Le 5 mars, c’est la journée internationale de sensibilisation au trouble dissociatif de l’identité, ou #DIDAwarenessDay. Voici 10 choses qu’on aurait aimé entendre à la prise de conscience de notre multiplicité, ou 10 choses qu’on a envie de dire à nous du passé ^^
Prenez soin de vous& autant que possible ❤️

[Kara] Le 5 mars, c’est la journée internationale de sensibilisation au TDI, ou DID Awareness Day. À cette occasion, on a envie de vous partager 10 choses qu’on aurait aimé entendre au moment de notre prise de conscience. Ou 10 choses qu’on aurait aimé se dire à nous-mêmes à ce moment-là [rire]. Cette vidéo sera suivie d’une vidéo FAQ, qui a été enregistrée en live avec vous sur Twitch, pour répondre à vos questions sur notre évolution vis-à-vis du trouble dissociatif de l’identité après plus de 10 ans pour Epsi et 7 ans pour moi. 

[Epsi] 1. Que c’est vraiment la mise en sécurité qui compte.
Oui ça peut paraître tout basique hein ^^ Mais c’est un point en fait vraiment essentiel. Avec un TDI, le système nerveux est mis à rude épreuve et sécuriser son quotidien, bah ça peut vraiment faire la différence. Se sortir des situations difficiles, se mettre à l’abri que ce soit de façon matérielle, relationnelle ou émotionnelle, s’éloigner de nos sources de stress, tout ça, tout ça. Plus facile à dire qu’à faire la plupart du temps, c’est évident ! Mais pour se stabiliser, on peut avoir tendance à courir dans tous les sens et à chercher à tout contrôler alors que parfois, faut lâcher prise et se recentrer sur un objectif précis, qui est : se mettre en sécurité. Même si la sécurité fait peur et peut donner le vertige d’ailleurs. [rire] [K] 2. Que la légitimité, c’est compliqué. 
Oui, bah oui ! Les crises de légitimité, on connait, et si j’invente, et si c’est faux, et si j’avais rien vécu d’assez grave, et si je fonctionnais trop bien, et si, et si. C’est une vraie source d’angoisse pour plein de systèmes qui peut être hyper paralysante. Mais en fait, bah ça fait partie du truc. Avec la dissociation, les problèmes de mémoire, peut-être l’amnésie traumatique, les angoisses du système, le masking et tout ça, la légitimité peut vraiment être compliquée. Elle peut même être une manifestation de l’anxiété elle-même, une sorte d’excuse du cerveau pour s’emballer tout seul et faire des tours de manège, parfois même pour cacher autre chose… Donc voilà, oui, c’est compliqué, et surtout (!) oui ça passe avec le temps, même si ça peut être long, et patpat de soutien ! 

[E] 3. Que les choses vont à leur rythme.
Et ça prend du temps. Il y a des strates, des étapes, des retombées, des relevées, des moments où ça va et d’autres moins. Et quand ça va bien, bah ça peut amener à laisser la place à une nouvelle strate qui va donner l’impression que tout dégringole à nouveau. Faut essayer de viser la stabilisation avant de passer aux étapes suivantes, et c’est pas un chemin tout tracé. Mais tous les chemins que vous créez sont des chemins que vous pourrez retrouver plus facilement, même quand ça vous semble impossible de recommencer. Les crises passent. Vous avez tenu jusque là, et bravo ! C’est ok de se reposer, vous en avez besoin. Faut apprendre à surfer sur les vagues et profiter des courants calmes, et essayer au max de rester zen quand ça remue à nouveau. Et la première stabilisation, pour pas mal de systèmes, n’arrive pas avant au moins 6 mois, donc courage ! 

