[YT] TDI/ATDS/Système: 5 tips pour vous aider

Transcriptions:

Durant toute la vidéo, au premier plan il y a à droite un dessin animé de panda roux (“K:” dans les sous-titres) et à gauche de loup (“E:” dans les sous-titres). L’arrière-plan est un dessin de salon avec un canapé au centre, un bureau avec un ordinateur à gauche, une fenêtre ainsi qu’un meuble près duquel dorment deux chats à droite.

E: Bonjour et bienvenue dans cette vidéo de Partielles sur les troubles dissociatifs dont le TDI, présentée par Epsi et Kara. Le 5 mars c’était la journée de sensibilisation au TDI et pour l’occasion, on a envie de donner cinq tips aux systèmes, cinq choses qui peuvent vraiment vous aider. Il est parfois compliqué de gérer le quotidien quand on est un système, de gérer la vie tout court en fait. il peut aussi parfois être compliqué de trouver des conseils appropriés. Eh puis parfois… il y a des trucs qu’on connaît et qu’on explique à d’autres systèmes, qui ont l’air de bien fonctionner et pourtant qu’on met pas vraiment en place soi-même. Voici donc une liste de cinq trucs qu’on connaît depuis longtemps et pour certains qu’on a mis longtemps à appliquer. On espère que ça vous aidera et motivera à les mettre en place s’ils vous conviennent, que vous les connaissiez déjà ou pas.

Le grounding

K: Le grounding, ou techniques d’ancrage, c’est un ensemble de techniques qui aident à se connecter au présent en cas d’émotions désagréables, de flashbacks ou de déperso/déréal par exemple. Il y en a une multitude, de différents types, toutes ne seront pas adaptées à vous et en toutes circonstances. Essayez-en plein pour trouver lesquelles sont les plus efficaces pour vous et votre système. Il y a des techniques plutôt basées sur les sensations physiques : écouter son environnement, sentir son corps, sa respiration, toucher des objets, marcher, sautiller ; des techniques mentales : réciter quelque chose de connu lentement, comme l’alphabet, les tables de multiplication, décrire son environnement, imaginer qu’on est protégé-e-s de ce qui est compliqué, par exemple en visualisant un mur ou en mettant le truc dans une boîte ; et des techniques plutôt apaisantes comme bah se prévoir quelque chose de cool, lister ses trucs favoris, se dire des trucs valorisant. Ce ne sont que des exemples, les catégories ne sont pas figées et certaines techniques sont un mix. Certaines sont utilisables partout et en tout temps, d’autres pas. Bref on met en description une fiche d’Igor Thiriez avec encore plus d’exemples. Dans tous les cas, plus on pratique les techniques quand ça va, plus c’est efficace. Par exemple, j’ai pendant longtemps dit « Je me sens pas très bien, je ferais bien un exercice de grounding… oh mais je sais vraiment pas lequel », bah bizarrement ça marchait moyen. Igor Thiriez dit dans sa fiche « plus c’est répété, mieux ça marche ; moins il y a de préliminaires, mieux ça marche ; plus c’est long, mieux ça marche ; plus les bénéfices sont constatés, mieux ça marche ; plus les techniques sont personnalisées, mieux ça marche ; et plus c’est prématuré, mieux ça marche » et enfin on est absolument d’accord avec ça. Moi j’aime vraiment bien l’exercice des « cinq trucs qui », qui consiste à trouver dans son environnement 5 trucs que tu peux voir, 4 trucs que tu peux toucher, 3 trucs que tu peux entendre, 2 trucs que tu peux sentir et 1 truc que tu peux goûter. Mais encore une fois c’est très personnel et n’hésitez pas à trouver ce qui vous convient.

