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Diagnostics et thérapies quand on a un TDI/ATDS/TID-P

Le trouble dissociatif de l’identité (TDI), l’autre trouble dissociatif spécifié (ATDS) et le trouble de l’identité dissociative partielle (TID-P) sont trois troubles reconnus qui concernent la multiplicité. Qui dit “trouble” dit potentiellement “diagnostic” ou encore “thérapie”. Malheureusement, la multiplicité est méconnue et stigmatisée, même parmi les thérapeutes. Ce sont d’ailleurs des troubles sous-diagnostiqués. Dans cet article, nous allons donner des clés pour trouver un·e thérapeute qui correspond à vos besoins. 

Les questions qui reviennent le plus souvent, quand on cherche un·e thérapeute, portent sur le parcours diagnostique et le parcours thérapeutique, alors on va essayer d’y répondre dans cet article. Mais pour vous aider à vous éviter de tomber sur des professionnel·les qui ne vous conviennent pas (voire ne conviendraient à aucune personne multiple), on va également mettre quelques trucs à vérifier et quelques redflags à la fin de l’article, afin de vous aider à vous préparer.

Est-ce que c’est si difficile ?

On ne va pas mentir : oui, ça peut l’être. Pas toujours hein, mais ça peut être difficile. Selon une étude de 2016, il se passe entre 6 et 12 ans entre le moment où on entame un parcours psy et le moment où on obtient un diagnostic correct de TDI. C’est vraiment (trop) long. Évidemment, ce n’est pas le cas pour tout le monde mais tout de même, il y a de quoi se poser des questions. 

Alors les raisons sont simples et complexes à la fois : 

  • le TDI et les troubles qui s’en approchent (ATDS, TID-P, …) sont méconnus et sous-diagnostiqués,
  • les professionnel·les de santé sont insuffisamment formé·es sur ces troubles (quand iels le sont),
  • le TDI est souvent confondu avec la schizophrénie ou d’autres troubles (même par des professionnel·les),
  • il y a une chape de plomb sur la reconnaissance des traumas d’enfance,
  • et bien sûr, il y a la stigmatisation et beaucoup de professionnel·les qui “n’y croient pas” ou ont des idées reçues sur la prévalence ou la manifestation des symptômes (“c’est rare”, “il faut de l’amnésie entre les différent·es alters”, etc…)
  • entre autres choses bien entendu. 

Pourquoi c’est important de s’y préparer ?

Eh bien justement, parce que ce sont des troubles méconnus et stigmatisés, pour les professionnel·les comme pour soi-même. 

Vous le savez sans doute, quand on a un TDI ou assimilé, on peut douter énormément. On doute de nos symptômes, on doute de notre vécu. On a intériorisé plein de choses sur la santé mentale et sur comment devrait se manifester un TDI

Quand en plus, on a ce sentiment que les professionnel·les savent tout mieux que nous (ce qui est loin d’être forcément vrai), ça peut être vraiment difficile de conscientiser qu’iels peuvent se tromper sur nous ou sur notre trouble. 

L’esprit critique, se poser des questions sur soi-même, etc… c’est important. Mais être totalement remis·e en question sur base de biais de perception de professionnel·les de santé, c’est une épreuve en soi ! Qui n’en vaut pas la peine. Et ce, même quand iels se définissent comme “spécialistes” (des troubles dissociatifs, de la dissociation, des psycho-traumatismes, du TDI ou autre).

Alors autant se préparer au mieux pour pouvoir, simplement, prendre soin de soi et ne pas se laisser malmener (ou traumatiser) par d’autres gens, y compris des thérapeutes. Un·e mauvais·e thérapeute peut retarder vos soins de plusieurs années ! Vous avez le droit de faire un choix éclairé sur les soins que vous voulez recevoir, et cet article est là pour vous y aider, parce que la psychiatrie est ce qu’elle est. 

D’autant que malheureusement, les professionnel·les restent des gens, avec leurs biais de perception et leurs idées reçues, mais aussi, parfois, avec leur malveillance (voir “redflags”). 

En clair : prenez soin de vous et oui, vous avez le droit de remettre en question un·e thérapeute et de choisir ce qui vous convient le mieux de façon consciente et selon vos propres besoins. 