[K] 4. Que c’est ok d’être une mauvaise victime.
Souvent, une victime est perçue comme légitime parce que la société voit en elle différents critères implicites, comme paraître vulnérable, petite, sans défense, digne ou encore avoir un·e agresseur·euse clairement coupable et des abus bien définis. Maiiis la plupart des victimes ne correspondent pas à ce stéréotype. On a le droit d’être en colère, de se défendre, de paraître pas triste ou pas “assez traumatisé·e”, de ne pas porter plainte, d’être encore en lien avec des gens qui nous ont fait du mal. On peut même s’en foutre par moments ou souvent. On peut fonctionner, même en étant dysfonctionnel·les, on peut ne pas être assailli·es de flashbacks et on peut ne pas se morfondre au fond de son lit. On peut le subir comme ça tout le temps ou seulement par moments ou jamais. Vivre avec de la dissociation et une multiplicité adaptative, c’est aussi… être capable de s’adapter, y compris à l’impensable. Et bien sûr qu’on subit les traumas, bien sûr que ça se marque sur nos vies et nos fonctionnements, mais c’est pas pour autant que ça se montre de la façon à laquelle pense, ça peut être plus nuancé et subtil, et ça nous rend pas moins légitimes dans nos vécus ! L’important, c’est de faire de son mieux pour soi-même et son système, sans s’épuiser en plus à atteindre une image irréprochable, sans s’obliger à traumadump si on n’en a pas envie, sans s’efforcer d’ailleurs à trouver nos traumas si on les a oubliés. Il n’y a pas de façon “normale” de réagir à des violences, et tout le monde fait selon ses possibilités. La société aime blâmer les victimes pour préserver l’idée que le monde est juste. Mais c’est pas le cas. Vous pouvez pleurer ou pas, vous pouvez souffrir ou ne rien ressentir, vous pouvez vous apaiser et être traumatisé·es malgré tout. Tout ça peut coexister, même en vous-mêmes parfois ^^, et tout ça est légitime !  

[E] 5. Qu’on peut se pardonner sans tout pardonner. 
On entend souvent qu’il faut pardonner pour avancer et aller de l’avant et se sentir mieux. Bah pour moi, oui et non. On peut se pardonner à soi-même, pardonner à son système, les alters peuvent se pardonner mutuellement, c’est vraiment utile pour réduire les tensions qu’on a envers soi(s) ! Ça oui. Par contre, on n’a pas besoin de se sentir obligé·es de pardonner si on nous a fait du mal, pardonner aux personnes qui nous ont peut-être causé des traumas, etc. Et on n’a pas besoin de l’imposer au système non plus. On peut avancer sans ça. Et on peut complètement s’apaiser et même se sentir ok avec ce qu’il s’est passé sans pour autant s’obliger à pardonner. 

[K] 6. Qu’il faut garder de la flexibilité. 
C’est complètement ok d’avoir besoin de tout identifier et mettre des étiquettes sur tout et de quantifier et de vouloir tout découvrir et de vouloir tout mettre en lien et tout ça. C’est bien de mapper et c’est bien de chercher à comprendre. Vraiment, c’est ok. Mais c’est important de rester flexible aussi. Un système, ça évolue tout le temps, au fur et à mesure des découvertes et de la vie tout simplement. Quand on trouve un truc, on a tendance à penser que c’est immuable. Mais en fait bah, le système est peut-être très différent de ce qu’il parait au départ. Le nombre d’alters peut évoluer, un·e alter peut en fait en cacher d’autres. Un·e alter peut en fait ne pas avoir le rôle qu’on lui pensait. On peut aussi avoir vécu bien plus de trucs que ce qu’on pense et on peut aussi avoir des troubles ou des symptômes qui en cachent d’autres par exemple. Restez flexibles sur vos découvertes. Et d’ailleurs, c’est ok de créer des choses, d’aménager son monde intérieur, de créer des trucs en interne pour vous aider, et de se laisser le droit de le faire. Et c’est ok de se tromper sur ses découvertes aussi, de se rendre compte qu’en fait ce qu’on pensait n’était pas tout à fait juste et pouvait cacher d’autres trucs ou se présenter différemment. Pour nous, le piège c’est de ne pas garder l’esprit ouvert sur toutes les possibilités qu’être un système implique. 

