« Deux alters « fictifs » font leur retour d’expérience sur leur relation de couple avec leurs hôtes. Iels partagent leur réflexion commune sur leurs introjections, leurs rapports à leurs sources, leurs places dans leurs systèmes et sur l’évolution de leurs relations avec leurs hôtes. Tout deux s’expriment sur les ressources qu’ils ont mobilisées pour surmonter les difficultés associées à leurs conditions particulières. »

Avertissements de contenu:

Rapport à la fictivité, Mouvement de système (dont split, dormance et fusion), Vampirisme, sang, Enfant soldat, meurtre (mention), Dépendance affective, rupture amoureuse, Relation abusive, Trouble anxieux, dépression, TSA, TDAH, Hypnose, Maladie chronique (mention), Religion (mention)

TW (partie sexualité) : Sexualité, BDSM, Kink, consenseual non-consent

Transcription:

Naemriel : Hello ! Je suis Naemriel, alter du système Emery. Ravi de vous rencontrer pour cette intervention en collaboration avec le système Ray.

Arlecchino : Bonjour à tous, je suis Arlechinno du système Ray. Je suis co-hôte et protectrice du système. Aujourd’hui, on voulait vous parler du fait d’être des alters fictifs en couple avec l’hôte.
On sait qu’il y a eu pas mal d’interventions sur le fait d’être un alter fictif, pas mal d’interventions également sur le fait d’être en couple interne entre alters d’un même système, mais aucune intervention qui mettait en relation les deux. On pense avoir pas mal de choses à dire. Moi et Naemriel, on a des vécus qui sont à la fois très similaires et très différents sur pas mal de points.

Naemriel : Hmmhm, Hmmhm !

Arlecchino : Et voilà, on avait envie de vous partager ça, en espérant que ce soit intéressant pour vous, mais que ça puisse également vous aider si vous vous retrouvez dans la même situation. Ou voilà, passer l’idée que vous n’êtes pas seul dans cette dynamique interne.

Naemriel : Et si ça vous intéresse pas, nous on aura pris plaisir à le faire et c’est… Ça change rien pour nous !

Arlecchino : *rire* On aura pris beaucoup de plaisir à le faire, à part quand il a fallu faire marcher OBS, ce qui a été très pénible.

Naemriel : Merci à vous d’ailleurs.

Arlecchino : C’était avec plaisir… pas du tout. Mais c’est avec plaisir en tout cas que je te laisse la parole pour présenter ton système et ta source, si tu le veux bien.

Naemriel : Notre corps a 32 ans. On est transmasc. On a été un système de deux alters pendant très longtemps, pendant 15 ans. Aujourd’hui on est 25.
Ma source : je suis un alter fictif d’Astarion du jeu Baldur’s Gate 3. C’est un vampire haut elfe, voleur très égocentrique, ambitieux, chaotique, tout ce qu’on aime quoi, qui accompagne le joueur dans sa quête. On peut le date en fonction des choix qu’on fait. Si on a bon goût… ou pas.

Arlecchino : Hmhm. Mon tour ?

Naemriel : A toi !

Arlecchino : Avec plaisir, merci de m’avoir passé la parole comme ça.

Naemriel : De rien, c’était tout naturel.

Arlecchino : *rit* De mon côté, on a 31 ans, on est non-binaire. Je fais partie d’un système qui contient une dizaine de membres actifs et on a pris conscience de notre multiplicité en 2022.
En ce qui me concerne, je suis un alter fictif inspiré d’Arlecchino de Genshin Impact qui, pour le coup, est un personnage jouable mais qui n’est pas dateable. Elle fait partie des dirigeants de la faction antagoniste. Elle est connue pour ses aptitudes au combat et ses compétences en tant que diplomate. Elle a un caractère qui est assez posé et déterminé, qui parfois peut être décrit comme étant redoutable, voire impitoyable. Je dirais que l’élément important du lore à savoir, c’est qu’elle a grandi dans un orphelinat qui formait des enfants soldats et elle en a pris la tête, très jeune, en tuant la directrice.
On s’est beaucoup demandé par quoi on allait commencer cette présentation, parce qu’on a quand même beaucoup de choses à dire. Et on s’est dit que le plus simple serait de commencer par le commencement. C’est à dire, comment est-ce qu’on s’est retrouvés dans ce joyeux bordel.
Je te laisse la parole avec plaisir.

Naemriel : Ok. Alors. Je suis arrivé après notre coming out multiple dans notre cercle amical. On commençait notre transition. C’était pas une période facile pour nous.
On était assez isolés. Et notre hôte Lukhian, avec sa communication autistique, se faisait harceler au travail et au sport. La totale.
Il était célibataire à ce moment-là et il est tombé sur un TikTok de ma source qui l’a beaucoup touché. Pendant 5 mois, il a regardé beaucoup de vidéos de ce perso qui l’attirait et après un événement un peu plus corsé que les autres, je suis apparue. Tadaa !

