[YT] L’amnésie et le switch (savoir si on est multiple partie 2)

Transcription:

K: Bonjour à toustes! Et bienvenue dans cette nouvelle vidéo de Partielles présentée par Epsi et Kara. Cette vidéo est, enfin, la suite de « savoir si on est multiple ». Je vous glisse la première vidéo dans le « i » si vous ne l’avez toujours pas vue ou si vous avez envie de la revoir, depuis le temps c’est complètement compréhensible. Cette vidéo répond à une autre partie des questions que vous nous aviez posées sur les réseaux sociaux et qui ont pour thème « je pense que je suis multiple, comment savoir si je le suis? ». Quand on se demande si on est multiple, un questionnement qui revient souvent c’est le fait d’avoir l’impression de jouer un rôle, de contrôler, et de se dire que si on le voulait vraiment, on pourrait ne pas agir comme ça, genre on pourrait ne pas avoir l’air si jeune, on pourrait ne pas avoir l’air si froid, etc… C’est une sensation qui entremêle plein de trucs et d’idées reçues sur la multiplicité. Et souvent ça fait stresser et du coup on se trouve des arguments pour ou contre une éventuelle multiplicité sans savoir que parfois on est soi-même un peu biaisé-e sur comment ça se passe vraiment en termes d’amnésies, de switch, d’influence et tous ces trucs qui entre guillemets « définissent la multiplicité », ou en tout cas ce qu’on pense en connaître. On vous remet la vidéo « Qu’est-ce que la multiplicité » dans le « i » également pour revoir les bases si besoin. Dans cette vidéo, on va donc aborder deux points vraiment essentiels pour lesquels on a souvent intériorisé énormément d’idées reçues sans le savoir: l’amnésie et le switch.

E: Commençons par l’amnésie, plus particulièrement dans le TDI et l’ATDS. On parle de ce sujet régulièrement mais on va quand même revenir dessus parce que c’est vraiment important. Les idées reçues et la pop culture, et même des professionnel-les de santé mal informé-es parfois, nous apprennent que l’amnésie dans le TDI se manifeste par des « trous noirs lors des switch ». On pense souvent que les alters n’ont pas du tout les mêmes souvenirs et qu’on ne peut pas se souvenir de ce qu’un ou une autre alter fait lorsqu’iel front, et que nous on disparaît en quelques sortes pour se réveiller seulement quand on repasse devant. Du coup, on a l’impression que si on se souvient de tout, que si on a l’impression de switcher mais qu’on a des souvenirs de ce qu’il s’est passé, que si on a conscience des autres alters, que si on ne se réveille pas quelque part sans savoir ce qu’on fait là, c’est qu’on n’a pas de TDI… bah c’est faux. Et on va vous expliquer pourquoi. L’amnésie au départ ne vient pas de la simple existence des alters. Si on part du principe que la multiplicité dans le TDI est un mécanisme d’adaptation vis-à-vis d’événements difficiles, il faut se dire que l’amnésie sert au départ à se protéger des souvenirs et/ou des effets de ces événements. Les effets étant l’anxiété, les angoisses, l’hypervigilance, les conflits internes, les pensées intrusives, la culpabilité, les flashbacks et tous ces trucs liés aux traumatismes, y compris les symptômes physiques comme les palpitations, la sécrétion d’hormones, les changements de température, etc…

