On discute avec notre ami singlet : comment il a découvert la multiplicité, ce qu’il y a ressenti de notre coming out, nos relations avec lui, etc.
(Une vidéo enregistrée il y a 2 ans ^^ mais toujours aussi bien !)

[Kara] Bonsoir Omeg, merci d’avoir accepté notre invitation à parler de l’amitié entre des personnes multiples et singlets. Pour un peu de contexte, je vais un peu te présenter dans qui tu es par rapport à nous et puis juste après ça, je te laisserai te présenter un peu plus personnellement, dire ce que tu veux comme informations personnelles sur toi, ton pseudo, ton âge, ce que tu fais dans la vie, tout ce qui te met à l’aise et tout ce que tu veux. Omeg et moi, Kara, on se connaît depuis… 10 ans. [rires] C’est chaud quand même. [rires] [Omeg] On dirait qu’en le disant tu t’en rends compte.

[K] Ben oui!

[Epsi] Oui!

[K] Depuis pratiquement 10 ans. On a été amis un peu au début, on a été en couple au milieu et on est amis depuis, sur la période de 10 ans. [rires] Epsi et Omeg se connaissent par mon intermédiaire. Et la grande différence entre Epsi et moi à son sujet, c’est qu’il a toujours été conscient de leur multiplicité depuis le départ, je pense vraiment que ça a été discuté tout de suite et moi, je lui en a même parlé un peu à demi-mot avant qu’on en parle clairement ensemble, ce qui n’est pas du tout le cas pour moi. En sachant qu’on se connaissait déjà au moment de ma prise de conscience, et même plus que ça, même après ma prise de conscience, il a fallu vraiment longtemps avant qu’on en parle. Parce que, je suppose qu’on en parlera pendant la discussion, je trouve que c’est vraiment une difficulté dans les amitiés de faire des coming out, pas de comparaison avec la famille, mais plus que dans des nouvelles relations, c’est dans ce sens-là, pour moi. Bref, c’est une digression. Voilà. Et est-ce que je dois dire quelque chose d’autre? Non, ça fait… est-ce que ça fait 5 ans qu’on est amis?

[O] C’est à moi que tu poses la question?

[K] Nan, on s’en fout, bref, on est amis depuis longtemps maintenant [rires] et on se connaît depuis 10 ans. Du coup voilà, vas-y fais-nous un petit topo de toi.

[O] Un p’tit topo de moi. Que dire que… j’ai 41 ans, voilà, je sais pas trop quoi dire à ce sujet [rires]. Je viens de Belgique aussi, du coup, pour les Français qui nous écoutent. Je travaille pour la Région wallonne pour le moment. Donc voilà, je ne sais pas quoi dire de plus.

[K] Tu aimes la musique et les jeux vidéo.

[O] Oui, tout à fait. Comme beaucoup [rires] J’aime les mangas, les animes.

[K] Le cliché [rires] Est ce que tu voudrais parler de ton rapport à la multiplicité ? Quand t’en a entendu parler du coup, au moment où Epsi en a parlé. Tu vois, je trouve que ce qui est intéressant, c’est que t’as un rapport classique de singlet vis à vis de “Je découvre ce qu’est la multiplicité parce qu’un proche m’en parle”, qui est un récit vraiment classique. Et puis t’as ce truc un peu plus bizarre du “J’avais déjà un pote multiple et j’en ai eu un deuxième”. Qu’est ce que tu t’es dit quand Epsi t’a dit que j’étais multiple ?

[O] La première chose que… Vraiment ce qui m’est venu en premier, c’est “Vraiment ça existe vraiment ?” Parce que j’en avais déjà entendu parler auparavant. Mais via on va dire la culture populaire, cinématographique, quoi. Notamment ce que j’avais vu sur le sujet, alors c’était pas Split, contrairement à beaucoup de gens. C’était United States of Tara, voilà. Du coup, la première image qui m’est venue en tête, c’est un peu ce que la série en faisait, quoi. En me disant que effectivement, c’était possible, je pense que… comment dire… Pour moi, tout est possible dans un monde, donc forcément, tu te dis pourquoi pas en fait ? C’est pas parce que c’est pas quelque chose que tu vois ou que tu discerne que ça n’existe pas. Mais quelque part, c’est vrai que tu rencontres quelqu’un qui vraiment en fait partie, bah tu te dis “Ah ! Ah ouais. Donc c’est pas, oui, OK, c’est pas… C’est réel !” [rires] C’est un peu ça, c’est vraiment réel.

[K] Pardon, j’t’ai coupé, mais vas-y. Non, non, j’allais dire juste. Je pense que c’est vraiment cool d’avoir comme “préjugé” United States of Tara qui est vraiment pas une mauvaise représentation par rapport à ce qu’est la norme des représentations. Par rapport à plein de gens, ouais, qui ont eu des… que leurs ami·es leur ont dit un peu plus tard et qui du coup avait Split.

[E] Ouais.

[K] Je pense vraiment que… autant y a des trucs qui sont excessifs, etc, dans la série et je ne me souviens pas bien de la dernière saison, mais je sais qu’elle est plus… moins bien. Mais il y a moins ce côté fantastique, en fait. Ça fait… Je pense qu’il y a plein de gens qui ont eu des trucs genre “C’est qui le dangereux ?” Que il y a pas trop dans United States…

[E] Spoil, sauf à partir de la saison trois, mais ouais.

[O] Oui. Oui oui, effectivement, je me souviens de cette partie là.