La légitimité

E: Bon ça commence quand même à devenir une habitude pour nous de le dire : la légitimité, c’est compliqué. Avoir peur de mentir, peur d’avoir inventé son système ou une partie, se dire « ça fait beaucoup là non », ben c’est excessivement courant. On ne connaît aucun système qui n’a jamais été concerné par les problèmes de légitimité. Obvious me direz-vous, on a compris, la légitimité c’est compliqué mais ce que perso j’ai mis plus de temps à comprendre c’est ok c’est compliqué mais donc je vais y faire attention et essayé de me préserver. Par exemple en se protégeant en ligne, en ne s’exposant pas aux torrents de haine qu’envoient des personnes malintentionnées et mal renseignées. Parce que derrière des grands « c’est pas de moi qu’on parle donc je gère » bah il m’est quand même arrivé de remettre mon système en question alors que je pensais avoir passé ce cap, de par le nombre d’années à le savoir et la bonne communication avec mes alters. Donc pour se préserver, il n’est pas utile de lire absolument tout ce que les haters disent du TDI en ligne. Et à chaque commentaire maladroit mais pas vraiment malveillant qui me fait un peu douter, j’essaye de penser à des trucs comme « iels parlent sans savoir », « iels ne connaissent rien à ton vécu ou à celui de la communauté », « ne leur donne pas crédit, pourquoi donner plus d’importance à quelqu’un qui pose une question sans savoir plutôt qu’à tout ce que je sais ou ce que les autres multiples disent ? ». Ce qui m’a aidé-e sur ce point, c’est de me rendre compte que des gens que je ne connaissais absolument pas ont mis en doute mon trouble parce que, dans une vidéo anonymisée, mes alters avaient pour pseudo le nom des personnages d’une série… Vraiment iels ne vous connaissent pas et ne vous veulent pas réellement du bien. Je me dis la même chose pour les films et séries qui parlent brièvement mais très mal de TDI : si j’ai moi-même eu du mal à trouver des infos à une époque, iels aussi, et encore aujourd’hui, il y a plein de désinformation, d’a priori, de biais à déconstruire qui teintent tout ce qu’on voit à la télé, sur YouTube, les sites, etc… Et parfois aussi, j’ai compris que je dois vraiment m’éloigner des trucs qui n’aident pas ma légitimité, en faisant des trucs qui m’aident comme relire mes notes, demander à quelqu’un les différences entre nous, communiquer et simplement faire un truc plaisant pour nous. C’est bien plus efficace de s’éloigner vraiment un peu que de tenir pendant des heures en doutant.

Les notes

K: Que ce soit à l’écrit, à l’oral, dans un carnet, sur ton
Twitter, avec un enregistreur cassettes ou que sais-je, garder une trace est vraiment utile ! Bah pour se souvenir quoi, parce que la mémoire tout comme la légitimité, ça peut être compliqué même si on s’en rend pas toujours compte. Déjà simplement pour le quotidien, tu peux noter les tâches à faire, les rendez-vous, les trucs à retenir, etc. Tu peux aussi noter plus spécifiquement pour bah… tout le reste en fait, tout ce qui peut être utile, même un petit peu. Par exemple, quand vous vous sentez pas très bien, notez ce que vous ressentez et à quoi vous avez été exposé-e-s, y a peut-être un déclencheur caché dans votre journée. Avec des notes, vous pourrez savoir si ça vous est déjà arrivé et comment c’est passé, savoir si c’est récurrent, savoir quel-le alter est concerné-e et plein d’autres choses de ce type quoi. Autre exemple, notez les sensations et douleurs physiques. Avec une mémoire qui vacille, c’est facile d’oublier et de parfois s’inquiéter d’un truc qui en fait est un flashback physique et pas un problème de santé actuel. Eh puis un autre exemple essentiel, notez tout même quand c’est pas encore sûr, comme les arrivées d’alters, les intuitions, les rêves qui ont un lien avec le système, … pour pouvoir faire des recoupements, des liens et débloquer des choses. Et dernier exemple qu’on oublie souvent, notez aussi les trucs cool, les moments où la vie ensemble est enrichissante et pleine d’espoir, ça aide pour les moments où on se sent mal de pouvoir se souvenir qu’il y a des moments où on se sent bien. Bref pensez à noter tout ce qui vous est utile. Pourquoi parfois c’est si difficile de noter ou de garder une trace de tout ? Bah il peut y avoir plusieurs raisons. Par exemple, écrire c’est pas naturel pour toustes et il faut trouver le moyen le plus confortable de garder une trace de tout ce qu’on vit, et idéalement ça convienne au système entier. Il faut essayer diverses méthodes, l’écrit à la main ou sur un téléphone, à l’oral ou en faisant des vidéos ou via un appel avec une autre personne, les possibilités sont nombreuses et trouver la bonne méthode peut vraiment tout changer. Ça peut aussi ne pas sembler nécessaire parce que prendre des notes, c’est accepter l’incapacité de tout retenir et ça peut être compliqué à admettre, en particulier quand on a l’habitude de beaucoup masquer. Alors qu’en bref, garder une trace sert surtout à simplifier le quotidien, ça permet de libérer le cerveau de ce qui encombre et ça permet à toustes les alters d’avoir accès aux informations, ça permet de savoir sur quel bout tirer pour démêler quelque chose et c’est ok de pas se souvenir de tout. C’est aussi ok de demander à être aidé-e-s en racontant ce que vous avez peur d’oublier à une personne de confiance pour qu’elle puisse vous en reparler au besoin et/ou en lui demandant de noter ce qu’elle perçoit qui pourrait vous être utile pour plus tard.