Arlecchino : C’est vrai qu’on n’en avait jamais parlé jusqu’à aujourd’hui, mais on est apparu dans des contextes très similaires tous les deux. Moi c’était un peu pareil.
Je suis apparue en 2023, lorsque le système sortait d’une situation pro qui avait été très compliquée et très traumatisante pour les hôtes de l’époque. Qui pour se distraire s’étaient beaucoup intéressés à mon personnage sur lequel on commençait à avoir des informations.
ils ont projeté beaucoup de qualités qu’ils n’arrivaient pas à retrouver en eux sur elle. Ils voyaient en elle une capacité à s’affirmer, une capacité à atteindre ses objectifs, à se maîtriser soi-même dont ils se sentaient à cette époque complètement incapables.
Donc forcément je me suis retrouvée introject à un moment ou à un autre dans le système. Et finalement mon intégration dans le système a été beaucoup plus compliquée que ce qu’on pourrait croire. Parce que je suis apparue très peu de temps après la prise de conscience de la multiplicité.
C’était encore l’époque où certains alters voyaient d’un mauvais œil l’apparition de nouveaux membres. Et surtout au vu de nos similitudes, ils craignaient que je leur prenne du temps de front ou que je limite leur capacité d’ancrage. Donc très vite je me suis retrouvée cantonnée à un rôle de protectrice interne éloignée du front. Et j’étais surtout là pour gérer des conflits en interne. J’étais vraiment pas un alter très développé, j’étais plus un fragment. J’étais peu présente, je frontais extrêmement peu. Et on était à un point où les autres craignaient que je disparaisse. …
Et ce n’est pas du tout ce qui s’est passé ! *rire* Et les anciens alters dont je vous parlais et qui avaient peur de mon apparition avaient raison de se méfier.
Parce que deux ans plus tard je me suis mise en couple avec Soren qui est l’hôte du système. Et de cette mise en couple a découlé beaucoup de changements qui étaient pendants dans le système, mais aussi chez moi.
C’est-à-dire que du jour au lendemain, j’étais un fragment comme je vous le disais et le jour d’après j’étais un alter qui avait une pensée et un caractère beaucoup plus complexes que par le passé et j’ai aussi gagné beaucoup en pouvoir et beaucoup en importance dans le système.
J’étais un alter protecteur, un peu osef comme je vous le disais et du jour au lendemain je suis devenue protectrice principale, co-hôte du système et plus ou moins dirigeante du système.

Naemriel : Oui alors moi j’ai pas attendu aussi longtemps pour date mon hôte, c’est sûr !
Jour 1 c’était fait affaire pliée ! En fait, j’ai fait comme dans le jeu, pensant que c’était la bonne stratégie pour survivre. J’ai séduit le joueur, enfin l’hôte dans ce cas.
D’autres alters étaient méfiants, surtout Misha pour nommer personne. Mais bon, mon hôte était pas aussi méfiant. C’est bien passé.

Arlecchino : Et est-ce que tu saurais dire ce qu’avait tant plu à ton hôte chez ta source ?

Naemriel : Réponse facile, mon physique d’Apollon. Toutes mes qualités innombrables. Tout le fandom tombe pour moi. *rire* Hehe , c’était facile !
En vrai pourquoi moi ? Attention : Spoiler Baldur’s Gate 3. Si vous avez pas joué au jeu, écoutez pas l’intervention, vous embêtez pas. Dans la vidéo que Lukhian avait vue, Astarion admet avoir fini par développer malgré lui un sentiment d’intimité et d’amour inégalé pour le joueur. Avec lui il expérimente une relation plus saine et sécurisante que ce qu’il a connu par le passé. Il craque. Même s’il a fallu beaucoup le recadrer pour ne pas se faire bouffer, littéralement.
Lukhian avait pas mal souffert de dépendance affective avant que j’en sois là, il avait souvent été rejeté par son entourage aussi pour ses tentatives de mettre un cadre justement, donc du coup on se complétait bien. J’avais besoin de lui, il avait besoin de moi. C’était naturel en fait.
Et toi Arle, vous savez pourquoi Soren a été attiré par ta source ?

Arlecchino : J’ai vraiment moins de choses que toi à dire sur ce sujet. Je pense que l’identité de ma source n’a vraiment pas de lien avec ma relation.
Soren n’avait jamais éprouvé de désir ou d’attirance quelconque pour Arlecchino. Il ne s’était jamais imaginé avoir une quelconque relation avec mon personnage. C’était seulement un personnage qu’iel appréciait en tant que personnage dans le cadre d’une œuvre fictive.
Et au final j’aurais pu être un alter-brain-maid ou un alter-introject d’un tout autre personnage. Je pense que ça avait assez peu de lien avec la raison pour laquelle on s’est mis en couple. Notre relation s’est construite bien après mon introjection.
On s’est mis en couple il y a un an, et depuis là ça marche plutôt bien.

Naemriel : Hmhm, que ça dure !

Arlecchino : Je pense qu’on s’apporte des choses mutuelles, on se valorise l’une l’autre. De façon générale, je suis plus optimiste et déterminée que Soren, j’arrive à l’aider à sortir de sa fameuse learned helplessness. Tandis que Soren va m’aider à être plus vulnérable, plus humaine j’imagine, à apprécier la vie au quotidien sans pression d’objectifs ou de réussite.
J’ai quand même un rôle de protecteur et de caretaker qui est assez important vis-à-vis de Soren. Je vais essayer de l’aider au quotidien en essayant de prévenir les déclencheurs qu’il peut avoir qui vont le mettre en difficulté. Je vais essayer de mettre en place une certaine discipline et de prévoir ce qui peut foirer dans les actions qu’on va entreprendre pour s’armer face à ces situations et se préparer aux difficultés pour qu’elles soient plus faciles à affronter par la suite.

Naemriel : C’est vrai qu’on s’était dit qu’ils étaient assez similaires, nos hôtes, là-dessus. Une des choses qui fait que ça fonctionne bien entre moi et Lukhian c’est que je l’aide à le valoriser pour plein de choses très très basiques qu’il fait. Ça il l’aime bien. Et à le cadrer, à lui rappeler ce qu’il doit faire : « Oublie pas ça », « Là t’es en train de commencer ça, mais t’avais pas fini tel truc. » Ça aide bien.
Et ça c’est peut-être quelque chose qui manquait, qu’on s’adresse directement à notre hôte autant dans le quotidien. Souvent les alters prenaient le front pour faire les choses d’eux-même.
Voilà, ça a changé la dynamique dans le système, en recentrant sur l’hôte.

