multiplicité se vit d’une multitude de façons et il y a un paquet de définitions de troubles qui y font référence parce que les recherches évoluent encore aujourd’hui (et pas toujours dans le bon sens malheureusement). La CIM, le DSM, la psychiatrie en général sont des outils qui doivent servir à vous aider à vous comprendre et vous sentir en accord avec vous-mêmes (et c’est déjà pas simple quand on est multiple ^^), ce ne sont pas forcément des vérités absolues et cadenaçantes qui expliquent tout sans jamais se tromper ou être biaisées. TDI, ATDS, TDI partiel, TDNS, transe et possession ou simplement multiple, ce qu’il faut retenir c’est que vous êtes légitimes.


Transcription du visuel ici.