[E] Mais oui, c’est plus humoristique et donc exagéré pour l’humour et pas pour le film d’horreur.

[O] Oui, c’est ça. Il y a peut être un côté très romancé, mais je trouvais que c’est ce qui, en tout cas, c’est comme… j’ai eu une bonne image parce que, après avoir vu Split notamment, tu te disais quand même ouais non. C’est abusé, quoi. De la façon dont c’est utilisé, tu dis c’est abusé, c’est dangereux parce que du coup, les gens vont croire que c’est comme ça, réellement, et t’as envie de dire “Vous êtes tellement loin de la vérité, quoi. C’est tellement pas ça, quoi.”

[K] Tout à fait ! OK. Et donc oui, t’étais ok d’y croire, mais il y avait quand même un truc du… je sais pas… Est ce que- Après, vu que c’était le tout début que tu la connaissais, y avait pas… Je ne sais pas s’il y a eu des peurs ou des appréhensions ou des trucs comme ça. Vu que vous aviez pas vraiment de relation d’amitié encore.

[O] Oui, il y avait forcément un peu de peur, mais la peur venait de… surtout, bah moi j’avais peur de dire une grosse connerie quoi en fait [rires]. Parce que je savais pas comment aborder vraiment la chose. C’est… déjà, quand tu rencontres de nouvelles personnes, déjà en soi, t’as déjà un peu de retenue et voilà. Tu fais un peu attention à ce que tu vas dire ou pour voir. Essayer de doser, quoi, juste pour voir comment la personne va réagir et ainsi de suite, pouvoir en rajouter un peu plus. Et là c’était… j’avais d’autant plus difficile, avec cette information derrière, de dire “Vraiment, faut vraiment que je fasse attention à ce que ce que je dis, quoi.” Et j’avais aussi cette notion de vouloir mettre en confiance un maximum. Enfin, je sais pas si j’y arrivais, quoi, mais je voulais être rassurant et pas jugeant, quoi. Donc… parce que ça pouvait être un frein, donc. Alors que c’était pas juste… pas un problème. Ca n’a jamais été un problème en soi. C’est juste que je ne savais pas trop comment aborder la situation au départ, quoi.

[E] Je te rassure, t’as bien réussi. [rires] Moi ma peur à ce moment-là, c’était… C’était encore le moment où j’avais peur qu’on ne croit pas. Quand c’était important. Et donc j’avais l’impression de devoir prouver, montrer, expliquer. Et avec toi, ça a été. J’ai pas douté du fait que tu me croyais ou pas.

[O] Ah. Bah voila. C’est réussi, alors. [rires] C’était vraiment le but, quoi. De dire “Non, j’y crois, c’est juste que je ne sais pas comment appréhender, quoi.”

[K] OK. Et est ce que ça a changé quelque chose dans comment tu percevais cette amitié qui était en train de se développer ? Est ce que tu te posais des questions du type “Est ce que je rencontre plusieurs personnes sans m’en rendre compte ? Est ce que si je perçois quelque chose, est ce que je dois le dire ?” Est ce que tu percevais des choses ? Est ce que tu avais des questionnements et un peu des prises de tête qui arrivent pas dans les amitiés entre singlets ?

[O] Ah oui, oui, oui, c’est ça. Parce que clairement, justement, tu sais pas qui est là à ce moment-là, quoi. Et comme je suis en plus beaucoup dans des phases d’observation, enfin quelque chose que j’aime bien en général, c’est d’observer. J’arrêtais pas de, quelque part, un peu d’observer pour voir un peu les différences, pour capter un maximum. Donc oui, c’est quelque chose que tu fais pas avec quelqu’un de singlet parce que il n’y a pas cette notion, tout simplement, quoi. Comme forcément, c’est un peu aussi une volonté de vouloir adapter mon attitude par rapport à qui serait face à moi.

[K] OK, du coup, pour le contexte, pour les gens, il faut savoir que, que ce soit Epsi ou moi d’ailleurs, par rapport à plein d’autres systèmes qu’on connaît, on est pas très clairs et on n’est pas très à nommer. La majorité des alters de nos systèmes, soit s’en foutent, soit n’ont pas envie, soit… s’en foutent, en fait. Ne voient pas- c’est plutôt s’en foutent… Ne voient pas d’intérêt à dire “Hé salut, moi c’est bidule et appelle moi machin.” Ce qui est complètement ok, dans les deux sens, et du coup je le rappelle, c’est parfaitement ok d’avoir besoin d’être identifié·e pour se sentir bien et c’est parfaitement ok que ce soit désagréable d’être identifié·e ou de s’en foutre si c’est le cas, c’est le cas, si c’est pas le cas, tant pis. Mais du coup, oui, je pense que par rapport à plein d’amitiés, c’est un truc qui change beaucoup entre nous. C’est ce truc du nous on dit rien, juste nous on est… normal ? Sur un très grand panel de normalité [rires], c’est un très grand spectre. Mais oui, on dit pas et encore moins l’époque, là, il y a plus de cinq ans. Il y avait plus d’inconfort que de je m’en foutisme à l’époque pour vous.

[E] A ce moment-là, je connaissais pas bien la multiplicité moi-même, tu vois. Et toutes ces nuances. J’avais l’impression que si quelqu’un se montrait vraiment, il pouvait plus bouger. Genre si quelqu’un venait et je ne sais pas… riait d’une certaine façon ou parlait à une certaine hauteur, ça pouvait plus bouger, sinon la personne allait se dire que je mentais, tu vois ce que je veux dire ?

[K] Ca figeait l’expression.