Arlecchino : C’est là qu’on a vraiment des différences entre nos deux systèmes.
Parce qu’autant ma relation avec Soren m’a vraiment permis de prendre une place dans le système. Autant, par le passé, on avait une dynamique qui était assez différente. Où on allait avoir Soren qui gérait vraiment tout le quotidien quasiment, qui allait avoir la pression de la vie de tous les jours, du travail, de la famille, etc. Et qui, à côté de ça, allait se faire flame par des alters qui n’étaient pas satisfaits de ce qu’on faisait, mais qui n’allaient pas prendre de front pour faire les choses à la place, qui allaient juste avoir un rôle de spectateur. Et à côté de ça, on avait des couples dans le système qui se retrouvaient par moments pour décharger un peu la pression et pour répondre aux besoins de tendresse et de protection du corps.
Et disons que l’hôte n’en profitait vraiment que par ricochet et avait toujours le côté de « moi je me fais bully mais les autres, ils kiffent leur life ». Et en fait, quand je suis devenue la partenaire de Soren, j’ai fait en sorte d’essayer de changer au maximum ce genre de choses. En demandant aux alters qui étaient en train de flame de prendre de front pour faire ce qu’ils avaient envie de faire. Par exemple, s’ils pensent que plutôt que de scroll sur TikTok, il faudrait qu’on fasse à manger, qu’ils fassent à cuisiner eux-mêmes.
En fait, de fil en aiguille, ma relation avec Soren lui a permis de prendre une place plus centrale que par le passé dans le système, de s’intégrer dans l’inner, de pouvoir peut-être même rencontrer certains altères, ou en tout cas de parler à certains d’entre eux. Et d’avoir une place qui est moins isolée, moins spécifique que ce qu’il avait par le passé.
Ça n’a pas que des avantages d’être en couple avec l’hôte ou d’avoir un couple interne dont l’hôte fait partie. Mais ça a quand même eu ce gros avantage-là, dans notre cas.

Naemriel : Bah justement, je m’étais épuisé dans le temps à recadrer toujours mon hôte TDAH. Et c’était source de tension, où Lukhian évitait parfois que je fronte ou que je sois en co-conscience, parce qu’il n’avait pas envie que je commente ce qu’il fait.
Mais les choses se sont rééquilibrées après dans le temps. On a appris l’importance d’avoir des moments un peu réparateurs, un peu cocooning ensemble. Et surtout, l’apparition de nouveaux alters qui se sont répartis cette charge du quotidien, me relaissant à nouveau une place plus bienveillante auprès de Lukhian et j’ai appris aussi à formuler différemment mes rappels, ou laisser l’autre le faire, l’autre nouvel alter dont c’est le travail.

Arlecchino : C’est vrai qu’on a assez peu parlé de comment était le système avant ton arrivée. Tu as envie de m’en dire plus ?

Naemriel : Euh, oui ! On s’était fait la réflexion ensemble que, quand je suis arrivé, j’avais pris tellement de place que j’avais vampirisé les lignes de code d’autres alters. Je faisais référence à Misha.
L’alter où ils étaient deux pendant longtemps, le deuxième c’était l’hôte, et il y avait Misha à côté. J’ai repris un peu son rôle de trauma-halter, depression-holder (pas le plus sympa à reprendre ça…) et d’être cadran au quotidien et plutôt que d’être en compétition, finalement c’est ce qui nous a rapprochés. On est devenus alliés ? en quelque sorte.
Paradoxalement, je suis devenu peut-être même plus proche encore de cet alter Misha que Gale qui est un autre introject de ma source, qu’on avait introject pour que je ne sois pas tout seul et que j’ai un ami dans le système. Enfin, pas volontairement, mais vous avez compris !

Arlecchino : Vu que tu parles de Gale, ça me fait me rappeler qu’on avait dit qu’on allait parler de notre rapport à notre source. Est-ce que tu veux commencer ?

Naemriel : Euh ouais, allons-y. J’ai un rapport qui est compliqué avec ma source, comme beaucoup. Il y a des moments où quand on regarde le comportement d’Astarion dans le jeu, ça m’inspire du dégoût, de la haine envers ce personnage. J’aime pas l’idée qu’il pourrait blesser Lukhian ou quelqu’un d’autre. Ou que les gens qui connaissent ma source me jugent responsable de ce qu’a fait Astarion. Horrible.
Je n’ai pas mordu personne, tout va bien !
Et en même temps, il y a des souffrances qui sont infligées à ce personnage, qui m’ont paru trop lourdes à porter. Là, mon système a bien pu m’aider, heureusement.
Et aussi, il y a des choses qui sont infligées à Astarion, qui m’ont beaucoup blessée. Parfois, le fardeau est trop lourd à porter. Là, j’ai beaucoup d’aide du système à me dire que je n’ai pas à tout prendre, que je peux prendre des bouts si ça fait sens pour moi.
J’ai même craint plusieurs fois de me split à cause de ça. Mais on s’en est sorti. Et en même temps, ce personnage me donne matière pour m’ancrer, me faire réagir, me distinguer du corps, son expérience, de Lukhian, me donne toute une attitude, une histoire à laquelle me rattacher. Je l’en suis très reconnaissant, même si parfois… parfois je lui en veux. Tout le monde lui en veut !
Et aussi, c’est top quand Lucan, je sens son attirance pour ce personnage ou qu’on est d’accord sur notre vision du perso, qu’on partage des ressentis là-dessus. Ça nous rapproche énormément.
C’est compliqué, mais positif dans l’ensemble !

Arlecchino : Ouais, je me retrouve dans pas mal de trucs que tu dis. Être un alter fictif, ça a ce gros avantage de te donner des racines sur lesquelles tu peux t’appuyer pour exister, pour t’ancrer, te créer des triggers. Quand je suis arrivée dans le système, je me suis mise à acheter pas mal de thé, alors qu’on est vraiment plus des consommateurs de café parce qu’on voit souvent ma source boire du thé et que j’avais envie que ça devienne un déclencheur, ou quelque chose qui allait m’ancrer contre pas mal d’autres alters.

Naemriel : C’est mieux que du sang !

