[YT] Notre avis sur Ratched et son personnage ayant un TDI

Transcription :

E: Salut, c’est Epsi et Kara ! Vous vous demandez peut-être pourquoi on est dans notre canap’ ? C’est parce qu’on est là pour parler de la représentation des troubles dissociatifs dont le TDI dans la popculture. Pour comprendre de quoi on parle en cinq minutes, retrouvez les bases et le vocabulaire dans le « i » et en description.
Cette première vidéo de ce type parlera de la série Ratched, diffusée en septembre 2020 sur Netflix. Sachez qu’on va spoiler la série parce qu’on n’est pas une chaîne de revue cinéma. Pourquoi parler de Ratched, la série de Ryan Murphy en huit épisodes ? Bah parce qu’il y a un personnage ayant un trouble dissociatif de l’identité dedans. Eh puis parce que dans de nombreux commentaires plutôt malveillants, des gens disent « tu t’es cru dans Ratched ou quoi ? » et on n’avait pas la ref et ça nous lourdait un peu.

Bref, on a regardé Ratched. Déjà voici la liste des triggers pour regarder cette vidéo… (psychophobie, validisme, maltraitance médicale, drogues, médicaments, sang, membres amputés, lobotomie, torture, homophobie + stigmatisation du TDI)

Et par contre si vous voulez regarder la série, on vous met la liste des avertissements de contenu en description, elle est assez longue – même plus longue que l’attente de l’AAH. Alors pour commencer, Kara, est-ce que tu as envie de nous résumer tout ça ?

K: Bien évidemment ! L’histoire est inspirée par Vol au-dessus d’un Nid de Coucou et se passe dans un hôpital en 1947. Le personnage principal est Mildred Ratched, infirmière de guerre qui se fait engager dans l’hôpital par le docteur Hanover. Hanover, c’est le genre de médecin convaincu de bien faire quand il lobotomise les patients-patientes pour guérir leur esprit. Il est pas méchant, il est formé comme ça… Cette histoire débute juste après qu’un homme, Edmund Tolleson, ait tué quatre prêtres et qu’il débarquent dans l’hôpital pour qu’Hanover détermine si sa condition relève de la psychiatrie ou s’il est apte à être jugé. Ce qu’on apprend à la fin de l’épisode 1, c’est que Ratched est la soeur de Tolleson et qu’elle fera tout pour qu’il ne subisse pas la peine de mort – y compris tuer des gens et lobotomiser un prêtre – et que c’est pour ça qu’elle a tout fait pour se faire engager là-bas. Bien évidemment, personne ne sait qu’iels sont frère et soeur. Bon, faut quand même se remettre en contexte : c’est la fin des années 40 et à cette époque-là, des gens sont lobotomisés et ébouillantés pour les soigner de leur « lesbianisme » – y en a pas mal dans la série, comme ça vous savez. À côté de ça, Ratched est lesbiennes – ou bi ou bref, concernée quoi – et elle est pas méchante en soi, juste dans le placard et convaincue que si tu sais pas calmer tes pulsions, tu as besoin d’un petit coup de pic à glace ou d’un peu de torture pour que ça se calme. Elle finit par changer d’avis et laisser des lesbiennes s’échapper, et c’est déjà ça. Puis y a le docteur Hanover, partagé entre ses responsabilités, ses recherches, son envie de guérir des gens et ses addictions, sans compter qu’il a l’esprit torturé par une erreur qu’il a commise longtemps auparavant. Il a voulu administrer une substance à Henry, un patient qui piquait des gens avec des objets pointus, mais Henry lui a filé à lui toute la dose de médoc avant de couper les bras du jardinier pour que Hanover les lui greffe, tout en se coupant lui-même les bras. Hanover, toujours sous influence, a fait la greffe qui a bien évidemment causer une infection et Henry s’est retrouvé sans bras et sans jambes. D’ailleurs, Lénore, la mère d’Henri, est riche et veut la mort d’Hanover. Ouais j’explique tout ça parce que c’est un peu utile pour la suite. Dans tout ça, Tolleson, le frère de Ratched, tente de convaincre Hanover qu’il souffre de schizophrénie mais ce dernier lui dit que ses symptômes sont trop scolaires et que ça ne prend pas. Hanover est quand même contre la peine de mort et veut aider Tolleson mais il a la pression parce que le gouverneur veut que Tolleson soit mis à mort pour montrer à quel point la sécurité compte pour lui et que ça l’aide à se faire réélire. Pour faire simple, il y a pas mal d’histoires qui laissent un peu perplexe mais voilà, c’est le principe de la série, qu’on soit un peu perplexes et qu’on voie à quel point la psy de l’époque c’était pas trop ça – contrairement à maintenant bien évidemment…