K: Un cerveau qui fonctionne de façon disons « normale » va retenir tout un tas de souvenirs et d’informations sur tout ce qu’on vit et faire des connexions entre tous ces souvenirs. Chez une personne traumatisée, il va y avoir une connexion entre les souvenirs traumatiques et tout élément qui pourrait rappeler ces souvenirs-là, et croyez-moi que souvent le cerveau associe vraiment des trucs what the fuck. C’est ce qu’on appelle un trigger. Tout élément qui peut rappeler de près ou de loin ces événements traumatiques risque de déclencher les effets liés aux traumatismes et donc, pour se protéger et continuer à fonctionner, le cerveau va couper l’accès à ces informations ou à une partie de ces informations. C’est là que commence l’amnésie, qui est à la base un mécanisme de protection. Les alters quant à elleux se forment pour répondre à des besoins. Parmi ces besoins, il peut y avoir le fait de ne pas oublier ces événements traumatiques mais il peut aussi y avoir tout un tas d’autres choses comme le besoin de pouvoir se protéger des attaques verbales, le besoin de rester éveillé-e quand on ne sent pas en sécurité, le besoin de prendre soin de son corps soi-même alors qu’on est enfant, le besoin de pouvoir s’évader dans son imaginaire parce que la réalité est trop dure, le besoin de faire comme si tout allait bien, etc… Il n’y a donc aucun lien direct entre l’amnésie et les alters. Alors évidemment, supposons qu’il y ait un alter A qui est là pour garder les souvenirs traumatiques et un alter B dont le rôle est que le système n’ait pas accès à ces souvenirs, bah il risque effectivement d’y avoir une amnésie vis-à-vis de l’alter A, potentiellement causée par l’alter B parce qu’il y a un conflit. Et s’il y a un alter C, qui
est là pour que les événements traumatiques ne se reproduisent plus et qui apparaît lorsque l’alter A est trigger, pareil, il peut y avoir une amnésie qui peut venir de l’alter B qui protège le reste
du système des souvenirs.

E: C’est en toutes ces interconnexions complexes que le TDI est très différent du trouble de stress post-traumatique parce que dans le TDI, tout est dispersé et un trigger ne va pas juste déclencher le rappel de souvenirs ou de ses effets mais aussi déclencher différents besoins chez différents alters et potentiellement, vous l’aurez compris, générer des conflits entre le cerveau, ses réactions vis-à-vis des traumatismes et les différents fonctionnements des différents alters concerné-es par ce sujet de près ou de loin. Alors vous me direz « ok mais donc le cerveau bloque l’accès aux souvenirs quand il y a un trigger, trigger qui peut d’ailleurs déclencher un switch, donc pourquoi l’amnésie ce serait pas des blackouts lors des switch? ». Parce que pour éviter tous ces effets négatifs, le cerveau ou même les alters vont anticiper ces déclenchements. C’est-à-dire qu’en cas de trigger ou de trigger potentiel, le cerveau va directement détourner ou couper l’information, c’est notamment l’origine de l’hypervigilance ou de la sédation. Entre les alters, il y a des barrières mnésiques qui sont plus ou moins épaisses mais pour pouvoir anticiper, bah il faut que ces barrières soient perméables. Il faut que l’information passe quand même pour pouvoir la gérer sinon la protection tomberait trop facilement.

K: Et c’est en ça que des blackouts systématiques et nets entre les switch ne sont pas un mécanisme de base du TDI. Les barrières doivent être perméables et, à la base, elles le sont. Alors évidemment, les barrières peuvent s’épaissir, notamment si les traumas se répètent encore ou simplement avec le temps qui passe et qui fait que les souvenirs les plus anciens restent trop ancrés chez un alter en particulier qui devient dormant ou qui s’enfonce de plus en plus dans l’inconscient par exemple. Et surtout, les barrières peuvent s’épaissir à cause de conflits entre les alters. Parce que, qu’on le veuille ou non, les alters peuvent avoir des réactions totalement différentes voire opposées aux événements et rappels traumatiques. Il ne faut pas oublier qu’un système traumagène, TDI notamment, c’est potentiellement un groupe de personnes avec différents PTSD et CPTSD, et donc des réactions de fuite, d’attaque, d’inhibition, etc… différentes au sein d’un même corps et utilisant un même cerveau. Et donc potentiellement, il peut y avoir des gros conflits internes face à des situations pouvant mener, par protection, à un épaississement des barrières mnésiques. L’épaississement de ces barrières est différent pour strictement chaque système et chaque alter, il n’y a pas de canevas strict et ça ne veut en aucun cas dire qu’un trauma a été plus ou moins grave évidemment, juste que la gestion a été différente et tout est légitime bien entendu. De ce fait, il peut effectivement y avoir des blackouts entre certains alters. Cependant, des trous noirs entre tous les alters d’un système, bien que possible et légitime, n’est en aucun cas la majorité.