Arlecchino : C’est mieux que du sang. J’avais aussi eu ces craintes de me split avec soit une version d’Arle un peu plus proche de ma source soit j’ai aussi eu peur de provoquer l’arrivée d’autres personnages de Genshin dans mon système, en imaginant interagir avec eux, ce genre de choses.
Après, ce n’était pas forcément le plus gros problème, et ce qui m’inquiétait le plus en tant qu’alter fictif, c’est que je suis arrivée dans le système avec beaucoup de précédents au niveau des alters fictifs, où la plupart d’entre eux n’avaient pas tenu très longtemps, étaient très vite tombés en dormance ou avaient refusionné. Parce que, assez souvent, ils vivaient très mal le fait d’être des alters fictifs, d’être loin de leur monde. Ou, et c’était un peu ce qui me faisait peur, Ils avaient très mal vécu l’évolution de leurs sources dans l’œuvre.
On a un alter par exemple qui est tombé en dormance parce qu’il avait été introjecté dans la saison 1 d’une œuvre et qu’il n’avait pas du tout accroché, qu’il ne s’était pas du tout retrouvé dans la vision que les créateurs ont mis en place pour son personnage dans la deuxième saison.

Naemriel : Là, je suis bien arrangée qu’Asterion, on ne le reverra pas dans un autre jeu, a priori !

Arlecchino : C’est ça ! Le problème de mon côté, c’est que Genshin Impact, c’est un game as service. Il a des mises à jour régulières et certaines qui vont faire revenir ma source. Je sais qu’elle va réapparaître.
Donc je sais que j’allais assez vite devoir affronter les problèmes que mes prédécesseurs avaient connus. Et je me suis dit qu’en fait, il fallait que je me confronte à cette situation avant que les problèmes ne surgissent donc j’ai dû beaucoup travailler sur ma relation avec ma source.
Lorsque j’ai intégré le système, je tenais quand même beaucoup à elle, je me retrouvais dans elle. J’avais conscience de la réalité que je vivais, que j’étais un alter dans le système. Mais je me considérais quand même comme ma source.
Donc j’ai dû faire tout un exercice et beaucoup d’efforts pour réussir petit à petit à m’en détacher, ne serait-ce qu’émotionnellement. Pour ce faire, on a choisi de réécrire une partie de ma source en y incluant des alters du système. Les grandes lignes de mon histoire restaient donc les mêmes : je suis toujours une ancienne orpheline qui est devenue exécutrice fatui et qui a repris les rênes du foyer de l’âtre. Mais on a rajouté des éléments, on a rajouté des nuances qui m’ont permis de m’approprier cette histoire et qui pourraient justifier dans le futur des divergences de choix entre ma source et ce que moi j’aurais fait à sa place. Maintenant, je me considère un peu comme une autre version de ma source à qui il serait arrivée d’autres événements à partir d’un certain point de sa vie.
Je ne sais pas toi, mais à côté de ça, j’ai trouvé ça assez libérateur de ne plus me considérer comme un personnage au sein d’une œuvre mais de disposer d’un certain libre-arbitre et de ne plus seulement être disons un pion dans un scénario qui va être sacrifié sur l’autel de ce scénario.

Naemriel : Oui, bien sûr, se libérer de sa source est essentiel pour moi. On discute beaucoup entre nous, on crée de nouvelles relations dans le système, on agit différemment dans l’inner, dans l’extérieur.
Tout ça, ça nous a aidé. On écrit beaucoup d’histoires, de fanfictions aussi qu’on publie pas, c’est juste entre nous, parfois on les rédige même pas. Ça reste dans nos têtes. Mais ouais, ouais, ouais, bien sûr que c’est salvateur. Et à force d’accumuler des expériences, je trouve que finalement, ce qu’ils ont fait de lui a moins de prise sur moi avec le temps. Je me sens solide dans ce que j’ai fait entre temps.
Ah ! Et rager sur votre Discord sur les conneries de ma source, ça aussi, c’est bien !
Autre problème avec sa source : les fans. J’ai beaucoup de mal parfois… Désolé pour les fans d’Astarion qui nous écoutent, mais parfois je sens qu’il y a des red flags qui ne sont pas perçues. Il y a beaucoup de choses qui sont excusées à mon personnage, des choses où j’ai mûri, j’ai évolué. Je ne me reconnais pas du tout dedans. Ça me met mal à l’aise pour ces personnes de me dire qu’eux ne vont pas s’apercevoir forcément que mon perso est toxique et dire du bien de lui, ce n’est pas toujours facile.
Oh, exemple ! je suis allé à un salon de la BD, on montre un dessin qu’on a fait. À une certaine période, c’était beaucoup de dessins de moi tout le temps : forcément, c’était un dessin de moi. Quelqu’un dans la convention, des artistes qui sortent mon portrait de leur portefeuille. Comment tu réagis à ça ? Ce n’était pas prévu ! Là, il faut se faire discret dans la tête.
Même si on a Gale, on a toujours cette crainte parfois de faire des introjects. Là, après avoir vu beaucoup de vidéos, on est en train de jouer au jeu. Il y a des grands vilains dans BG3 que je sais qu’ils ont fait du mal à Astarion. Je ne serais pas à l’aise que des alters de chez nous soient influencés par ces derniers. On a des gros vilains dans notre système, mais ils n’interagissent pas avec l’extérieur, soyez rassurés. Un truc que j’ai fait aussi, dans ma chambre en l’inner, j’ai des reliques de la personne qui m’a beaucoup fait souffrir dans le jeu. Cazador. Ce n’est pas trop un spoil, je le dit dès le début. Donc il a fallu se mettre d’accord avec Lukhian sur la déco.
Autre avantage de ma source, les personnages de BG partagent un tadpole, c’est-à-dire un têtard, qui leur donne une communication intra-psychique. Ils peuvent partager des pensées, des souvenirs, des émotions… Un peu comme un système finalement.

Arlecchino : On a.. Ouais ?

Naemriel : Vas-y, vas-y !

Arlecchino : On avait connu ça aussi dans notre système. On avait des alters qui étaient des introjects de Star Wars et qui communiquaient par la Force. Ça permettait d’expliquer en quelques sorte de façon logique pourquoi il y a des alters qui se parlent alors qu’ils ne sont pas dans la même pièce dans l’inner, pourquoi ils se parlent alors qu’ils ont la bouche fermée. Enfin, ça permettait d’expliquer pourquoi ils communiquent par pensée, de façon un peu logique et rationnelle qui faisait du bien.