C’est là que débarque Charlotte. Dans l’épisode 5, on découvre Charlotte Wells – enfin d’abord Ondine qui clame haut et très fort être une violoniste renommée et qui a tendance à repousser tout le monde à coup de « vous n’êtes rien, étrons ». Ensuite, on découvre Charlotte – le même corps mais pas la même personne du coup – dans le bureau de Hanover, qui explique qu’elle a été traitée pour « mélancolie » – disons que c’est l’ancien nom de la dépression -, avoir mal réagi aux traitements – des amphétamines pour info – et entende la voix d’Ondine dans sa tête. Hanover comprend qu’il ne s’agit pas de « mélancolie » mais d’un « trouble de la personnalité multiple » – l’ancien nom du TDI du coup, raccord vu l’époque. Dans ce même bureau, Hanover rencontre donc Charlotte ; Ondine la violoniste ; Apollo qui est un champion olympique plutôt vénère qui déteste Hitler ; et Taffy, une little qui fait tout pour aider sa mère qui est probablement Charlotte. Jackpot pour Hanover qui se dit que s’il parvient à guérir Charlotte, un cas si exceptionnel et incroyable – vous sentez l’embrouille mais attendez attendez, là ça va – le gouverneur lui laissera ses subventions et lui foutra la paix avec Tolleson et tout le monde saura qu’il est capable de soigner l’esprit des gens. Why not. Il s’essaye à l’hypnose avec Charlotte, lui permettant ainsi de débloquer et pouvoir parler de son traumatisme : elle a été enfermée dans un placard pendant 9 jours et battue par quatre jeunes avant qu’un policier – probablement papa d’un des agresseurs – ne vienne la sortir de là en lui disant qu’elle ne devait pas porter plainte sinon il la laissait là et en lui filant 5 dollars. Tandis que Charlotte commence doucement à assimiler tout ça et à se sentir un poil mieux, il y a une soirée dansante dans l’hôpital. Il se passer plein de trucs entretemps mais on s’en fout. Bref, d’abord mal à l’aise, elle finit par danser avec un gentil garde de l’hosto et ça lui fait plaisir. C’est là que Tolleson égorge le garde par derrière, très très près de Charlotte hein du coup, et s’enfuit de l’hôpital. Évidemment, retour d’Ondine qui crie sur tout le monde, nouveau trauma en soi mais ça va, l’histoire continue et Charlotte finit par aller mieux. Bon, on va pas expliquer toute la série mais en gros, le gouverneur s’en balance du cas de Charlotte et des troubles mentaux, il veut que Tolleson meurt. D’ailleurs, en passant, ce dernier a été récupéré et ramené à l’hôpital, mais vous vous souvenez de la dame riche dont le fils a été amputé ? Bah entre autres à cause de ça, Hanover doit quitter l’hôpital et craint pour sa vie – et il a bien raison. En partant, il décide d’emmener Charlotte, qui accepte d’aller avec lui parce que c’est la première personne qui l’a vraiment aidée. Iels se retrouvent dans une chambre d’hôtel. Hanover est plutôt tendu et flippé et c’est là qu’un policier fait toc toc à la porte. Dans un élan de flip, Hanover pousse Charlotte dans… le placard… et il l’enferme dedans alors qu’elle le supplie qu’il ne fasse pas ça. Faut quand même être un nigaud mais bon soit. Le policier voulait juste parler d’une histoire de parking, ça dure quelques minutes et Hanover libère Charlotte.

Et là c’est le drame ! Ce n’est pas Charlotte qui sort du placard mais Ondine qui switch rapidement vers Apollo, Apollo qui déteste Hitler, qui pense qu’Hanover est Hitler qui se cache derrière une nouvelle moustache et qui… le tue. Après un blackout, Charlotte se réveille et comprend ce que son système a fait et téléphone à l’hôpital. Ratched vient nettoyer tout ça et dit à Charlotte d’aller dans un hôpital psy au Mexique. Vous pensiez que c’était fini ? Eh bien non ! Contre toute attente, Charlotte revient à l’hôpital quelques temps plus tard mais c’est pas Charlotte. Un nouvel alter s’est formé et c’est un factif d’Hanover. Un Hanover stressé, étant donné qu’il l’était en partant avec Charlotte, qui tient toujours autant à guérir ses patients, et qui est bien décidé à sortir Tolleson de là. Faut savoir que Tolleson a été condamné à mort et qu’il passera sur la chaise électrique dans pas longtemps. Hanover l’alter est contre cette sentence, comme l’Hanover d’origine d’ailleurs. S’emparant d’une arme à feu dans le bureau de feu-Hanover, alter-Hanover tue un infirmier et prend une infirmière en otage pour aller libérer Tolleson. Sur le chemin, il tue un policier puis Tolleson et lui s’en vont – Tolleson ne manquant pas de lui dire « vous êtes folle, ça me va », alter-Hanover restant imperturbable. Quelques mois passent, on va pas tout expliquer mais Ratched file le parfait amour au Mexique avec sa bien-aimée – un personnage qu’on n’a pas présenté parce que c’était pas utile pour la vidéo -, bien qu’elle soit hantée par le fait que son frère, Tolleson si vous avez tout suivi, reviendra pour la tuer – parce qu’elle comptait l’euthanasier en douceur avant qu’il grille sur la chaise électrique et il n’a pas vu ça comme un acte de compassion et donc il veut se venger, bref on s’en fout. À la fin de la série, Tolleson contacte Ratched par téléphone pour la faire flipper et puis on le voit repartir en voiture avec Ondine qui crie qu’elle est une violoniste renommée.

