La dissociation structurelle, à l’origine du trouble dissociatif de l’identité (1/2)

La question qui brûle les lèvres, c’est comment se développe le trouble dissociatif de l’identité ? J’ai survolé le sujet dans l’article Pour mieux comprendre le TDI (partie 1/2) mais je vais à présent entrer dans les détails en te parlant de la dissociation structurelle. Place aux explications.

Si tu n’as jamais entendu parler de dissociation structurelle, tu es au bon endroit pour en apprendre plus. Il s’agit de la théorie la plus communément admise parmi les spécialistes qui ont fait des recherches sur les troubles d’origine traumatique et les troubles dissociatifs. « Les troubles dissociatifs » ? Y en d’autres ? Eh bien oui ! Et j’en ferai un article spécifique d’ailleurs, mais avant, parlons de leur origine : la dissociation.

Information avant de commencer : la dissociation structurelle est la seule théorie accessible en français, elle vient du livre « Le soi hanté ». Nous parlerons du concept de la dissociation structurelle en lui-même et pas du suivi thérapeutique conseillé par les auteurices du livre. (En effet, celleux-ci n’évoquent que la thérapie d’intégration à terme, sans considérer la thérapie d’harmonisation comme envisageable à long terme.)

Traumatisme et dissociation en réponse au stress

Si je devais donner une définition la plus basique possible de la dissociation, je dirais que c’est le fait de se désolidariser de l’instant présent, de l’ « ici et maintenant ». Et tu sais quoi ? Dans sa forme de base, la dissociation est tout à fait banale.
C’est quand, par exemple, t’es en voiture et que tu arrives à destination avec cette impression de ne pas avoir vu le trajet défiler ou le temps passer, parce que tu étais complètement dans tes pensées. Ou encore, tu vois quand tu scroll Facebook négligemment sans vraiment faire gaffe à ce que tu fais pendant de longues minutes (ou longues heures d’ailleurs) ? C’est aussi une forme de dissociation, tu te « déconnectes » de tes sensations (vue, ouïe, …) ou de tes sentiments, tu n’es plus concentré.e sur/conscient.e de l’instant présent. C’est très courant, pour tout.e le monde (sinon, la méditation pleine conscience n’existerait pas ^^).
Mais il faut savoir que la dissociation, ça se place sur une sorte de spectre, avec d’un côté, ce fait de caler en voiture, et de l’autre, le trouble dissociatif de l’identité (et entre, il y a les autres troubles d’origine traumatique). Alors revenons au sujet, ce qui nous intéresse, c’est quand la dissociation devient un symptôme, notamment suite à un traumatisme. Explications.

Pour que tu comprennes mieux, je vais reparler de ce qu’il se passe durant un traumatisme. Quand le cerveau perçoit une agression, il prépare automatiquement le corps à réagir : l’amygdale (qui perçoit les émotions et les menaces) libère notamment des hormones (adrénaline par exemple) et active les muscles, la respiration, le rythme cardiaque pour… fuir, tout simplement (ou agresser, mais la fuite reste en principe le premier réflex).
Mais quand la fuite est impossible, ce processus entre en surchauffe et provoque un état de sidération, la personne ne peut plus réagir (ni bouger, ni parler, ni rien du tout, il n’y a plus qu’un stress intense). Pour éviter que cette surchauffe ne cause un arrêt cardiaque, le cerveau court-circuite ce mécanisme et isole l’amygdale, ce qui stoppe la production d’hormones et coupe la personne de ses sensations et/ou émotions. Il s’agit là de la dissociation, la personne n’est plus en contact avec l’instant présent, elle n’est plus connectée à ce qu’il se passe, comme si elle était en dehors de son corps.
Dans ce cas, la dissociation est un processus qui permet de rester en vie MAIS en contrepartie, les souvenirs de l’agression restent bloqués dans l’amygdale et ne sont pas correctement traités et analysés par le cerveau. Cette mauvaise gestion du souvenir cause alors un stress post-traumatique, voire un trouble de stress post-traumatique. Tous ces mécanismes peuvent avoir lieu en quelques secondes.

Tu penses bien que ce type de dissociation se place donc plus loin que le fait de caler en voiture sur le spectre dont je te parlais tout à l’heure. Et plus il y a de traumatismes, plus ils sont graves, plus ils sont répétés ou vécus à un âge jeune, plus la dissociation avance sur le spectre et plus le risque de développer un trouble d’origine traumatique (ou plusieurs) augmente.