Où trouver un·e thérapeute quand on a un TDI, un ATDS ou un TID-P ?

Sur Internet, il y a de nombreux annuaires qui permettent de trouver un·e professionnel·le et il y a souvent moyen de trier avec des critères (notamment par zones géographiques par exemple) ou de faire une recherche par mots-clés. Vous pouvez également consulter des annuaires spécialisés, comme celui de l’AFTD qui regroupe en principe des professionnel·les compétent·es vis-à-vis des traumatismes et de la dissociation, ou encore les annuaires de praticien·nes EMDR. Cependant, ça ne veut pas forcément dire qu’iels connaissent ou sont compétent·es en matière de TDI et assimilés donc n’hésitez pas à chercher dans des annuaires plus généraux

Ne cherchez pas “spécialiste du TDI”, c’est rarement écrit comme ça. Vous pouvez plutôt chercher “trouble de stress post-traumatique (complexe)”, “(psycho-)traumatismes”, “troubles dissociatifs”, “dissociation”, etc… Viser les spécialistes en traumas vous permettra certainement d’avoir plus de résultats. 

Assurez-vous ensuite que la personne semble effectivement compétente sur ces sujets. Pour les traumas, vous trouverez des marqueurs comme des noms de techniques thérapeutiques (EMDR, …). N’hésitez pas à regarder la vidéo que nous avons faite à ce sujet, elle est complémentaire à cet article, afin de pouvoir faire un tri vraiment éclairé : Trouver un·e psy en étant multiple 

Vous pouvez aussi demander à d’autres personnes concernées si elles ne connaissent pas quelqu’un qui pourrait vous convenir, via des groupes ou des Discord par exemple.

Pour un diagnostic

Si ce dont vous avez besoin, c’est d’un diagnostic officiel, vous devrez alors chercher un·e psychiatre. Si vous voulez plutôt une reconnaissance de symptômes sans besoin d’un diag officiel, vous pouvez vous adresser autant à un·e psychiatre qu’à un·e psychologue ou psychothérapeute

Comment se passe le diagnostic ? 

Alors, ça dépend des thérapeutes. Certain·es font passer des tests, comme le DES et d’autres plus poussés. D’autres se suffisent d’écouter et de poser des questions, de discuter du vécu pour voir s’il correspond aux critères diagnostiques ou à autre chose. 

S’il vous plait, n’oubliez pas que de nombreux·ses professionnel·les ne connaissent pas bien (ou pas du tout) le TDI, ni les troubles dissociatifs. Si vous tombez sur quelqu’un qui ne vous écoute pas, ou vous fait croire qu’iel vous écoute mais que vous sentez que vous êtes jugé·es ou pas pris·es au sérieux, ou si cette personne vous dit que c’est très rare ou que ça se manifeste de façon très particulière, laissez tomber et cherchez quelqu’un d’autre. Ne le prenez pas personnellement ! Il y a certainement plus de chances que vous ayez effectivement un TDI ou assimilé et que ce·tte thérapeute se trompe que l’inverse. Souvenez-vous, 6 à 12 ans, ça montre bien qu’iels ne savent pas toustes tout.

Voici une vidéo très intéressante à voir sur l’autodiag, le pairdiag et le diag : L’expérience de Rosenhan par Alistair – H Paradoxa 

Comment aborder les choses ?

Le plus simple, c’est de préparer votre rendez-vous. Avec le stress, vous risquez d’oublier plein de choses le jour de votre séance. Notez ce que vous ressentez, ce que vous vivez, vos symptômes, vos difficultés. Ensuite, expliquez tout ça avec vos mots, si vous vous sentez assez à l’aise pour parler. 

Parler peut être difficile, c’est normal, n’hésitez pas à prendre votre temps. Et n’oubliez pas que si vous ne “sentez” pas la personne ou si elle ne vous laisse pas la possibilité de prendre votre temps, changez dans la mesure du possible. 

Note : si vous avez besoin d’un diagnostic et que la personne vous dit “qu’elle n’aime pas les mots” ou “les étiquettes”, envisagez de changer de thérapeute car iel ne correspond pas à vos attentes.