E: Tout ça pour dire que l’amnésie en elle-même peut se manifester de plein de façons différentes parce que c’est un sujet qui est tout simplement complexe, autant que le TDI peut l’être. L’amnésie peut concerner des événements traumatiques tout simplement. On peut par exemple oublier des périodes passées ou une période de notre enfance ou de notre adolescence ou des événements précis du cours de la vie qui, en principe, ne s’oublient pas vraiment. On peut aussi s’en souvenir mais avoir totalement perdu les sentiments qui vont avec, tout en ayant potentiellement des déclenchements qui suivent dans les heures ou jours qui viennent, sans liens apparents mais pourtant bien présents, sans savoir pourquoi d’un coup on stresse. On peut aussi évidemment oublier des infos autobiographiques. C’est un exemple tout simple mais si vous devez réfléchir à l’âge que vous avez ou à votre prénom quand on vous le demande, il peut y avoir matière à se poser la question. On peut aussi évidemment oublier son quotidien. Alors évidemment, personne ne se souvient de tout ce qu’il se passe dans le quotidien mais si vous n’avez pas une bonne notion du temps, que vous ne savez pas situer les événements, que tous les jours vous oubliez ce que vous avez mangé la veille ou même le jour même, posez-vous quand même la question. Idem si vos souvenirs ne vont pas plus loin que quelques mois d’ailleurs. Bref on a donné plein d’exemples dans la vidéo « Qu’est-ce que la multiplicité? » mais retenez vraiment ceci: l’amnésie, c’est beaucoup plus complexe qu’une rupture nette des souvenirs entre les alters, même si ça peut se manifester comme ça, ce n’est pas la majorité des manifestations de l’amnésie.

K: Et n’oubliez pas surtout qu’on peut ne pas avoir conscience qu’on oublie ou oublier qu’on oublie. Parce que tout ça c’est fucké et compliqué, et que ça fonctionne pas toujours parfaitement, loin de là. D’ailleurs, malgré toutes ces protections, on peut être méga trigger régulièrement et subir les effets des traumas en plus des conflits internes et des gros bugs, etc… mais même ça, potentiellement, on peut l’oublier. L’amnésie peut faire qu’on est très anxieux ou hyper mal pendant des jours mais l’oublier quelques temps plus tard ou s’en souvenir mais ne plus savoir pourquoi ou ne plus savoir ce qu’on ressentait vraiment. Et à ça, on peut ajouter qu’avec tous ces petits mécanismes inconscients, on a bien souvent mis des choses en place pour ne pas se rendre compte qu’on oublie des trucs. Comme axer nos souvenirs sur les lieux où l’on se trouve plutôt que sur ce qui s’y passe vraiment. Ou détourner le sujet avec des phrases comme « ah on en avait parlé? oh j’étais pas assez attentif, désolé! tu peux répéter? je suis tête en l’air tu sais », sans même se rendre compte que ça, c’est de l’adaptation qui nous masque à nous-mêmes nos propres amnésies.

E: Bref tout ça pour dire qu’on peut se souvenir de ce qu’il se passe même quand on switch. On peut même avoir l’impression de rester devant mais on va aborder ça juste après. Un système peut avoir beaucoup d’amnésies ou très peu, peut avoir de l’amnésie du quotidien ou seulement de périodes passées, peut avoir des amnésies seulement quand il est buggé ou entre des alters précis, peut avoir des blackouts parfois ou pas du tout, peut se souvenir et oublier et se rappeler et ré-oublier et plein plein plein d’autres possibilités. Petite note d’ailleurs: on pense souvent du coup que l’ATDS sans amnésie, c’est un TDI sans blackouts entres les alters or, comme on vient de le voir, l’ATDS sans amnésie est plutôt un TDI sans pertes de mémoire ou sans pertes de temps, pas sans blackouts, mais n’oubliez pas que vous vous définissez selon ce qui vous met à l’aise.