Définition de traumatisme

Parce que je trouve ça essentiel, je vais quand même préciser que les traumatismes ne concernent pas uniquement les plus communément admis en termes de gravité par la société. Un traumatisme est avant tout un stress intense, un choc émotionnel violent, et il dépend évidemment de la sensibilité de la personne qui le subit. Ce qui traumatisera quelqu’un.e ne traumatisera pas quelqu’un.e d’autre et inversement. Et ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de réel risque imminent de mort (et surtout, de besoin de fuite) que le cerveau ne l’interprète pas comme tel et ne dissocie pas. Pour ces raisons, il est selon moi impossible de quantifier (avec un œil extérieur) la gravité d’un traumatisme.

Dissociation structurelle et Partie Apparemment Normale (PAN)/Partie Émotionnelle (PE)

Le spectre dont je te parle depuis tout à l’heure, quand il commence à causer des troubles d’origine traumatique, porte un nom : la dissociation structurelle.

Une personne qui n’a pas de symptômes dissociatifs est « entière », on dit qu’elle est intégrée. C’est-à-dire que sa personnalité est complète et cohésive, son sens du soi est cohérent, elle est une identité unique pour répondre à tous ses besoins.
Mais lorsqu’il y a un trouble d’origine traumatique, ce n’est pas le cas. La personne est comme divisée en deux types de parties : la Partie Apparemment Normale (PAN) et la Partie Émotionnelle (PE). Je te définis ces deux termes brièvement.

La PAN, comme son nom l’indique, est apparemment normale. Elle gère la vie de tous les jours, les besoins physiologiques, les interactions, le travail, etc… Elle permet à la personne de fonctionner, un peu comme si de rien n’était. Elle est consciente du présent mais peut, au moins en parties ou temporairement, être déconnectée de tout ou d’une partie de ses émotions et/ou sensations.
La PE, de son côté, garde les matériaux traumatiques (souvenirs mais aussi perceptions, réponses apprises, …) et réagit si quelque chose vient stimuler directement ou indirectement ces matériaux. Elle n’est pas réellement consciente ou connectée au présent et elle est souvent moins développée que la PAN.

Tout à l’heure, je te parlais des souvenirs traumatiques que le cerveau ne traite pas ou pas bien parce qu’ils restent bloqués dans l’amygdale, tu t’en souviens ? Eh bien, lorsque cela se produit, le cerveau peut ne pas intégrer le souvenir au reste de l’identité de la personne. C’est alors que se forme une PE, tandis que le reste de la personnalité de la personne forme la PAN. C’est comme ça que se développe un trouble d’origine traumatique, comme un trouble de stress post-traumatique par exemple (c’est le début du spectre de la dissociation structurelle, si tu as tout suivi ^^).

La PE peut venir perturber la PAN de façon passive (avec des flashbacks visuels, physiques ou émotionnels) ou la remplacer temporairement (crise de panique, réaction défensive physique ou verbale, etc…).

Je pourrais faire un article dédié à définir les PANs et les PEs, c’est tout un sujet en soi, mais pour en donner un résumé concis et personnel, je dirais que la PAN « agit » tandis que la PE « réagit ».

Note que je ne parle pas encore de TDI, ici la PAN et la PE ne sont pas des alters. J’en parlerai dans l’article suivant, t’inquiète pas 🙂

1, 2, 3, la suite au prochain article

Une petite pause s’impose, parce que quand je décide d’envoyer du pâté, j’envoie du pâté ! Plus sérieusement, dans le prochain article, je t’explique les trois types de dissociation structurelle (primaire, secondaire et tertiaire, mais pas dans cet ordre, tu verras ^^), je te donne quelques explications sur les PANs/PEs de chaque catégorie, et je reviens évidemment sur le trouble dissociatif de l’identité et sa place sur le spectre. Allez, file lire la suite : La dissociation structurelle et les troubles d’origine traumatique (TDI compris, bah oui) ! 😊

Hey toi ! N’oublie pas de partager cet article s’il t’a paru cool, agréable, utile, magnifique, parfait quoi ! (Et même si pas tout ça, partage, il est bourré d’infos utiles en vrai 🙂 et puis va lire la suite, c’est important aussi 😀 )