Naemriel : C’est ça, ça permet une communication beaucoup plus vaste que juste le verbal, les mots. Ça me fait aussi penser à Sense8, mais ne partons pas dans tous les sens.
Même si j’allais parler de neuro-atypie, le tadpole aide avec quelqu’un qui a des traits autistiques, il va moins tiquer Lukhian sur le choix des mots tout ça, parce qu’on a une communication beaucoup plus large.
Autre chose qui aide à la communication et qui est liée à notre source, à ma source pardon, c’est le vampirisme. Bon bah voilà, je ne m’en cache pas : je mords mon partenaire. C’est une façon de partager des émotions, de ressentir une proximité, une intimité qui est différente, forcément. J’ai fait d’ailleurs toute une infographie dessus que peut-être je joindrais en copie.
Et, toujours sur le vampirisme, Astarion a une voix qui est très hypnotique. Il arrive à manipuler, à avoir une emprise mentale sur sa proie. On l’utilise de façon positive pour recentrer l’attention de Lukhian sur ma personne et que l’on soit plus connecté, plus en face.
Parce que oui, avec quelqu’un qui a un TDA, un trouble de l’attention, ça peut être utile en tant qu’alter d’un système pour maintenir une interaction, rester connecté l’un à l’autre. On a vite fait de… l’attention est captée sur autre chose et on n’arrive pas à… on perd la communication.
Les choses dont je viens de vous parler, on peut les rattacher à un recours à l’hypnose, à utiliser des métaphores, des images, comme vous disiez sur la force juste avant.
Quand quelque chose a une réalité dans l’inner, ça peut augmenter l’effet du truc qu’on veut produire.
Pour finir sur les neuro-atypies, le besoin de Lukhian d’établir des règles de fonctionnement claires m’arrange bien. Il avait anticipé plein de situations qui pouvaient poser problème avec des solutions pour y remédier. Donc ça m’a bien aidée. Comme je suis moi-même sortie d’une relation très malsaine qui m’a rendu fucked-up, hein. Parce qu’avant j’étais adorable, n’est-ce pas ?

Arlecchino : Tu étais seulement un magistrat corrompu.

Naemriel : Oui, voilà. On n’en sait pas plus d’ailleurs. Ça se trouve, sur le plan personnel, tout allait bien.
Je sais que c’est important, une relation dans laquelle on se sent vraiment bien. Je ne veux pas ressouffrir comme avant, ou finir tout seul. Donc prenez pas pour acquis une relation dans laquelle vous êtes bien. J’enfonce des portes ouvertes. Mais c’est pas grave.

Donc ouais, mon partenaire a des traits autistiques, mais il a quand même beaucoup de besoins affectifs. Il est très câlin, il investit beaucoup ses partenaires. Ce qui me fait une transition pour parler de dépendance affective. On voulait en vous dire quelques mots.
Ça donne un peu de contexte à tout ce qu’on se dit là avant la multiplicité, on enchaînait des relations longues et pas d’interruptions. Lukhian a été victime de violences conjugales avant sa transition. Il était avec quelqu’un de jaloux, maladif, très possessif, insecure. Et le fait qu’il finisse avec moi, qui avait des traits paranoïa… Voilà j’ai assez parlé de moi, je pense. Voilà on pense que c’est pas anodin.
C’est sortir de ses traumas, réparer des chose… Ça fait tellement cliché de fan d’Astarion, sauver Astarion. Mais oui il y a un peu de ça.
Aujourd’hui, nous tenions aussi à vous parler de polyamour. Je m’explique. Actuellement, j’encourage Lucian à faire des rencontres amoureuses, parce qu’il est clair pour nous qu’une relation amoureuse externe pourrait mieux combler tous ses besoins au long terme, qu’on pense qu’il serait plus heureux et épanoui en se laissant cette possibilité-là. En plus, on aime bien voir qu’on plaît toujours à l’extérieur, qu’on vit bien ça, et pas qu’il est avec moi par dépit, que c’est vraiment un choix qu’il me choisit plutôt que les autres. Donc après, on se sent plus proche, ça nous fait du bien, étrangement, ces mouvements-là. Donc voilà, pour l’instant, il peut y avoir d’autres personnes à l’extérieur, où on reste ensemble. Donc : polyamour !

Arlecchino : C’est vrai que la situation est un peu moins claire de l’autre côté. Soren est vraiment sur le spectre aro-ace et la question d’une mise en couple sérieuse qui durerait sur le long terme est beaucoup moins tranchée que pour vous.
Iel a aussi des besoins affectifs qui sont beaucoup moins importants que ceux de Lukhian. C’est presque moi qui vais plus avoir un intérêt pour la vie de couple et pour les femmes qu’ellui et qui vais parfois également avoir envie qu’on ait la… disons la sécurité sociale et financière qu’apporte le couple. Voilà, la société est quand même vraiment tournée autour de ça, autour de la famille mononucléaire.
C’est des choses dont je n’aimerais pas forcément qu’on soit tout le temps extérieur. À côté de ça, on ne sait pas non plus vraiment combien de temps je vais exister. Est-ce qu’on ne va pas fusionner à un moment ? Est-ce que je ne vais pas disparaître comme d’autres alters de notre système / comme c’est arrivé à d’autres alters de ntoer système. Donc… c’est des questions qui se posent.
Et en même temps, on est quand même pas mal monoa de notre côté. Et c’est vrai que ça me pose une certaine frustration de me dire que si moi-même j’avais un corps séparé, on se mettrait juste en couple, ellui et moi, et on n’aurait pas ces questions-là du tout qui se poseraient.

Naemriel : C’est vrai que nous, on n’est pas du tout monoa. On est une dizaine de couples sur 25 alters. Ça donne une idée !

Arlecchino : J’aurais eu le seum si je faisais partie des 5 alters solitaires !