K: Ok maintenant vous avez compris en quoi l’amnésie n’est pas forcément un indicateur de switch, on va expliquer un peu à quoi ces derniers ressemblent, de dedans comme de dehors. On pense souvent que le switch, ça se voit, que les alters sont différents et que ça peut se voir, que l’on ressent forcément qu’on change de voix ou d’attitude, qu’il y a un trigger, qu’on dissocie forcément, que ça dure quelques secondes ou plus longtemps mais encore une fois, ce sont des a priori. Et j’ai envie de dire: ne vous comparez pas trop aux autres systèmes. Quand vous regardez ou lisez d’autres systèmes, essayez de voir si ces systèmes vivent des trucs comme vous pour vous sentir moins seul-es, ne vous arrêtez pas au fait que des choses peuvent se manifester différemment pour eux. En fait, il faut bien comprendre qu’en termes de multiplicité, il n’y a pas de modèle, c’est vraiment vraiment différent pour chaque système. Alors prenez ce qui vous fait du bien mais essayez de ne pas douter de votre légitimité pour un élément qui n’est pas pareil chez vous, comme le switch notamment.

E: Et donc le switch, c’est comment? Honnêtement si on montrait nos visages, on vous montrerait en vidéo à quoi peut ressembler un switch. Non pas pour attirer la fascination vis-à-vis du switch on camera, loin de là, mais pour vous rassurer sur tout ce que ça peut être et banaliser la
switchytude. Vous en entendrez sûrement plein sans le savoir dans nos vidéos mais bon, comme
on ne se montre pas, on va illustrer avec quelques images de pop culture parce qu’autant qu’elle serve à quelque chose pour une fois. (Différentes scènes de switch plus ou moins visibles.) Vous pouvez vous repasser la dernière si vous voulez. Vous ne voyez rien? C’est normal!

K: Bon vous l’aurez compris, un switch peut se manifester de mille façons différentes. Il peut être extrêmement rapide et imperceptible. D’une fraction de seconde à l’autre, ça peut être deux alters différents. Ça peut même être un alter A qui switch vers un alter B qui revient sur l’alter A en moins d’une seconde, sans ça puisse se voir de l’extérieur ni même être perçu de l’intérieur. Le switch peut aussi mettre quelques secondes à se produire, laissant un regard un peu vague ou pas, causant une dissociation ou pas, tout en restant malgré tout très fluide. Mais il peut aussi être plus long. On peut mettre plusieurs minutes voire dizaines de minutes à lutter pour switcher ou ne pas switcher mais switcher quand même. Et dans ces cas-là, il peut même être douloureux et causer migraines, nausées et autre. Le switch peut être net ou diffus, très long, mettre plusieurs heures à se mettre en place. On peut dans ces cas-là être dissocié-e longtemps, un peu absent, avant que le switch soit effectif. Eh puis aussi, il peut mettre du temps à se stabiliser. Le switch peut avoir lieu en une seconde mais l’alter arrivant peut avoir besoin de quelques minutes pour s’ancrer ou ne pas y arriver et rester dissocié-e un temps ou ne pas y arriver et reswitcher aussi vite. Tout comme il est possible que la switch soit rapide et stable directement. De plus, le switch peut être déclenché par différents facteurs. Il y a bien évidemment les triggers qui peuvent déclencher un switch, précédé ou non d’une dissociation, mais il peut s’agir aussi d’une envie d’un ou d’une alter ou simplement d’un switch volontaire, parce que oui, le switch peut être contrôlé. Même si ça peut demander beaucoup d’entraînement et que c’est pas toujours possible ni en toutes circonstances, ça peut être le cas. Dans tous les cas, même si le switch est perceptible de l’extérieur, sachez que la grande majorité des switch n’est absolument pas considérée comme tel par des personnes qui ne connaissent pas la multiplicité ou ne savent pas ce que c’est un switch ou n’en ont jamais vus. Même si les gens remarquent que vous changez un peu de comportement ou que votre mood a l’air différent, ils ne penseront pas que vous avez des alters ou que vous switchez. Il faut un peu d’expérience pour capter les switch des autres, même en tant que multiple soi-même, alors rassurez-vous si c’est un truc qui vous stresse. Et à l’inverse, si des personnes extérieures ne vous croient pas quand vous dites que vous switchez parce qu’elles n’ont « rien vu », bah dites-vous que ces personnes ne sont pas aptes à vous faire du bien actuellement et entourez-vous de gens avec qui vous pouvez être à l’aise si c’est possible.