Pour une thérapie  

Si vous avez besoin d’une aide pour gérer vos difficultés, diminuer vos symptômes, etc… vous pouvez chercher autant un·e psychiatre qu’un·e psychologue ou un·e autre thérapeute. Il est fréquent que les psychiatres redirigent vers des psychologues mais certain·es proposent des thérapies, n’hésitez pas à demander ce qu’il en est. Il est fréquent aussi d’avoir les deux. 

Comment se passe la thérapie ? 

Quelles que soient les méthodes thérapeutiques utilisées, il y a des étapes importantes que votre thérapeute devra respecter. Iel pourra vous aider avec vos difficultés les plus urgentes bien entendu mais on parle vis-à-vis du travail de fond sur le TDI/ATDS/TDI-P. 

Il est essentiel que votre système s’entraide, coopère pour qu’une thérapie puisse fonctionner. Et pour coopérer, il faut communiquer, il faut apprendre à se connaître et à se respecter, à s’entraider, il faut se faire confiance. Il faut que les alters se fassent mutuellement confiance et il faut qu’iels fassent confiance à le·a thérapeute. 

Votre thérapeute devra vous aider à vous stabiliser et à vous faire confiance avant d’envisager de traiter des sujets plus complexes comme les traumas. Quant à ces derniers, iel vous aidera certainement avec des techniques comme l’EMDR mais en adaptant son protocole. Eh oui, traiter un traumatisme, c’est différent d’en traiter plusieurs ou de traiter des traumas plus complexes (pas “plus graves”, plus complexes), et c’est encore différent de traiter un système qui est composé de plusieurs alters avec plusieurs couches de traumas potentiellement complexes. 

Les étapes à respecter sont donc : 

  • stabiliser le système, 
  • établir un lien de confiance,
  • si le système est prêt, traiter les traumatismes en commençant par les moins complexes, les plus connus et accessibles,
  • si le système est prêt, traiter les traumatismes plus profonds.

Dans cet ordre ! 

Un·e thérapeute qui brûle les étapes, n’adapte pas ses méthodes thérapeutiques ou ne facilitent pas la confiance entre les alters (par exemple : en forçant l’”hôte” à fronter uniquement ou en disant des choses comme “vous n’avez pas besoin d’elleux” ou “iels n’existent pas” ou autre) risque de faire plus de mal que de bien

Note : une thérapie pour des traumas complexes ou pour un TDI ou assimilé dure en général plusieurs années. Assurez-vous de trouver quelqu’un qui vous convient vraiment et avec qui vous êtes à l’aise, ne perdez pas votre temps avec une personne qui vous rend mal ou qui ne vous aide pas. 

Comment aborder les choses ?

Comme pour un diagnostic, préparez vos rendez-vous et notez ce que vous vivez avec vos mots. Si vous avez reçu un diagnostic, dites-le, sinon, dites simplement pourquoi vous êtes là et ce dont vous avez besoin. 

N’hésitez pas à poser des questions. Vous n’oserez peut-être pas mais ça peut vraiment être utile de demander à la personne si elle a déjà traité des personnes ayant des traumas complexes, un TDI, un ATDS ou un TDI partiel, comment ça s’est passé, si c’était long, quels ont été les résultats, etc… En fonction des réponses, ça vous donnera des indices utiles pour voir si ce·tte thérapeute vous conviendra sur le long terme. 

Médication

Il n’existe aucun médicament pour “guérir” la multiplicité. Aucun traitement ne permet de soigner le TDI, l’ATDS ou le TID-P. Si un·e thérapeute vous propose des médicaments pour “les faire disparaître » ou “faire disparaître leurs voix”, iel ne connait pas le sujet. 

Des médicaments peuvent être prescrits uniquement pour traiter les symptômes et troubles associés (anxiété, insomnie, dépression, etc…). Ces médicaments sont cependant susceptibles d’avoir des effets sur la dynamique interne du système. Ils peuvent, par exemple, perturber la communication ou les switches. 

Certains médicaments peuvent, suite à ces effets sur la “chimie interne” du système, donner l’impression que les alters sont calmes, silencieux·ses, y compris les plus compliqué·es ou présent·es avant la prise de médicaments, ce qui peut donner le sentiment que ça “soigne” le TDI : ce n’est pas le cas. Les alters sont seulement “endormi·es” ou “bloqué·es” plus loin et, sur le long terme, cela peut avoir des conséquences. 