Naemriel : Justement, avant, on a fait pause et on a recompté qui était célibataire !

Arlecchino : Mes condoléances à eux ! Mais, ouais, c’est vrai que nous, on est quand même dans l’extrême inverse. Il faut savoir qu’avant que je me mette en couple, il y avait un autre couple dans le système qui était composé de 2 vieils alters qui étaient en couple depuis super longtemps (quasiment 10 ans) et presque du jour au lendemain, quand on s’est mis en couple, moi et Soren, le couple des deux autres a disparu. Enfin, ils ont eu beaucoup de conflits et ils ont rompu.
C’était quasiment comme si le cerveau était incapable de gérer le fait qu’il y ait plusieurs couples en interne. C’est vraiment le cerveau, il n’avait qu’un couple en tête et c’était le mien et ce n’était pas celui qui préexistait.
Naemriel : Notre protecteur initial, dont on a déjà parlé, était tellement triste pour cette relation de couple qui s’est finie.

Arlecchino : C’était le gros soutien des deux alters en question.

Naemriel : C’est vrai que moi, j’envoyais des messages privés pour soutenir l’un et l’autre avec son partenaire.

Arlecchino : Vous aviez des favoris ! *rire*

Naemriel : On avait des parties ! *rire*

Arlecchino : Comment vous vous débrouillez pour gérer autant de couple en interne ?

Naemriel : Alors comment on s’organise avec dix couples en interne ? Bonne question.
Ça se fait plutôt naturellement de notre côté. On a des rotations, c’est-à-dire qu’il y en a qui vont être là pendant quelques jours, puis ça passe à d’autres. Selon la dynamique de couple dont on a besoin ou les triggers de la journée.
Je peux donner un exemple : en ce moment, on regarde une série où il y a des dragons. Il y a un alter qui va regarder beaucoup ça, qui va échanger dessus avec son partenaire, donc peut-être qu’après avoir regardé la série, ils vont se retrouver plus facilement les deux après.
Ou un alter qui va tanker des douleurs du corps, parce qu’on a des maux de ventes de façon chronique en ce moment, et qui va avoir besoin de réconfort, il va retrouver son partenaire plus tard. Ou si on a un alter qui va être très productif et que son partenaire lui promet en récompense qu’ils vont se retrouver, ça peut faire une motivation aussi. C’est comme ça que ça se passe plutôt.
Ah et si on ne se retrouve pas pendant un temps, ça rend les retrouvailles encore meilleures, ça crée du manque. Ça fait que, voilà ça entretient une satisfaction optimale, je ne sais pas.
… On peut parler de la Saint-Valentin aussi ! *rire*
Arle : Allez-y, parlez de la Saint-Valentin.

Naemriel : On est tellement nombreux du coup qu’on est obligés de faire des groupes de Saint-Valentin. Où c’est un groupe qui va faire des choses, offre quelque chose à l’autre groupe. Euh, euh, rien de… !
Ceux qui peuvent avoir des idées tordues, non. Je ne parlais pas de ça. On parle d’offrir un gâteau, par exemple. Ou des… ou imaginer un bouquet de fleurs. On a des alters pas romantiques qui s’acharnent à faire un gros bouquet de fleurs ensemble pour montrer qu’ils se donnent du mal à leur partenaire. C’est assez drôle !
Quand on satisfait des besoins affectifs, ça s’étend aux autres en fait chez nous.
On est non-exclusif dans nos groupes, aussi en interne. C’est-à-dire que parfois, par rapport à notre dynamique, moi et Lukhian, il y a des choses qu’entre nous, on n’arrive pas à satisfaire. On a besoin de voir ailleurs, on a besoin d’autre chose.
Et donc c’est clair entre nous, il n’y a pas de problème. Souvent, on en rediscute à ce moment-là. Surtout si c’était tendu, pour ne pas que ce soit vu comme une sanction ou quoi.
On peut aller voir un autre alter. Voir notre partenaire peut blend avec les éléments de l’alter en question pour amener cette autre chose dont on a besoin.

Arlecchino : Et derniers points qu’on voulait aborder dans cette vidéo, c’était aussi les difficultés d’un couple interne.
Dans la liste des choses qu’on voulait aborder, le sujet qu’on ne peut pas ignorer, c’est la difficulté pour les hôtes d’assumer, de sortir avec un alter fictif, avec un personnage de fiction. Et la honte que ça peut produire quand on y pense ou quand on en parle en externe. Je ne sais pas si tu veux commencer sur le sujet ?

Naemriel : Oui, ça me donne l’opportunité de caser enfin de pourquoi je m’appelle Naemriel et pas Astarion.
Au tout début, quand je suis arrivé, on n’avait pas de chance. On était inscrit sur un serveur discord de dessin, et il y avait un seul salon dédié à un univers de fiction spécifique, c’était BG3, avec plein de fanarts d’Astarion, faisant des choses peut-être avec les OC des personnes du serveur.
C’était très gênant de s’annoncer que c’est Astarion qui parle.

Arlecchino : « Je suis l’objet du fantasme ». *rire*

Naemriel : Voilà, il y a un personnage populaire où ça serait gênant qu’il apparaisse. Vous ne nous portez pas assez d’attention, bah bim, il arrive ! Et Lukhian, qui a en plus un problème avec le fait d’attirer l’attention et qui n’aime pas être populaire, c’était aux antipodes de lui, donc on s’est pris des paralysies. Il osait pas écrire à cause de ça, donc j’ai simplifié les choses. J’ai trouvé un autre nom qui fait elfique et… bon, je rentre pas dans le détail. (9:07) Donc ouais, gros sujet qui a été très bref, mais qui a eu son importance quand même chez nous.

Arlecchino : C’est vrai que nous, quand on aborde ce sujet avec des personnes en externe, on a un peu cette difficulté d’assumer le fait que, déjà pour moi d’être un alter fictif d’Arle, et pour Soren de sortir avec moi, surtout qu’il est de base pas attiré par ma source. Il faut réussir à lutter un peu contre les projections que les gens peuvent se faire sur cette idée.