[E] Ouais.

[K] OK.

[E] Et donc il fallait que chacun ait son propre masque qu’il devait garder, sinon c’était dangereux ou ça allait nous mettre dans des trucs mal à l’aise, voilà. Donc il y avait un peu de ce côté-là à ce moment-là, mais c’était à cause de moi même, mon manque de connaissances et de nous mêmes et de l’expression de la multiplicité qui peut être très variée.

[K] Ouais et des problèmes de légitimité, quoi.

[E] Ouais, et un peu l’impression de devoir prouver. Et donc ouais, que ce soit visible et que si j’étais pas sûre que ça pouvait l’être, je préférais ne rien dire [rires].

[K] Mais je pense vraiment que c’est des questions communes. Tu vois, moi je suis un peu passée par ces phases à la prise de conscience aussi et on le lit souvent, quoi.

[E] Oui. Et un truc qui a biaisé, c’est A.

[K] Clair. Comme souvent.

[E] Ben oui, elle est très visible, elle est très marquée, tu peux pas la louper et j’ai l’impression que si nous, les autres, qui étions pas aussi différenciés… C’était pas aussi valable ? Je sais pas trop.

[K] Oui, je pense qu’il y avait quand même un truc du… c’est ta carte pour être cru.

[E] Ouais.

[K] En même temps, enfin, tu vois.

[E] Alors qu’elle ne voulait pas se montrer, mais ouais.

[K] Tous les gens qui diraient je veux le voir pour croire, c’est tellement… c’est…

[E] Oui.

[K] Et du coup oui, chronologiquement, c’est aussi ça qui s’est passé avec Omeg qu’on a fait une soirée Omeg A- C’est dur à dire… Omeg, A et moi. Où elle était parfaitement elle même et donc parfaitement visible [rires]. Est ce que tu veux en parler ?

[O] Oui.
[K] Est-ce que tu t’en souviens ?

[O] Oui, oui, oui. Je me souviens. Ça a été marquant parce que justement, comme il y avait ce côté discret, en général, c’était difficile de discerner vraiment un changement, en fait. Et comme en plus, je venais avec une image un peu biaisée de la situation. Fatalement… Oui, c’est ça. C’est pas tu rentres dans une pièce, tu ressors et hop, t’es habillé·e différemment, avec vraiment une attitude complètement différente. Et comme c’était pas autant marqué, c’était difficile. Et moi j’avais vraiment cette image en tête, du coup, et évidemment c’est bien plus complexe que ça, quoi. Mais la rencontre de A, ouais. Et du coup, là ça a fait “Ah ouais. Ah ouais ouais là quand même.” C’était assez impressionnant, quoi. Parce que tu as beau y croire une fois que vraiment que.. Oui, c’est ça. C’est un peu ça. C’est une fois que tu vois vraiment, là, tu te dis “Bah ouais, y a pas de doute possible.”

[K] C’est un peu triste et en même temps ça marche si bien que c’est normal d’utiliser ce truc. C’est nul d’avoir besoin de- mais c’est très humain, mais d’avoir des trucs très visibles. Besoin de trucs très visibles pour croire mieux, plus fort. Et c’est nul de devoir utiliser des trucs très visibles pour être cru. Mais en même temps, tout est tellement humain et tellement logique que bah je comprends que ça marche, tu vois. C’était pareil pour moi cinq ans avant, tu vois. J’aurais aimé- Mais non, j’allais dire j’aurais aimé te croire sans voir, mais c’est pas vrai. Je t’ai cru, mais je t’ai cru avec une pointe de je ne connais pas, je comprends pas et quoi, un peu.

[E] Ça fait tomber la pièce plus.

[K] Oui, c’est ça.

[E] Ca devient tangible.

[K] Oui, c’est ça, c’est palpable.

[E] Mais après, je viens de le dire, nous les autres, on avait l’air moins palpables que A. Même en interne c’était comme ça. Donc voilà, on ne peut pas vous blâmer [rires].

[K] Et du coup, est ce que du coup, dans ta situation, surtout entre A et le reste d’Epsi, en tout cas au départ, est ce que- Enfin, comment ça a changé tes perceptions ? Et un peu tes, entre guillemets, attentes sur… C’est “attentes sur la relation” entre guillemets, quoi. Est ce que tu percevais les choses différemment ? Est ce que… Est ce que cette question est claire ? [rires] [O] J’avais pas d’attentes particulières, enfin spécifiques, quoi. Ce que j’espérais, à terme, c’est faire vraiment le discernement par moi même.

[K] T’es quand même mal tombé avec nous [rires] Avec nous tous, quoi. Continue, pardon de t’avoir coupé.

[O] Et c’était ça, de mieux m’adapter à la situation. Encore une fois, moi personnellement, dans mon cas, avec chaque personne, en général, je vais un peu adapter mon comportement, pour être un peu sur le même diapason. Je veux dire, je vais pas parler d’un truc qu’y a quelqu’un que… enfin tu vois, un sujet qui n’intéresse pas quelqu’un, je vais pas lui en parler, tout simplement. Donc on est toujours un peu à diapason avec les gens en général. Donc j’espérais ici un peu la même chose. Si je devais parler d’attentes, ouais, c’était plutôt ça, quoi. D’être mieux adapté, mieux connaître, mieux comprendre pour être plus sympa.