Fin de la saison 1 de Ratched.

E: Et maintenant, notre avis sur tout ça. Bon au-delà de son côté bizarre et un peu gore qui plaît ou qui ne plait pas, Ratched est une série somme toute banale avec des personnages un peu clichés mais auxquels on finit par s’attacher pour certains et certaines, eh puis il y a des décors top qui se laissent vraiment regarder même si perso, j’ai tendance à penser que ce sont surtout les acteurices qui portent le truc mais c’est que mon avis. Mais on n’est pas là pour faire une revue cinéma alors parlons de ce qui nous intéresse.

Déjà, on sait que la multiplicité s’exprime d’une multitude de façons mais dans la popculture, la représentation du TDI – trouble de la personnalité multiple dans la série – bah elle est relativement comme partout : des alters très diversifié-es avec une hôte douce et timide, une violoniste avec toute une histoire, un champion olympique avec aussi toute une histoire, une little caretaker et finalement un factif du doc Hanover. Là où ça coince un peu pour commencer, c’est que les alters semblent avoir leurs propres souvenirs par rapport à la vie de Charlotte, ce qui peut effectivement arriver, mais leur background impacte leur présent, notamment avec Ondine qui pense qu’elle doit se rendre à New York pour un concert, alors qu’en général, même quand les alters ont un background comme ça, ça n’influence pas vraiment leur vie actuelle dans le système. Un autre truc qui coince, c’est lors du front de Taffy, qui dit d’abord qu’elle doit s’occuper de sa mère malade et c’est ok, on peut supposer que sa mère c’est Charlotte, mais par contre elle montre un fauteuil en disant que sa mère est là. Alors bon, c’est peut-être une astuce de little pour expliquer ce qu’elle ressent mais ça donne vite l’impression que les personnes avec un TDI ont des hallucinations et c’est pas vraiment le cas en général, du coup bah y avait mieux à faire quoi. Puis bah, on a des blackouts, évidemment, il en faut pour le scénario, même si c’est loin d’être toujours le cas en vrai. Une certaine errance diagnostique qui a aggravé les choses, c’est cohérent, avec de la dépression, du stress, de l’incompréhension, voilà. Là où ça change un peu, c’est que d’après la série, les traumatismes de Charlotte à l’origine de son trouble ont eu lieu 2 ans avant les évènements de Ratched, donc quand elle avait 43 ans. On ne sait pas si elle a vécu des traumatismes d’enfance ou non mais à la fin de la saison 1, il est donc sous-entendu qu’elle a développé le trouble adulte. C’est original et pourquoi pas, après tout on n’est pas encore sûr-es de l’origine exacte du TDI. Les théories actuelles parlent d’une incapacité à assembler différents aspects de la personnalité entre 7 et 9 ans, causée par des traumas répétés, mais ça reste des théories. Ensuite, un bon point qui laissait bon espoir, c’est que Charlotte ne vrille pas quand le garde meurt devant elle. Pourtant, c’est un nouveau choc, mais Ondine la protège et c’est tout. Et c’est clair que les personnes qui ont un TDI ont de plus grandes (mal)chances d’être à nouveau traumatisées – bon pas forcément comme ça évidemment – et pour autant, le nombre de traumas ne les rend pas plus atteintes ou susceptibles de devenir plus dangereuses, sauf éventuellement pour elles-mêmes. En restant dans le ok, on a l’hypnose utilisée pour la thérapie de Charlotte. Bon, de là à dire que les personnes qui ont un TDI sont plus faciles à hypnotiser, il y a un pas – tmtc ça dépend des systèmes – mais l’hypnose est encore utilisée aujourd’hui et donc why not. Jusque là c’est plutôt honnête, un peu comme dans Frankie & Alice. Eh puis… Ratched se transforme en Split… pourquoi ?! Pourquoi encore une personne avec un TDI qui devient mortellement dangereuse, comme si la stigmatisation du trouble n’était pas suffisante. Et n’allez pas me dire que « on sait que c’est pour du faux, hein » parce que non, les amalgames ont la peau très dure, comme le montre cette interview qui dit que Charlotte est schizophrène. Ce genre de représentation reste à l’esprit et c’est systématiquement comme ça que le TDI est montré, comme si les personnes ayant un TDI avait besoin de la bonne étincelle pour devenir l’antagoniste par excellence d’une série ou d’un film… trouvez mieux, vous gavez là. Évidemment, beaucoup de personnages tuent dans cette série, Ratched et Tolleson pour ne citer que ça, mais dans le cas de Charlotte, ça a un goût différent. Comme si les autres étaient dangereuxses mais Charlotte, elle, était folle-dangereuse et c’est toute une nuance, parce qu’on ne peut pas vraiment comprendre ses motivations. La série donne l’impression qu’on peut plus ou moins comprendre les actes des autres personnages, Tolleson c’est limite mais il est aussi un peu considéré comme fou-dangereux, alors que l’alter-Hanover, on comprend pas ses motivations parce que même feu-Hanover n’était pas du genre à tuer – à torturer oui, à tuer de sang-froid non. Merci la stigmatisation de la folie encore une fois.