E: Bon alors ok mais de l’intérieur, ça donne quoi? Eh ben c’est pareil, ça peut être vécu de plein de façons différentes. D’abord, comme justement il n’y a pas forcément de blackouts entre les alters, le switch peut être totalement imperceptible, y compris pour nous-mêmes. On peut avoir l’impression qu’on est devant parce qu’on sait ce qui se passe alors qu’en fait, on est derrière. C’est juste qu’il y a une mémoire commune pour commencer et surtout bravo! Vous faites de la coconscience et ça, c’est très cool pour apprendre à communiquer avec son système! Bref le switch inconscient, on peut en prendre conscience après avoir switché. Parfois une seconde après, parfois une heure après, parfois dix jours après… et parfois dix ans après… Rétrospectivement on peut se dire « oh wow c’était pas moi en fait ». Pour autant, un switch inconscient n’est pas forcément invisible de l’extérieur, c’est juste pas perçu tout de suite de l’intérieur. On peut s’en rendre compte en disant un truc ou en réagissant à quelque chose alors que ce n’est pas forcément ce qu’on aurait dit ou ce qu’on aurait fait. Et on peut alors se dire « oh wait ça veut dire que potentiellement c’est pas moi là, oh wait c’est qui alors? ». Alors ça demande un peu d’entraînement mais avec l’habitude et des mémos tech, en demandant qui est là, en réfléchissant à qui aime quoi, parle ou agit comment, on peut savoir un peu qui est devant. Puis parfois on sait pas mais on connaît les différents alters qui pourraient être là. Et à d’autres moments, on se rend compte qu’on a switché mais on n’a pas l’envie ou le temps de se demander qui est devant nous et du coup, on se pose pas trop la question. Ensuite, il y a les switch qu’on sent venir. On perçoit, on ressent, on sait qu’un ou une alter se rapproche. On peut le savoir par nos perceptions sensorielles qui commence à changer un peu aussi ou le savoir parce qu’on entend les pensées de l’alter se rapprocher de notre pensée de devant, bref on ressent la coconscience et puis l’inversion de place. Ça peut être doux ou plus brusque, ça peut être lent ou rapide, bref on sent que c’est de moins en moins soi et on laisse passer, on lâche prise quoi, on laisse faire. En général, c’est plus facile avec ce genre de switch de savoir qui est en train de switcher, sans doute parce qu’on est toujours devant quand l’autre arrive donc c’est plus facile d’en avoir conscience j’imagine. Mais par rapport aux switch inconscients, c’est plus facile de savoir « qui va venir? » que de savoir « qui suis-je
maintenant? ». Puis y a tous les switch qui impliquent disons une action plus ou moins consciente mais pas forcément volontaires. Soit parce qu’on pousse pour que ça passe soit parce qu’on lutte pour que ça ne passe pas. En gros, qu’on s’en rende compte ou pas vraiment, on peut résister ou essayer que ça se fasse, on laisse pas juste aller ou on laisse pas aller du tout. Dans ces cas-là, on peut avoir plus de symptômes désagréables comme des symptômes dissociatifs, la vision floue, la tête lourde, des migraines, des nausées, des déséquilibres, etc… Que ce soit pour que l’alter passe devant ou qu’iel reste derrière, cette sorte de lutte peut engendrer ce genre de symptômes, qui peuvent aussi totalement arriver lors des autres switch, mais qui sont quand même potentiellement plus fréquents dans ce cas-ci. C’est bien de repréciser que ce fait de « pousser » peut être volontaire ou pas, comme n’importe quel switch en fait, même les précédents. À noter que l’interruption d’un switch à cause d’un élément extérieur par exemple ou parce qu’on réussit à lutter assez pour que l’alter ne passe pas peut encore augmenter ces symptômes désagréables. On ajoutera bien sûr que lors de certains switch vraiment difficiles, il peut y avoir plusieurs alters qui poussent pour faire passer un ou une autre alter et d’autres alters qui luttent pour ne pas laisser passer, et ça peut rendre le switch vraiment long et/ou douloureux. Alors ensuite, on peut aussi conscientiser un switch parce qu’on est un peu tout brumeux, tout dissocié, genre on fonctionne au ralenti, on s’embrouille dans nos actes ou nos paroles, puis d’un coup tout s’éclaire et ça va mieux. Ou alors, on peut avoir des sentiments très forts, être en colère ou pleurer, et d’un coup tout se couper et tout va bien. Potentiellement, ce sont deux indicateurs de switch qui peuvent être conscients ou non. Dans le premier cas, ça peut être un switch qui a mis du temps à se mettre en place ou un switch rapide qui suit une dissociation par exemple. Et dans le deuxième cas, ça peut être un switch de protection par rapport aux sentiments en question. Puis y a aussi les switch qui donnent vraiment l’impression de s’endormir, de cette même sensation au moment de basculer dans le sommeil. On entend encore bien ce qui se passe autour mais on ne peut pas trop y réagir, on sombre petit à petit dans l’inconscient et on passe derrière. Ça peut aussi donner un peu la même sensation que quand on part dans nos pensées et qu’on est plus trop connecté-e à l’ici et maintenant, sauf que le corps peut continuer sans nous. On reste juste là, plus loin quoi. Et, comme pour le fait de sortir de ses pensées, on peut reswitcher aussi vite ou pas pour revenir devant.