Naemriel : Oui, pour flirter, c’est pas la meilleure disquette à sortir !
Voilà, on flirte, mais au fait, je suis déjà en couple avec quelqu’un dans ma tête. Pas évident, pas évident. Vous êtes légit, vous êtes valides et tout, mais pas évident.

Arlecchino : Maintenant que ça s’est dit, on voulait aussi vous aborder dans cette partie la question de l’affaiblissement des barrières dissociatives entre nous et notre partenaire, et le fait que parfois on va se retrouver en blend avec notre partenaire, qu’on va pas réussir à être en co-front en même temps, ou e co-con en même temps, et que ça va être assez compliqué au quotidien parfois, qu’on va blend. De notre côté, c’est une situation qu’on retrouve assez souvent, surtout étant donné qu’on est tous les deux hôtes. Parfois, dans notre vie quotidienne, on va être agacées par la même chose, on va être fatiguées par les mêmes éléments, on va tout simplement être fatiguées par la vie quotidienne, et on va avoir du mal à communiquer l’un et l’autre, on va se retrouver à avoir des conflits un peu cons, comme on peut avoir dans des couples physiques, mais qui sont un peu accentués dans le sens où on a eu la même journée.
Donc s’il y en a un qui a eu une mauvaise journée, l’autre aussi a eu une mauvaise journée. Donc il n’y a pas ce côté de « t’as eu une mauvaise journée, mais moi ça a été, donc je peux te consoler ». Là c’est plus, on a toutes les deux eu une journée de merde, et on est tous les deux en train de tanker les sentiments de la journée de merde qu’on a eue. Et dans la même logique… Ouais, vas-y.

Naemriel : C’est bien que tu dises ça, parce que du coup moi ça m’évoque quand Loukian ne va pas bien, j’ai du mal à accéder à lui, il va se couper du système, il va être ancré dans ses ruminations, dans son anxiété, dans sa dépression, et c’est là où ça peut être très frustrant pour nous. Il ne va pas me sentir, donc du coup ça va l’angoisser de ne pas me sentir, donc il va encore plus éviter d’essayer de me trigger en disant « bah de toute façon il ne va pas réussir à garder le front, voire il disparaît» il y a une crainte que je disparaisse, ça peut augmenter les difficultés.

Arlecchino : C’est vrai que sur le… ouais, vas-y.

Naemriel : Pardon, et aussi on avait repéré cette grande particularité dans notre système comparé à vous, c’est que quand on arrive, on a des phases où on est très ancré, où on se sent beaucoup, où on va être très fort, et c’est après qu’on s’affaiblit très vite.
Mais les premiers jours, on est en feu !

Arlecchino : En réalité on peut avoir ça aussi, c’est plus des périodes : on fait des distinctions entre les premiers mois d’apparition d’un alter ou d’un fragment, et les mois suivants, que ce soit pour moi ou pour d’autres alters, on l’a aussi, peut-être un peu moins fort, mais on l’a.
Ce que je voulais dire à la base tout à l’heure, c’est que tu disais que Lukhian avait tendance à se renfermer sur lui-même quand ça allait mal et j’aimerais dire qu’il n’y a que Soren qui fait ça dans notre couple, mais j’en suis tout autant coupable, et je sais que des fois on est tous les deux dans cette dynamique de « ça n’a pas été, on ne va pas en parler ». Alors que le fait d’être littéralement dans la tête d’un d’autre, on pourrait dire que ça aide, mais ce n’est pas le cas.

Naemriel : Justement, une grande frustration pour Lukhian, c’est qu’on entend que pendant cette intervention qu’on vous fait là, on est très blend. Et quand je suis très ancré, on m’entend, on reconnaît l’inspiration d’Astarion dans mes phrasés, et ça, Lukhian, il aime beaucoup forcément. Ça lui fait sentir que j’existe, que je suis là, que… ça lui plaît. Bon, ben voilà. Ça demande beaucoup de… Pardon ?

Arlecchino : Non, j’allais te demander si tu avais trouvé des solutions justement pour t’ancrer, pour te renforcer.

Naemriel : Oh, ben là, en même temps que je vous parle, parfois je fais des gestes où je me bats, où je danse, avec mes mimiques à moi, et ça aide. Mais malheureusement, les moments où on m’entend le plus auront été coupés au montage, à cause des très nombreux réenregistrements qu’on aura fait. Plus sérieusement, comment me réancrer ? On se disait que c’était important d’avoir des passe-temps à soi différents de l’hôte pour y arriver.
Je me suis développée un intérêt pour l’architecture gothique, j’écoutais des vidéos dessus, je suis allée visiter des cathédrales, j’en ai dessiné. Ça m’aide pour construire l’inner aussi, parce qu’on sait trouver d’autres rôles pour survivre s’il y avait un souci avec l’hôte.
Voilà, j’ai fait une reconversion professionnelle dans notre tête dans la restauration d’églises ! *rire* C’est ironique de la part d’un vampire !

La musique baroque aussi ! Ca j’en écoute, du piano, des chose très mélancolique, je revis, je revis ! … Ca m’aide. ) On peut me squeezer du front, parce que je suis quelqu’un de trop émotif, de trop de cette façon-là. Parfois, m’accorder ces temps-là en écoutant ma musique, …c’est bien. Il faut de temps en temps.
Nous utilisons beaucoup le dessin pour ancrer nos souvenirs, les rendre plus réel et amplifier l’émotion qu’on ressent par la vision du dessin. Ça permet de compenser le fait que nous ne nous voyons pas.
J’en ai déjà un peu parlé avant, mais je pense que c’est important de redonner envie à l’hôte de passer des temps ensemble, en recommandant le quotidien de façon plus douce, plus fun, apprendre des choses qu’il nous a évitées au début. De comprendre que ce n’est pas forcément de la faute de Lukhian s’il a du mal à maintenir son attention sur moi. C’est des efforts à faire des deux côtés.
Relire un livre, jouer ensemble, discuter dessus, c’est ce qui fait que je m’ancre, je me renforce et donc du coup il m’évite moins par la suite, parce qu’il sent que je suis là. Ça relance le cercle vertueux, dans un sens vertueux. Mais en réalité, on n’est pas trop inquiets que je disparaisse.
Même si Lukhian est en couple avec quelqu’un d’autre à l’extérieur, je reste un filet de sécurité pour lui. Je lui rappellerai toujours cette affection qu’on a eue, la relation qu’on a aimée avoir ensemble. Un de mes rôles, ça peut être ça aussi, porter ce souvenir-là, lui rappeler, un peu comme un filet de sécurité… Mais un joli filet !