[K] Je faisais allusion à un autre truc qui s’est passé et je voulais que tu parles de ça, mais je savais pas si t’en parlerais. Du coup, je vais en parler moi. Je faisais référence à une fois où, bref, on attendait des nouvelles de A qui devait rentrer pour souper et qui n’a pas donné de nouvelles et moi ça me faisait cabler. Parce que je n’aime pas qu’on me donne pas de nouvelles, encore plus quand c’est prévu. Et je sais que tu m’as dit “Oui, en même temps, voilà, faut prendre les choses de qui ça vient.”

[O] C’est un vieux souvenir, il a fallu chercher loin celui-là. [rires] [K] Ben non, mais je pense qu’il est commun. Alors que si Epsi avait été en retard pour souper, tu aurais dit “Punaise, qu’est ce qu’il est fout, c’est quand même déconné, elle pourrait envoyer un SMS.” Et voilà, je trouve que c’est comique et en même temps c’est peut être normal. Est ce que tu considères que tu as une amitié différente avec A qu’avec le reste dEpsi ? Même si du coup t’aimerais que ce soit plus, tu vois, tu considères plus ou moins le reste d’Epsi comme un amalgame parce que t’as pas plus d’infos et A comme une personne ? Et est ce que tu considères votre amitié différente entre les deux ?

[O] Non, j’estime pas qu’il y ait de différence.

[K] OK. Du coup, t’es juste plus coulant avec elle parce qu’elle te fait peur ? [rires] [O] Non. Non, non, c’est dans son caractère, donc, j’ai envie de dire voilà. C’est A, quoi. C’est un peu ça, c’est pas une question de peur, loin de là. C’est quelqu’un qui arrive toujours en retard, tu t’étonnes plus qu’il arrive en retard, quoi. C’est un peu ça, quoi.

[K] Oui, mais du coup, oui, tu considères plutôt que t’as une amitié équivalente avec tout le monde, même si tu vois des différences et que tu sais que les caractères sont différents. C’est… Est ce que- Genre si tu prends des ami·es singlets, est ce que c’est comme ton groupe d’ami·es ou est ce que c’est comme ton ami·e ?

[O] Attend, refais là moi celle là ?

[K] Est ce que tu les considère comme ton ami·e ou comme tes ami·es ?

[O] Hum. C’est difficile… Je dirais comme… comme un ami. Tu vois, j’ai pas envie… Enfin, je sais qu’il y a des différences, sans vouloir non plus faire de différence, quoi.

[K] Oui, c’est ça. Et là encore je pense que le fait qu’on soit, tu vois, que vous soyez si peu à exprimer qui est là et même à être switchy dans des relations amicales, ça doit jouer. Tu vois, moi je pourrais pas dire ça, mais on connaît tellement plus de gens que ce qu’Omeg connaît. Même si on passait, euh… Mais par contre, c’est pas spécialement plus caché, quoi. Si on passait une semaine h24 avec Omeg, je suis sûr que je verrais moi aussi moins de gens que ce que je n’en vois qu’on est que nous deux.

[O] Oui y a déjà cette notion là, c’est clair. Puis tu vois j’ai pas envie de… au final, comme on le disait tantôt, je ne savais pas comment trop aborder que j’aime bien me mettre au diapason machin tout ça. Bah ici, je me suis plutôt dit le mieux à faire, c’est que je reste moi, naturel, tu vois. Et donc de ne pas changer en fait mon comportement et de ne pas faire de différence en fait, en somme.

[K] Pour les gens qui écouteraient cette vidéo, que dans la mesure du possible, ça doit être adapté et discuté en fonction des gens. Je pense vraiment que pour nous, genre trois, c’est le meilleur truc. Parce que moi, les moments cringe où la personne elle me regarde en faisant des faux- des petits droites gauches là tu vois, genre, quand tu sais que la personne, elle sait, mais que tu ne veux pas dire que tu sais qu’elle sait, mais que tu sais qu’elle sait que tu sais et que c’est juste “Oui, bon, maintenant que tout le monde sait que tout le monde sait, quoi ? Je continue à agir en faisant semblant d’être quelqu’un d’autre ou est ce que j’agis comme si je n’étais pas quelqu’un d’autre ?” Moi, ça me tend. Encore plus dans des relations qui étaient antérieures à la prise de conscience. Dans des trucs qui sont après, beaucoup moins. Et du coup, ça te ferait kiffer- J’ai pas dit que ça allait être le cas [rires], mais du coup, ça te ferait kiffer qu’on soit tous plus clair ?

[O] Seulement si vous le voulez. Mais sinon oui, très clairement, mais vraiment j’oblige en rien, je vous le demande pas quoi. Ça c’est vraiment…

[K] Moi, c’est vraiment… Ouais, tu vois, moi, mes appréhensions, elles sont là. Et toi, c’est quoi tes appréhensions actuelles ? Est-ce que c’est juste l’habitude ?

[E] Alors moi, c’est un peu le même problème que toi, mais c’est parce qu’il fait partie de ces personnes qui justement ont vu grâce à A et donc c’est un peu resté. Parce que les nouvelles connaissances, depuis, ne connaissent pas A.

[K] C’est clair.

[E] Elle s’est jamais montrée à personne d’autres spécialement.

[K] Pas de nos nouvelles connaissances.

[E] Non, c’est jamais “Aller je vide d’une bouteille et j’ose te la montrer.” Tu vois, c’est plus arrivé. Et du coup, c’est resté une habitude comme ça parce qu’à l’époque on n’osait pas et ça a juste pas changé. Et il y a eu un peu une peur qu’il comprenne trop, que ça peut être si subtil et qu’il se pose des questions vis à vis de toi que tu savais pas. Et je crois qu’encore aujourd’hui, j’ai un peu peur des comparaisons entre nos deux systèmes. Mais ce n’est pas sa faute à lui. C’est parce que c’est une ancienne relation.