K: Voilà, c’est quelques exemples de comment peut être perçu un switch de l’intérieur. Il y en a évidemment plein d’autres mais retenez bien que ça dépend de chaque système et même de chaque alter encore une fois. Et que toutes les combinaisons sont possibles évidemment et que bien sûr, tout ça peut évoluer. Et dans tous les cas, quand on se souvient de ce qui se passe même quand on n’est pas devant, on peut avoir l’impression de jouer un rôle, on peut avoir l’impression qu’on pourrait contrôler ou ne pas laisser autant aller et c’est normal. Ça fait partie de la conscientisation et, effectivement, on pourrait dans certains cas contrôler ou limiter mais dites-vous que c’est comme contrôler sa respiration. Bien sûr qu’on peut mais dès qu on n’y fait plus attention, ça continue à se gérer tout seul. C’est seulement que maintenant, vous le savez et que donc vous y faites attention mais en fait, il est très probable que ça ait toujours été le cas mais que juste vous le saviez pas. Dites-vous encore une fois que, notamment dans le TDI et l’ATDS, le switch fait partie d’un mécanisme d’adaptation à un environnement souvent incohérent vis-à-vis des besoins. On doit pouvoir s’adapter rapidement aux situations difficiles qu’on vit et donc les switch doivent pouvoir être rapides et imperceptibles de l’extérieur. Comme pour l’amnésie, le temps et les événements peuvent modifier tout ça et rendre les switch plus difficiles parce qu’il y a des conflits entre les alters ou des incompréhensions ou des problèmes mais dans l’ensemble, à la base le switch est un mécanisme d’adaptation supposé être spontané et peu visible.

E: Pour conclure, on va parler brièvement du fait de contrôler les switch. On l’a déjà dit mais c’est pas grave: avec le temps, l’habitude et l’entraînement, on peut switcher volontairement, même si c’est pas dans tous les cas, même si c’est pas toujours simple, même si c’est pas toujours possible pour tous les systèmes et même si ça se fait pas du tout en un jour. Pour switcher volontairement, on peut utiliser des triggers positifs, c’est-à-dire des trucs cool que l’alter aime bien et qui l’attirent. On peut aussi visualiser ou conceptualiser mentalement que l’alter se rapproche et passe devant nous, soit par des sensations soit en y pensant soit en visualisant une porte à passer par exemple, en fonction de ce qui fonctionne le mieux. Mais dans tous les cas, évidemment, il faut avoir le consentement de l’alter en question pour que ça se passe bien. En revanche, pour bloquer un switch, bah évitez de le faire si possible. Essayez plutôt de savoir pourquoi vous voulez bloquer et ce qui pourrait être fait à la place parce que comme on l’a dit, c’est douloureux, autant qu’arrêter de respirer trop longtemps en fait. Alors évidemment, c’est pas toujours volontaire ou conscient mais si l’alter qui veut passer a besoin de fonter, ça risque d’arriver quoi qu’il arrive alors si possible, laissez aller dans un espace et à un moment appropriés si nécessaire. Mais on approfondira ça une autre fois.

K: Voilà, c’est tout pour la partie 2 mais il y aura une partie 3 qui, logiquement, parlera de l’influence, de la coconscience, du masking
et ainsi de suite. Merci d’être resté-e jusqu’ici! On se retrouve sur les réseaux sociaux et à bientôt!