La communication

E: Je sais, je sais c’est pas toujours facile mais la communication c’est vraiment, selon nous, la clé de tout. Ça permet de mieux comprendre ses alters, de mieux comprendre la façon dont le système agit, de débloquer des trucs, d’améliorer la mémoire bref la base, l’essentiel, l’indiscutable !…
Et pourtant… c’est parfois si compliqué. D’abord parce qu’on peut avoir peur, tout simplement. Peur par légitimité, peur d’aggraver les choses en rendant ça « trop réel » (spoiler alert : c’est déjà réel) et puis souvent bah peur des alters par leurs comportements passés, par leurs paroles, par leur fonctionnement différent qui peut être compliqué à gérer. La première chose à faire et c’est pas la moindre, c’est de se rendre compte que les alters sont toustes là pour aider et ont toujours été là pour ça, même si leur façon de faire est maladroite, même si leur vision de la protection est inadaptée, même si leurs peurs sont irrationnels. Toustes les alters sont là pour une raison et pour aider le système d’une façon ou d’une autre et donc il ne faut pas en avoir peur mais essayer de les comprendre et de les aider à adapter leurs comportements pour que ça corresponde à leur façon d’aider tout en étant raccord avec le reste du système. Moi aussi j’ai eu peur longtemps et j’ai eu des alters qui ont fait des trucs pour lesquels j’ai vraiment dû faire un travail de pardon et de déculpabilisation. J’ai mis longtemps à comprendre qu’iels étaient là pour aider, qu’on pouvait se faire confiance et que juste on manquait de communication pour se comprendre et s’entraider réellement. La deuxième chose, c’est oser leur parler. Dans la tête, à l’écrit, osez dialoguer avec elleux, leur dire bonjour le matin, bonne nuit le soir, même si iels ne savent pas encore répondre. Petit à petit, ça débloque des trucs eh puis ça reste des gens avec qui vous vivez au quotidien et c’est quand même cordial de se saluer, faire connaissance, essayer de comprendre et aider, … Évidemment ça demande du temps et parfois du travail pour que ça devienne fluide mais quand déjà on n’a plus peur les uns des autres ben ça aide pas mal et ça permet de débloquer plein, plein, plein de situations. Eh puis la dernière chose du coup, même si la communication n’est pas encore tout à fait fluide, c’est de penser à demander de l’aide. Toustes les alters
d’un système sont là pour aider et donc n’importe quel-le alter peut demander de l’aide aux autres pour quelque chose si besoin, que ce soit interne ou externe, et formuler une vraie demande peut vraiment aider à ce que le cerveau comprenne, et à ce que les alters comprennent et que ça fonctionne. J’ai longtemps pensé qu’il fallait que je gère et d’ailleurs ça m’arrive encore de faire ce qu’on appelle du « frontstuck » et d’être bloqué-e au front mais personne n’est censé gérer seul-e dans un système. Ça se travaille et ça prend du temps mais vous allez réussir à fonctionner ensemble en vous aidant mutuellement. Voilà, la communication dans son sens très large est essentielle. Ça permet aussi de sortir les alters du mode « protéger de nouveaux trauma » pour passer en mode « avancer ensemble ».