[E] 7. Que les relations de dehors ont une influence sur dedans. 
Avoir un TDI, se rendre compte qu’on est multiple, ça peut vraiment influencer les relations, ça peut isoler, ça peut amener des amitiés à se rompre, et ça peut aussi amener de nouvelles relations qui conviennent mieux, qui nous font évoluer, et tout ça. Mais surtout, la façon dont vous vivez les relations à l’extérieur peut vraiment avoir une influence sur vos relations à l’intérieur. Être entouré·es de personnes bienveillantes, sympa, sincères et rassurantes, ça peut amener le système à être plus apaisé et à avoir des relations internes plus… bienveillantes, sympa, sincères et rassurantes. Tout comme à l’inverse, avoir des relations externes tendues et méfiantes peut amener des tensions internes, à cause du sentiment de sécurité qui manque un peu, comme je le disais au point 1. Mais vraiment voilà, évidemment c’est pas pareil entre dedans et dehors, évidemment ça se gère pas tout à fait de la même façon, mais quand même, ça reste des relations et les deux peuvent s’influencer et amener un sentiment général d’apaisement ou non. Entourez-vous de gens qui vous font du bien et avec qui vous vous sentez à l’aise. 

[K] 8. Que la coopération interne est possible. 
Apprendre à réellement écouter et comprendre l’autre dans son fonctionnement, et de façon réciproque intra-système, c’est parfois vraiment pas naturel. Autant qu’apprendre à trouver le meilleur moyen de communiquer d’ailleurs. Parfois, on peut buter sur des trucs rien qu’à cause de ça, parce qu’on ne se comprend pas, parce que nos comportements sont vraiment éloignés, au point qu’on ne se rend parfois même pas compte qu’on peut être si loin dans nos mécanismes. Mais c’est possible ! Avec du temps, de la patience, du recul, des explications, de l’ouverture et parfois des techniques plus spécifiques, c’est possible d’apprendre à vraiment communiquer, se comprendre et se faire confiance pour coopérer en tant que système qui fonctionne ensemble et pas juste en tant que groupe qui s’entrechoque. 

[E] 9. Qu’y a pas besoin d’être “bon élève”.
Quand on prend conscience, on peut être bombardé·es d’infos : faut tenir un journal de système, faut prendre des notes, différencier les alters, faire du mapping, mettre toutes les choses dans leurs petites cases bien définies et claires, faire du grounding, et faire ci et faire ça. On a envie de bien faire les choses, dans tous les moments où on se sent pas trop dépassé·es par ce qui nous tombe sur le coin du museau ou par les crises de légitimité ou d’angoisses internes et tout ça. Mais en vrai, y a pas de bonne façon. Y a pas d’élève exemplaire qui réussit parfaitement. Y a des trucs qui vont fonctionner pour vous et d’autres pas du tout. Et c’est ok de tester des trucs pour trouver ce qui est fait pour vous mais c’est aussi ok de se détendre et laisser aller, de prendre le temps, de pas réussir à tout mettre en place comme vous voulez. C’est ok de lâcher un peu le contrôle, c’est possible que vous en ayez besoin pour mieux savoir ce qui vous convient à vous.

[K] 10. Qu’on n’a pas besoin de tout dire ou rien dire. 
On n’est pas obligé·es d’assumer notre multiplicité ou de la montrer, autant qu’on n’est pas obligé·es de la cacher. On peut choisir de démasker, on peut choisir de masker, on peut choisir de faire des coming out ou pas. Et ça vaut pour plein de trucs. Parler des traumas ou pas par exemple. L’important c’est que vous en discutiez ensemble en interne pour savoir ce qui vous convient à vous, les conséquences possibles, les besoins que vous ressentez réellement et les compromis que vous pouvez mettre en place. Mais y a pas de bonne façon de faire, y a pas de “ne rien dire c’est avoir honte” ou “tout dire c’est important pour exister”. Non, ça dépend uniquement de vous, et ça peut carrément évoluer avec le temps, dans un sens ou dans l’autre !

[E] Voilà ! Alors on a évidemment passé tous les trucs aussi importants comme savoir comment ça fonctionne ou que c’est pas rare, pour vous dire (et dire à nous du passé ^^) des choses un peu plus subtiles, et bien sûr c’est pas exhaustif du tout ! Mais bref, on espère que cette vidéo vous a plu, et on espère qu’elle vous a peut-être fait un peu de bien !

[K] On vous envoie beaucoup, beaucoup de soutien ! Quelle que soit l’étape que vous traversez ou que vous avez traversée, bravo ! On pense à vous, et on espère que vous allez aussi bien que possible. À bientôt ! Et à dans quinze jours pour la vidéo FAQ.