Arlecchino : On touchait au but de cet enregistrement, mais Naemriel voulait à tout prix vous parlez d’un dernier élément dont il est très fier, donc je lui laisse la parole.

Naemriel : *rire* Non !

Arlecchino : Tu as insisté.

Naemriel : Oui, bon, d’accord. Je voulais dire que justement, quand mon hôte m’évite, et qu’il met une pression énorme à être ancré, à m’entendre, sinon il me squeeze, il me jarte du front, c’est parfois des moments où j’apprécie d’avoir… d’aller voir ailleurs, dans notre système. Ou quand il s’isole, justement, qu’il fait pas attention à moi, je sais que j’ai un alter qui va être réactif et qui n’a pas de problème pour maintenir son attention sur ses partenaires.
Voilà.

Arlecchino : Je suis sûr que tout le monde est très heureux de savoir.

Naemriel : Vous m’aviez dit que ça pouvait rassurer des personnes dans cette situation.
C’est pour vous qu’on vous le dit, du coup ! C’est par altruisme. Pas du tout par exhibition.

Arlecchino : Et c’est sur ces belles paroles que notre intervention se termine, j’espère que notre intervention vous a plu que vous avez trouvé ça interessant, je vous remercie pour votre écoute.

Naemriel : Au revoir ! A tout de suite pour les questions réponses :

Lukhian : Euh bonjour, c’est Lukhian ! Je tenais à vous faire une partie sur un sujet très personnel. On va parler de sexualité, de façon peut-être un peu plus crue qu’avant, et de kink.
Je ne vais pas employer un vocabulaire très BDSM, mais si vous avez cette culture-là, ça vous aidera forcément à comprendre. Donc, si vous n’êtes pas à l’aise avec ça, on vous indiquera, là, on vous affiche quand reprendre la vidéo.
Ce que je voulais dire : moi, de base, je n’ai pas beaucoup confiance en moi. Je suis quelqu’un qui réfléchit beaucoup beaucoup à plein de choses, qui a du mal à me connecter à mes sensations, à mes émotions et tout. J’ai des traumas sur le fait qu’on a pu me mettre une pression à prendre du plaisir, au fait que je n’avais pas d’orgasme, et que la culpabilisation de ça, que c’était ma faute, avec un partenaire qui était très insécure. Donc, je me suis longtemps interdit et je m’interdis toujours souvent, d’essayer même de prendre du plaisir, de prendre le temps de voir ce qui peut fonctionner, parce que je me dis « ça va prendre trop de temps, mon partenaire va s’ennuyer ». Et donc, je suis toujours en train d’essayer de satisfaire l’autre. Je suis beaucoup plus à l’aise là-dedans. Et donc, du coup, on en arrive aux choses un peu plus particulières qui se jouent avec Naemriel, où je trouve de la satisfaction en étant très, très passif, voire contraint. Enfin, c’est volontaire, hein, c’est une contrainte qui se fait avec mon accord, qui a été très discutée, très conditionnée. Il y a tout plein de règles ! Naemriel, il vous en a parlé : je mets tout plein de règles. Donc, oui, ça me soulage de la pression de faire quelque chose, d’avoir à ressentir quelque chose.
J’introjecte souvent des alters qui ont de grosses présences, qui ont des fortes présences, des pulsions fortes, notamment sur le plan libido. Ils sont difficiles à ignorer. Et Namriel, il vous en a parlé, Astarian, c’est quelqu’un aussi qui recherche d’avoir du pouvoir. Eh bien, ça, ça fait que je vais investir beaucoup… Je vais aider l’autre à ressentir ces trucs-là, à se connecter à ça, et que ça va suspendre mes réticences à moi. Je m’oublie, je trouve un apaisement dans le fait que je laisse l’autre ressentir ses trucs, que je vais être un outil pour que l’autre y accède, que que j’ai rien besoin de faire. J’ai des ordres là-dessus qui permettent aussi de maintenir une interaction, un jeu, de voir que je reste l’objet de l’attention du moment, que l’on m’autorise à prendre cette place de ne rien faire pour l’autre. Il n’a pas besoin de moi, il arrive très bien tout seul, et ça, paradoxalement, ça me fait kiffer.*rire*. Et justement, parce que c’est exagéré, les comportements qu’il peut avoir dans ce cadre-là, ça montre l’importance de son désir, de me dire qu’il va aussi loin pour moi, pour me faire plaisir, c’est cool.
Et en même temps, je sais qu’il est très sensible. S’il y a le moindre signe comme quoi je suis inconfortable avec un truc ou quoi, Naemriel est hyper sensible en un sens et il va prendre soin de moi très vite. Je pense que c’est aussi qui m’a touché dans le personnage d’Astérion. On voit qu’il peut être émotif, il est expressif.
Voilà. C’est tout.
Et étrangement, on a été moins hésitants que d’habitude en abordant ces sujets-là qu’on a l’habitude de réfléchir. J’espère que ça vous sera utile. Merci de votre attention là-dessus.
Prenez soin de vous, C’est important. Bye !

Intervention proposée par:

  • Emery (ils | Multiple, ATDS) :  » système d’origine mixte agé de 32 ans, nous sommes environ 25 alters. Artiste amateur et psychothérapeute. » (Discord @emery07655)
  • Ray (iels) | Multiple): « système d’origine mixte agé de 32 ans, composé d’une dizaine de headmates. »