Les pair-e-s

Pour ce point, je vais vous raconter une anecdote pas si anecdotique. J’ai longtemps su qu’il y avait un truc pas comme chez les autres chez moi mais je savais pas quoi et je n’en parlais tout simplement pas. Puis des communautés multiples, y en avait pas tellement dans mon jeune temps alors j’étais seul-e en fait. Puis un jour je me suis dit « allez, rejoins un de ces groupes Facebook en anglais, ces gens-là ont un vrai trouble mais peut-être que tu trouveras peut-être des petits conseils à prendre quand même, même si t’es pas légitime, tu te feras tout-e petit-e et t’essayeras de pas déranger » et bingo ! j’étais à l’endroit où j’aurais dû être depuis si longtemps. Parce que moi aussi j’étais comme « ces gens-là » et j’étais légitime d’y être même si ça a mis longtemps pour que je l’accepte. Et surtout, j’ai découvert plein de trucs que je vivais sans oser en parler. Par exemple, j’ai mis très longtemps à oser parler de mes alters non-humains et c’est parce que j’ai vu quelqu’un d’autre poser des questions et d’autres encore dire que ça arrivait et que c’était ok que j’ai accepté moi-même leur existence et que mon système a pu prendre soin d’elleux comme iels en avaient besoin. Et idem pour mes alters d’un autre genre que le genre social du corps, et tellement d’autres choses. C’est compliqué de se rendre compte qu’on est rarement seul-e-s à vivre ce qu’on vit et qu’il y a effectivement d’autres gens qui sont comme nous et que ces gens peuvent nous rassurer, nous expliquer, nous aiguiller sur tout ça, mais c’est le cas. Entourez-vous de vos pair-e-s, osez parler dans des espaces safes et bienveillants, lisez ce que les autres personnes concernées racontent. Vous ne vous retrouverez sans doute pas dans tout parce que tous les systèmes sont différents mais vous trouverez sans doute des réponses ou du soutien. Eh puis ne pas être seul-e, c’est quand même rassurant.

Bonus

K: D’abord, le temps. Au début, tout est mélangé et puis c’est petit à petit que ça se démêle. Toustes les alters ont besoin de temps pour comprendre et assimiler les choses et peuvent avoir besoin d’un laps de temps différent les uns les autres. Il faut aussi prévoir du temps pour se reposer et y aller étape par étape. Bref ça prend du temps quoi.

Ensuite, une vérité qu’on oublie parfois, c’est qu’un système est en perpétuelle évolution. Les personnes multiples sont adaptables alors oui, il y aura d’autres alters qui vont se former ou qui étaient déjà là mais qui ne s’étaient pas encore montré-e-s. Ça peut être déstabilisant mais c’est ok, soit il y a eu un nouveau besoin à combler soit y a maintenant plus de place pour aider un ou une nouvel-le alter et bah donc iel a poppé, et parfois avec un pote ou deux ou trois, liés au même sujet par exemple. C’est ok, c’est pas trop, ça va peut-être demander un peu de temps mais ça va aller. Et parmi les changements, il y a aussi les alters qui peuvent complètement changer de rôle ou de comportement avec le temps et l’acceptation de certains trucs ou même juste avec la prise de conscience. Il y a des alters qui vont vieillir, d’autres devenir dormant-dormante, se réveiller et plein d’autres choses.

Enfin, petit truc en plus, se laisser switcher pour les systèmes qui le peuvent. Il y a des systèmes qui ont du mal à stabiliser les switch, et pour ça l’ancrage peut vraiment aider, mais il y a aussi des systèmes qui ne switch pas alors qu’ils pourraient et que ça les aiderait. Y a plein de raisons à ça, comme la peur ou la honte. Prenez le temps pour oser seul-e si c’est nécessaire au début et puis devant une personne de confiance si vous en avez envie. Osez switcher, c’est ok de laisser les alters agir comme iels veulent quand c’est possible, c’est ok d’avoir pour elleux des petits trucs qui les rendent heureuxses, que ce soit en termes de fringues, d’objets, de playlists ou autre, ce n’est pas honteux, ce n’est pas grave, ça ne change rien, ça leur permettra juste d’être un peu mieux conscients d’elleux- mêmes, d’agir et de permettre au reste du système de mieux les connaître. La conclusion, c’est prenez soin de vous ! On espère que cette vidéo vous a plu. N’hésitez pas à liker, partager, vous abonner et vous soutenir dans le système ! Et à bientôt !