[K] Oui, parce que du coup, moi, prise de conscience en 2019, on en parle à Omeg- Enfin on en parle… Moi j’ai rien dit du tout, puisque c’est toi qui a fait ça [rires] à Omeg, en… ouh… On était déjà ici dans cet appart-ci… milieu 2022 ou peut-être même début 2023, quoi. Ca fait long quand même. Mais du coup, oui, ça a fait que- parce que Omeg, du coup, est au courant de Partielles depuis la création de Partielles. Et du coup, ça fait que pendant bien longtemps on a fait des phrases alambiquées pour qu’il ne soit pas dit explicitement- Pas que pour Omeg, il y a d’autres gens qui écoutent la chaîne et qui ne sont pas super conscients de- Faut vraiment que j’arrête de dire des dingueries si claires, à un moment j’vais vraiment juste… pas supers conscients de ma propre multiplicité. Ca a beaucoup joué sur les phrases un peu alambiquées qu’on a fait pendant une période.

[E] Du coup, c’est moi qui ai été parler de leur multiplicité, il y a un an, j’sais plus, bref.

[K] Moi non plus j’sais plus…

[E] Et du coup, même question un peu, c’était quoi ta première pensée ?

[O] Ma première pensée, vraiment, ça a été…

[K] “Mais non ?”

[O] “Ca ne m’étonne même pas.”

[K] Oooooh [rires] [O] Franchement c’est la première pensée qui m’est venue, quoi. Après, j’ai relu une seconde fois le message et j’me dis “Ouais, vraiment, ça explique beaucoup de choses.” Je pense qu’il y avait une part de moi qui le voyait sans le voir ou qui remettait ça à quelque chose de plus… de plus, commun, tu vois, dans les changements de comportement. Je pense que je remettais ça à quelque chose de plus… “ancré dans la normalité”, on va dire, avec des gros guillemets. Pas comme… Enfin vraiment, j’aurais jamais pensé à la multiplicité à l’époque, vraiment pas du tout.

[K] Genre je suis lunatique, quoi.

[O] Ouais ouais voilà. Si on pouvait dire- si on pouvait le rapprocher à quelque chose, ouais, c’est le mot que j’emploierai.

[E] Est ce que tu as refait un peu le fil de votre relation et que tu t’es dit “Haaan” ?

[O] Oui, oui, oui, oui de ouf ! Tout ce que j’ai pu reprendre, j’ai fait “Ah alors peut être à ce moment là… ou quand c’était dans ces phases là…” Ouais, ouais, j’essaie de remettre en place. Après, j’ai arrêté de le faire parce que je me suis dit est ce que c’est vraiment utile, au fond du fond ? Est ce que c’est vraiment utile de le faire ? Non. C’est juste qu’au départ, ça expliquait certaines choses. Ou parfois je me disais- Dans l’attitude vis à vis de moi, j’avais l’impression que j’avais fait quelque chose de mal. Donc des fois, je me posais des questions. Qu’est ce que j’ai fait, en fait ? Suite à ça, forcément, en refaisant un peu le fil tu te dis “Bah en fait j’avais rien fait du tout. C’était pas… Il n’y avait rien, quoi en fait.”

[K] Intéressant. [rires] [O] Mais c’est vrai qu’on en a jamais parlé suite à ça.

[K] C’est vrai.

[O] C’est ça le pire, c’est que j’ai reçu le message. On en a jamais parlé.

[E] Oui.

[K] C’est parce que dans ton message, t’as dit que ça me mettait pas à l’aise et qu’il fallait pas en parler.

[E] Mais non mais c’est parce que quand tu m’as dit “Je suis d’accord d’en parler à Omeg.” J’ai dit “Ah ! Oh !” Et puis ça a été le “Je préfère que tu le fasse.” [rires] Je dis “D’accord, je lui dis quoi ? Je parle de qui ? Je parle de quoi et comment tu veux qu’il agisse après ?”

[K] Oui.

[E] Parce que c’est bien de donner des conseils sur comment faire un coming out, mais il faut les appliquer après. [rires] Et donc tu m’as dit “Je préfère qu’il fasse comme si de rien n’était.” D’accord, c’est ce que je vais lui dire et c’est ce que j’t’ai dit.

[K] Et c’est ce qu’il a fait.
[E] Et c’est ce qu’il a fait. C’est un bon ami.

[K] C’est ce que j’allais dire, c’est en ça qu’Omeg est un bon ami, avec qui on peut faire cette vidéo ce soir. Voilà, c’est un peu gênant. [rires] Au moins ça fait authentique. Est ce qu’on aurait pu, tu vois, genre, préenregistrer des trucs avant ? [rires] [O] Après, ce soir, on brise la glace.

[K] Et je trouve ça vraiment cool d’avoir la possibilité d’être renforcé positivement sur le fait que- Attend j’ai mon personnage qui fait n’importe quoi. D’avoir la possibilité d’être renforcé positivement sur le fait que c’est OK de dire “Fait comme si de rien n’était” et que ça a été écouté, quoi. Et je pense vraiment par contre que si tu avais eu des problèmes t’en aurais parlé à Epsi. Tu vois, si il avait eu des questions à poser, je suppose que tu aurais répondu à ses questions.