K: En plus, et c’est le pire à notre sens, c’est le seul trouble réellement nommé et montré. Comme dans Split : « bonjour, le TDI c’est ça ». C’est une série qui se passe dans un hôpital psy mais à part le « lesbianisme » (qui n’est pas un trouble), aucun trouble mental n’est nommé et incarné à l’écran. La schizophrénie est mentionnée quand Tolleson essaye de convaincre Hanover mais ce dernier nous fait comprendre que la schizophrénie, ce n’est pas ça. Le fameux Henry qui piquait des gens avant de tuer son jardinier et de lui couper les bras, aucun nom n’est mis sur ce qu’il a, et c’est tant mieux. On entend parler de « mélancolie » quand Charlotte en parle mais pas de représentation. Bref, le seul truc nommé et montré, c’est le « trouble de la personnalité multiple », aah oui, celui-là, il fallait bien le dire ! Puis le petit truc final qui énerve encore un peu, c’est la fascination. Hanover est si émerveillé de voir le cas de Charlotte qui a ce truc exceptionnel, un trou qui imite les symptômes d’autres maladies selon ses dires, tellement merveilleux qu’il pourra convaincre tout le monde que c’est un bon médecin s’il parvient à guérir la rarissime maladie de Charlotte… Bref, pas merci Ryan Murphy et pas merci Netflix, c’est encore une représentation merdique du TDI surfant sur le vrai et le faux, et bien sûr, sans avertissement sur le fait que ce trouble est romancé par votre fascination malsaine et votre besoin d’un vilain antagonistes assez fou et incontrôlable pour faire peur… facile.

E: Et l’avenir n’est pas bon Kara… Ratched aura, c’est sûr, une saison 2. Ryan Murphy veut même en faire 4 saisons pour en arriver aux événements de Vol au-dessus d’un Nid de Coucou. Donc on retrouvera Charlotte et ses alters accompagnant Tolleson dans sa vengeance contre Mildred Ratched. On ne sait évidemment pas comment va évoluer le personnage mais le mal est fait de toute façon. D’ailleurs ça invite les haters à nous dire qu’on « fake que parce qu’on a regardé Ratched » et que « le TDI c’est un effet de mode alors que c’est un truc tellement rare » – c’est faux. Ratched rejoint la longue liste des mauvaises représentations du trouble dissociatif de l’identité, au même titre que Split, Glass,
Haute Tension, Fight Club et tant d’autres. C’est à cause de toute cette popculture que personne ne nous croit ou que les gens ont peur de nous et que même certains et certaines professionnel-le-s refusent des patients qui ont un TDI par « crainte de ne pas pouvoir les gérer, comprenez ». Espérons que la popculture finisse par changer de cap sur la représentation de la folie, des troubles, du TDI, enfin tout ça quoi. Espérons au moins que des plateformes comme Netflix accepteront un jour de mettre un avertissement sur le fait qu’il s’agit d’une représentation fantasmée et pas de la réalité, espérons quoi.

K: En attendant, on espère que ce format canap’ vous a plu ! Merci d’être resté-es jusqu’ici. Nous en tout cas, ça nous a vraiment plu. On espère pouvoir démystifier un peu les idées reçues qu’on retrouve énormément dans la popculture et notamment dans le film Split, très connu comme soi-disant « parlant du TDI », et dont on parle dans une vidéo avec Licarion Rock sur sa chaîne, allez la voir ! On la met dans le « i » et en description. N’hésitez pas à liker, partager et à nous dire ce que vous en avez pensé, et à bientôt !

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