C’est important d’en tenir compte et de faire une balance avantages/inconvénients pour calmer les symptômes et troubles associés, afin de permettre au système de se stabiliser, sans pour autant bloquer la communication et donc l’établissement d’un lien de confiance. 

Note : lisez toujours la notice des médicaments qui vous sont prescrits, ou demandez à une personne de confiance de le faire. Et n’oubliez pas que vous avez le droit de savoir pourquoi un médicament vous est prescrit.

Restez attentif·ves à vos ressentis

Dès le premier rendez-vous avec votre thérapeute, prenez des notes à la fin de la séance et revenez-y dans les jours qui viennent pour ajouter vos ressentis et ceux de vos alters. Avec le stress ou parfois le gaslighting, il est très fréquent d’oublier et de ne pas conscientiser tout de suite qu’un·e professionnel·le de santé ne nous convient pas. Avec des notes, il est possible de se souvenir et de déterminer avec un peu plus de recul si la personne vous convient vraiment ou non.

Quelle qu’en soit la raison, si vous ressentez un malaise, de la honte, de la culpabilité, un sentiment d’insécurité ou tout autre sentiment négatif, envisagez de changer de thérapeute. Restez à l’écoute de vos ressentis et des observations de vos alters, notamment de vos protecteur·ices.

Redflags

Vous devriez si possible envisager de changer de thérapeute si :

  • iel vous empêche ou vous déconseille de communiquer avec vos alters,
  • iel minimise l’importance des alters, les dévalorise ou minime leurs ressentis, cherche à vous séparer, 
  • iel ne tient pas compte de spécificités de chaque alter ou ne veut pas vous considérer d’une façon qui vous met à l’aise (par exemple : refuse de vous considérer comme des identités à part entière),
  • iel ne veut parler qu’à l’”hôte” ou le plus possible, vous déconseille ou empêche de switcher,
  • iel vous dit de “laisser ça de côté” ou de “ne pas y penser” ou que “tout le monde est comme ça” ou que “ça n’existe pas” ou que “c’est très rare, vous savez”,
  • iel vous pousse à la fusion finale alors que ce n’est pas votre choix de système,
  • iel ne respecte pas votre rythme, vous pousse trop vite à parler de traumatismes par exemple, ou se désintéresse de la séance si vous n’en parlez pas,
  • iel minimise, n’écoute pas ou ne croit pas votre vécu, vos ressentis, vos besoins ou vos difficultés,
  • iel vous dit qu’iel va “supprimer vos alters” ou “vous guérir” en une ou deux séances,
  • iel vous fait ressentir de la honte, de la peur, de la colère, de la culpabilité ou tout autre sentiment négatif, ou cause des conflits intra-système,
  • iel vous déconseille de vous renseigner par vous-mêmes pour “éviter un effet de mode” (cette personne ne vous fait pas confiance et a des idées reçues) ou de parler avec d’autres personnes concernées,
  • etc…

Est-ce obligatoire de voir un·e thérapeute ?

Si vous n’en avez pas besoin ou que vous n’êtes pas prêt·es, non. Tant qu’il n’y a pas de danger, vous avez le droit de prendre votre temps. Et vous n’avez pas besoin d’un diagnostic pour être légitime. Si vous ne ressentez pas le besoin d’avoir une thérapie, ne vous forcez pas. Faites selon ce qui vous convient le mieux, c’est le plus important. Cherchez un diag ou une thérapie seulement si vous en ressentez l’envie et/ou le besoin.

Que peut-on faire sans thérapeute ?

Un tas de choses, haha. En fait, vous n’avez pas besoin de thérapeute pour découvrir votre système, apprendre à communiquer, à vous faire confiance, à vous connaître et à essayer de vous comprendre les un·es les autres. Et tout ça fait partie des éléments essentiels à faire quand on découvre qu’on est un système. 

Si vous voulez, vous pouvez trouver de l’aide auprès d’autres personnes concernées, via des groupes Facebook ou des Discords par exemple. La pair-aidance est une aide sincèrement précieuse ! Et qui de mieux pour vous aider à être un système coopérant que d’autres systèmes qui peuvent vous comprendre ? 

Prenez soin de vous et prenez votre temps.