[E] Bien sur. Je lui ai dit

[O] Je savais que si vraiment j’avais besoin de savoir quelque chose, que je pouvais par Epsi, donc je me suis dit “OK, on va pas en parler.” D’ailleurs, on a fait vraiment comme si de rien n’était. J’étais OK avec ça, complètement.

[K] Du coup, t’as un peu revu plein d’événements en les remettant en perspective. Mais qu’est ce que tu t’es dit d’autre par rapport au futur ? Tu vois, ça a changé des perspectives sur notre relation passée. Mais qu’est ce que tu t’es dit par rapport à l’avenir avec cette contrainte qui était de faire comme si de rien n’était ? Ce qui du coup, pouvait pas changer grand chose activement, mais dans tes pensées et tes ressentis, ça aurait pu changer des trucs, quoi.

[O] Du coup, moi, ce qui a changé, c’est que j’essayais de se faire un petit peu plus attention quoi. Justement pour essayer de capter, quoi, évidemment, sans que tu aies besoin de le dire. Juste pouvoir le capter de moi même. C’est pas un exercice dans lequel je suis très doué, donc du coup, j’ai fini par abandonner, de me dire “Bon tant pis, je vais arrêter de faire attention. C’est pas le principal, c’est pas le plus important en fait.”

[K] Je sais pas si t’es pas doué ou si moi j’excelle dans ma capacité à masquer.

[E] Vous êtes bons.

[K] Ben meilleur que toi déjà.

[E] Oui.

[K] Toi ce qui te sauve, c’est parce que tu ne parles pas. Non mais, tu vois, si t’étais aussi- tu vois, si tu avais autant de temps de parole que moi, que ce soit à l’écrit ou à l’oral, tu te fais griller 72 fois plus vite que moi.

[O] Pourtant, il y a quand même une forme de laisser aller, parce que sans mettre de nom à proprement dit, je vois quand même une différence dans la façon de communiquer. Dans ta façon de communiquer.

[K] Tu parles de quand Polly te montre ses stickers la Reine des neiges pendant 28 minutes ?

[O] [rires] Oui. Déjà, déjà. “Regarde celui-là, il est très bien !” “Oui, il est joli.” Et toi t’es là “J’aime même pas la Reine des neiges !”

[K] Et bah t’es très docile, tu vois. Tu te laisses bien faire et tu fais vraiment bien semblant d’être attentif aux stickers Panini La Reine des neiges. [rires] [O] Bah, si c’est important, oui, ça me semble indispensable.

[K] OK, tu voulais donner un autre exemple ?

[O] Sur l’avenir, j’ai envie de dire non. J’ai pas… J’attendrai rien non plus. Ce que j’avais peur, par contre, c’est que ce qui puisse changer, c’est justement une prise de position qui aurait fait que vous auriez pu vous dire “Est ce que vraiment, Omeg, on a besoin de lui dans notre vie.” Et de rompre l’amitié, en somme. Ça ouais, j’avais un peu peur de cette prise de conscience, parce que pour moi, la prise de conscience venait sûrement d’avant, je me disais de façon logique il t’as fallu du temps pour le dire (même si tu ne l’as pas dit c’est plutôt Epsi). [rires] Mais tu vois, du coup, je savais qu’il y avait déjà eu un grand moment de réflexion avant, forcément, il y avait déjà eu une prise de conscience avant, mais pour moi, elle était plus récente, puisque la révélation était plus récente. Et que j’avais peur, forcément que ça change quelque chose.

[K] Mais ça aurait pu, mais non. Je pense que c’est une autre question que je voulais poser. Je pense que c’est parce que, entre- il n’y a pas eu de grandes variations dans mon système depuis. Tu vois on est toujours les mêmes personnes, on est globalement pas identiques, ni- mais il n’y a pas eu de grands bouleversements. Mais ouais ça, c’était une question que je voulais poser un peu vis à vis de nous deux, mais tout court, c’est est ce que parfois tu as peur ? Est ce que tu vois, t’appréhendes qu’il y ai, je sais pas, des grands grands changements dans nos systèmes qui fassent que les personnes que tu connais et que tu côtoie et qui t’apprécient, soient plus là ou front moins ou… Bref, de te retrouver avec des gens, dans les deux sens, ou qui te connaissent moins et qui du coup apprécieraient moins. Mais pareil, des gens qui seraient très différents et que toi apprécierais moins ?

[O] Oui, oui, oui, forcément oui, hein. Comme toute personne quoi, en fait. On a tous quelqu’un dans notre entourage qui, du jour au lendemain, vous trouvez qu’il a changé de comportement ou tu te dit “On n’est plus sur la même longueur d’onde.” Et les gens se séparent quoi. Je veux dire, ça arrive souvent. Donc forcément, ça aurait pu arriver aussi dans ce cas là. Et donc oui, j’avais un peu peur que ça arrive.

[K] Ouais mais juste c’était les raisons qui étaient différentes de pourquoi ça serait arrivé. Mais c’est pas une peur plus grande que dans les autres amitiés.

[O] Oui, c’est ça.

[K] Moi j’y avais pas pensé, mais je crois que ça me fait pas peur, mais j’y avais pas réfléchi. On est très stables dans qui on est, avec toutes les fluctuations, mais tu vois. En fait, ce que je me dis souvent et peut être que c’est faux, mais il y a plein de systèmes qui, à nos âges, des systèmes qui ont eu des grands changements et des grands changements d’hôte, par exemple. A nos âges, c’est déjà arrivé plusieurs fois et donc je dis pas que ça pourrait pas m’arriver et qu’il n’y a pas un événement qui ferait que ça m’arriverait. Mais vu que ce n’est pas quelque chose que je connais, c’est pas une peur que j’ai. Que, tu vois, si je me projette, je me dis que c’est une peur qui peut peut être être beaucoup plus présente dans la vie de systèmes qui ont vraiment des groupes d’amis différents, très forts en fonction des périodes ou des comportements, qui ont changé vraiment dans leur singletsona. Que moi, c’est très peu mon cas.

[E] Oui, un peu… Toi comme moi, s’il devait y avoir un changement comme ça, quasiment sûr que ce serait des gens qui reprendraient la vie en cours.

[K] Ouais.

[E] Avec les relations existantes.

[K] Oui, c’est ça.

[E] Même si ça devait arriver.

[K] Ouais, ce que vraiment pas le cas pour tout le monde, quoi. On est très… Beh toi à part avec A, on est très connectés à la mémoire commune au point de vue souvenirs et sentiments, et continuité de la mémoire, à partir du moment où c’est pas traumatique. Et donc, globalement, je dirais pas qu’on pense tous la même chose de toutes les mêmes personnes, mais il n’y a personne dans mon système qui déteste quelqu’un que les autres adorent. Sauf s’il y a un gros gros red flag. Il peut arriver, tu vois qu’il y ait des gens, ça nous arrive parfois de rencontrer de nouvelles personnes et qu’il y ait quelqu’un qui tire un peu une sonnette d’alarme, en mode “je sens pas cette personne” et tous les autres sont un peu dans le truc aveuglé du “Non, moi cette personne je la sens bien.” Mais c’est pas des amitiés ou des relations qui durent, c’est plutôt des trucs de passage. Parce que justement il n’y avait pas d’espèce de cohésion au sein du système, genre le fait que la relation est cool et donc… non, c’est juste… Voila. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup- Il y a des variations, sur un spectre, mais pas genre- On n’a pas d’ami·es que quelqu’un déteste. C’est plutôt sur nous comment on vit nos amitiés. Il y a des gens dans nos systèmes qui n’en ont pas grand chose à faire, d’avoir des ami·es. Mais ce n’est pas la personne en face, c’est leur considération pour l’amitié. Dans les questions qu’on a eu, il y a des questions qui ne s’appliquent pas à nous parce que justement, par ce truc de on est très à masquer et je pense qu’il y a des questions qui sont intéressantes et qui seraient intéressantes que des personnes qui sont très out répondent vis à vis de leurs ami·se singlets. Mais par exemple, c’est est ce qu’il y a des alters qui te font peur ? Est ce qu’il y a des alter avec qui tu t’entends pas, qui font que t’as peur pour l’entièreté de ta relation amicale ? Ça peut pas se prêter à nous. C’est des bonnes questions, mais juste, je ne les ai pas posées, parce que je vois pas ce qu’on y répondrait. Du coup, voilà la dernière question auxquelles je pense pour l’instant, c’est est ce que t’en as parlé autour de toi et comment ? Et je sais que globalement, quand t’en parles, c’est relativement avec notre accord ou en tout cas que t’as notre accord sur le fait que tant qu’on nous en reparle pas, tu peux en parler.

[O] Oui, oui, forcément oui, oui. Tu sais bien un peu à qui j’en ai parlé, donc forcément. Je ne sais pas comment- j’ai essayé d’expliquer au mieux ce que c’était, mais bon, après j’avais quand même de bonnes bases grâce à vous, quand même. [rires] Donc voilà, j’ai essayé d’un peu m’expliquer avec vos termes, en gros, ce qu’est ce qui était pas évident en soi, parce que c’est difficile à doser. C’est difficile à doser, parce que quelque part, c’est quelque chose qui n’est pas commun du tout. Et malgré tout, il y a quand même cette peur que l’autre ne croit pas, malgré qu’au final, je ne suis absolument pas concerné.

[K] A fond.

[O] De dire est ce que la personne en face de moi à qui je l’explique va le croire ? Et s’il n’y croit pas, qu’est ce qu’elle va penser du coup de la situation, de toi et du coup de mes ami·es, puisque forcément… [rires] C’était un peu une appréhension de… j’ai envie de le remettre- j’ai envie de le comparer à quelque chose qui n’a rien à voir, mais que je trouve quelque part a une bonne comparaison. Tu me dis après si tu trouves un peu aussi. Mais ça, en revient un peu avec A, justement, qui voilà, quand elle se montre tu vois, quoi. C’est tellement quelque chose qui, la multiplicité, quelque chose dont on ne parle tellement pas et qui est si peu connu. Tu pourrais le reprendre un peu comme du paranormal, tu vois. Où tu peux y croire, mais si tu vois quelque chose, tu vas y croire vraiment d’autant plus, quoi, tu vas être convaincu de la situation. Et je pense que dans la psychologie y a beaucoup de ça chez les gens lambda en général. C’est que s’ils ne le voient pas, ils ne vont pas le croire, en fait. Tout le monde devient Saint-Thomas d’un coup et du coup, c’est difficile forcément à expliquer, parce que de la même façon que pour certains, tu leur parle de multiplicité ou tu leur dis je crois aux fantômes, voilà, s’ils y croient pas, ils vont juger directement. Après, tu vois, c’est ça aussi la différence, c’est que forcément, la personne à qui j’en parle, c’est forcément quelqu’un que je sais que je peux en parler. Et en plus qui est plus que proche. Donc donc, fatalement, je savais que voilà, que ce serait OK, quoi. Maintenant je me demande d’en parler à quelqu’un d’autre de moins proche, tu vois, quelqu’un je m’en fous, on va dire comme ça.

[K] Oui c’est ça, je t’imagine fort mal dire ça à ta mère.

[O] [rires] Ah non, ça c’est clair. Là je sais direct que ce serait pas cru. Je le sais, vraiment pas besoin.

[K] Mais oui. Oui, c’est ça, il y a ce truc de jauger à qui en parler aussi. Est ce que ça apporte des- D’abord, est ce que Moumou avait des préjugés et a dit des trucs?

[O] Non.

[K] Pas sur nous, mais sur notre relation ? Genre est ce que les préjugés possibles sur la multiplicité de Moumou avaient un truc sur la- genre un impact sur la relation, quoi ?

[O] Non.
[K] Moumou est une bonne personne. [rires] [O] Moi j’étais plutôt clair dès le départ que de garder contact, on va dire avec les exs, en général, c’est pas commun du tout déjà donc. Mais, voilà, je voulais pas mettre fin à notre amitié, en aucun cas, donc, direct, je posais le truc, quoi.

[K] Oui, c’est ça, mais dans sa réflexion, genre c’était “pire”, entre guillemets, que je sois ex et pas multiple. Genre l’ex folle. C’est pire le ex que le- [rires] [E] Que le folle.

[O] Ouais non, pour ça, vraiment il y a eu aucune réflexion, aucune tension. Il y a eu que de la compréhension, en fait, totalement. Et pas de jugement.

[K] Et est ce que le fait d’être un singlet ami avec des personnes multiples, ça apporte des difficultés autres que entre singlets ?

[O] Pas que je sache ? Je sais pas. Peut être que j’aurais tendance à faire plus attention, à pas être trigger sur certaines choses. Peut être, oui. J’ai pas d’exemple précis, tu vois. En fait, je dis ça, et d’un autre côté, c’est comme dire je serai avec quelqu’un d’autre, je ferais pas spécialement attention à ce que je dis, mais que là, il y a plus un instinct de je ne veux pas blesser mes amis. Donc je me dis est ce que c’est plutôt ça, ou plutôt le fait de faire attention à la multiplicité ? Non, je dirais plutôt que je fais attention, simplement.

[K] T’es un gens bon. (jambon)
[O] Voila.

[K] T’es pas un sale ami. (salami)
[O] Pas un sale ami. [rires] [K] Et malgré le fait qu’on n’en parle pas, nanani nanana. Est ce que c’est quand même plus confortable de le savoir ?

[O] Oui oui oui. Et puis, c’est comique parce que justement, on n’en parle pas, mais je vois bien dans ta façon de communiquer. Donc du coup, c’est vraiment, tu m’envoies un message, je le lis, je fais “Huhu”, je souris parce que j’ai capté, quoi.

[K] Je vois pas du tout que tu parles. Est ce que tu fais des petits droite gauche avec Omeg ?

[E] Oui. Ca peut arriver.

[K] Tu me l’a jamais dit.

[E] Si.

[K] Tu fais des petits droite gauche ?

[E] Ca arrive. C’est rare.

[K] Mais parce qu’on le voit pas souvent. C’est parce que tu peux pas faire de droite gauche à l’oreille. [rires] Bande de crabes. D’accord. Et juste pour conclure, est ce que tu aurais des trucs à dire ou des, entre guillemets, “conseils” pour toutes les personnes singlets qui écouteraient la vidéo et qui ont des ami·es/connaissances multiples ?

[O] Tout ce que je pourrais dire, déjà, soyez bienveillants et soyez compréhensifs, parce que- soyez à l’écoute, c’est le plus important. Et surtout respecter le choix de la personne, parce que c’est la meilleure chose à faire. Tout viendra naturellement si on est bienveillant et patient. Voila, si ça n’arrive pas, ça n’arrive pas, ça ne change rien. Ca ne change rien à l’amitié avec quelqu’un. Donc n’y pensez pas. Soyez conscient de ça, mais n’y pensez pas.

[K] Je pense que c’est un peu facile, parfois de tomber dans un truc comme “Si tu me parles pas, c’est que c’est un manque de confiance en moi”, alors que non, clairement pas. Il y a tellement d’autres facteurs qui sont justement pas liés à la personne en soi, pas liés à la personne en face, mais à soi. Genre ouais, c’est pas du tout parce que je ne parle pas de trucs clairement que j’ai pas confiance en mon interlocuteur. C’est plein d’autres raisons. Mais je sais qu’avant, quand je pensais être singlet, je me disais des trucs comme ça, vis à vis de toi, Epsi. Si tu me parles pas de tel truc, c’est que tu n’as pas confiance en moi, assez que pour pouvoir me le dire. Mais non.

[O] Oui, j’allais dire, c’est pas une question de ne pas avoir confiance. Oui, c’est ça. Moi c’est comme ça que je le prenais, de dire c’est pas que c’est pas de la confiance, mais il y a forcément de la peur et ça de la peur, tout le monde l’appréhende à sa façon, donc… Voilà, les choses viendront naturellement. Il faut pas- faut rien forcer, en fait, il faut vraiment pas forcer. Si vous aimez la personne et que vous la respectez, c’est la seule chose à faire.

[K] Qu’il est mignon ! [rires] Merci beaucoup, Omeg. Est ce que tu veux dire à un mot de la fin ? Est ce que tu veux conclure ou est ce que t’as dit tout ce que t’avais à dire ?

[O] Il y a sûrement plein d’autres choses à dire, mais là, tout de suite je ne saurai que rajouter.

[K] Merci beaucoup.