« Témoignage sur notre vécu dans l’art du drag depuis un an. Le positif, le négatif et comment c’est devenu un outil qu’on ne soupçonnait pas. »

Avertissements de contenu:

Mention d’agression physique (sans détail), peur du trouble, peur de la perte de contrôle dans le trouble, mention de rejet du trouble.

Transcription:

Bonjour tout le monde, nous sommes Naërya, vous commencez à nous connaître maintenant. Nous sommes un système entre 20 et 30 alters et le corps à 35 ans. Lors du précédent Kaléidoscope, j’ai dit ceci : « Un jour peut-être on fera une intervention sur comment cette acivité nous aide, comment on gère dans le système, comment ça se passe en cas de switch, mais c’est pas le thème aujourd’hui. » cette édition a été la bonne occasion. (Un jour, je mettrais « Dans l’épisode précédemment » en introduction de Kaléidoscope) Donc nous sommes dragking depuis bientôt deux ans et notre vie à fait un sacré bon en avant depuis que nous avons prit cette décision. Pour les quelques personnes qui ne connaîtraient pas le terme : Il y a les dragqueen qui est un art qui performe le genre féminin, le dragking c’est un art qui performe le genre masculin. Il y a aussi le dragqueer, le drag clown, le drag créature mais je vous invite à faire vos propres recherches car ce n’est pas le sujet de cette vidéo et je ne veux pas m’éparpiller. Depuis aussi loin qu’on s’en souvienne, on a toujours aimé être sur scène, comme faire du théâtre, on a vaguement fait de la chorale beaucoup plus jeune et, à cause du déclin de notre santé mentale, on a complètement mit ça de côté. Puis le drag est devenu mainstream. RuPaul drag race sur Netflix puis ensuite Drag Race est devenu une licence à travers le monde et c’est arrivé en France, en Belgique, au Canada, et un peu partout ailleurs. Cette compétition ne met en avant que des dragqueen et pourtant, tout au fond de nous, ce que nous voulions faire c’était du dragking ! Et comme lors de la dernière édition où nous disions que puisqu’on ne voyait personne de multiple et autiste nous allions être le modèle que nous n’avions pas, alors nous allions être le king que nous ne voyons pas. Le corps est gros, nous avons une santé mentale pétée dans une société valide et mince alors soyons un modèle pour d’autres. Soyons ce que nous aurions aimé voir. Enfin, c’est ce que je vous dis aujourd’hui. Le chemin a été long ! L’idée est d’abord restée dans un coin de notre tête. Evidemment que ce n’est pas arrivé du jour au lendemain. Il a fallut qu’on mature l’idée, il a fallut du temps pour qu’on se sente prêt à passer le pas. Et puis un jour, une amie s’est lancée, une amie qui avait des grosses difficultés dans la vie comme nous. Elle a tenté, elle s’est lancée. Et le déclic fut à ce moment là ! L’été 2024. Quand nous avons vu la vidéo de sa performance, nous étions juste trop fier.e.s d’elle. Elle était là, sur scène devant une trentaine de personnes en train de performer. C’est là qu’on s’est dit « Si je ne le fais pas, QUI le fera à ma place ? ». Ni une ni deux, on tape bêtement dans la barre de recherche internet « dragqueen Limoges ». Et là, ça tombe : Il y a un collectif d’artistes queer sur Limoges et hasard de dingue, le soir-même il y a un dragshow à deux pas de chez moi. Avec une force qu’on ne se connaissait pas, on a mit l’anxiété au placard, on s’est préparé et on est parti voir ce show. Le premier de notre vie. C’était super, on s’est amusé, on a rigolé et on n’a pas regretté une seule seconde d’y être allé. Après ça, une scène ouverte s’est mise en place, on s’est inscrit et c’était fait. Le 30 novembre 2024 nous faisions nos premiers pas en tant que DragKing. Pendant un long moment, nous avions cherché à faire un jeu de mot comme beaucoup de nos adelphes drag, mais on ne trouvait rien qui nous plaisait. Certaines de nos idées nous faisaient rire mais il n’y avait pas le truc qui nous disait « c’est comme ça qu’il s’appelle ! ». On avait en tête le prénom Simon. Je passe les détails de pourquoi, mais ce prénom avait un sens pour nous. Mais comme dit précédemment, on ne trouvait pas de jeu de mot intéressant. On a visité d’autres pistes, c’était compliqué. On est alors parti sur la santé mentale. Et bêtement, on a trouvé un site d’anagramme et on a tapé « autisme ». Timaeus est alors apparu. Simple, sonorité anglophone pour le jour où l’ambition nous fera aller au delà de la France et des pays francophone. Et en faisant quelques recherches, Timaeus est un prénom dérivé de Simon. C’était PARFAIT ! Mais souvent, même si ce n’est en rien une obligation, il y a un nom qui va avec le prénom. C’est souvent comme ça que sont amené les jeux de mot d’ailleurs. Mais pareil, nous ne trouvions aucun jeu de mot avec Timaeus. Alors tant pis. Pas de jeu de mot. Mais puisque nous voulions mettre notre santé mentale en avant, tout en étant subtile car nous ne voulions pas en parler dès la première scène, il fallait trouver quelque chose de subtil et qui a du sens pour nous. Alors donc, pourquoi Onyx ? Non, pas le pokemon ! La pierre. Je ne vais pas rentrer dans les détails de la lithothérapie parce que pour moi, ce sont juste des cailloux, des jolis cailloux au demeurant mais des cailloux quand même. Cependant, comme vous pouvez le voir, ce sont des cailloux où on voit les différentes strates, parfois noires et blanches, parfois colorées. De multiples strates… Différentes formes, différentes couleurs, le tout cristallisés en fonction de son environnement, des contraintes qu’elle a subit etc. Ca ne vous rappelle pas quelque chose ? C’était donc décidé : Notre nom de scène serait donc Autisme Multiple ou plutôt, Timaeus Onyx. A partir de là, nous avions notre nom de scène, notre date de première scène. Mais est-ce qu’on n’oublie pas un truc ? Est-ce que tout le système est d’accord ? Après tout, ça allait vraiment nous mettre en avant alors que nous venions de passer les cinq dernières années à nous cacher, à être extrêmement enfermé sur nous même. Spoiler : Non, tout le système n’était pas d’accord mais j’y reviendrais en détail plus tard. Je vous met quelques extraits de notre première scène, ici, sur scène c’est Fyraliel. Soyez indulgent hein, c’était la toute première, on s’est amélioré depuis. Avec le recul, je trouve ça touchant, pas vous ? A ce moment là de ma vie, dites vous qu’on n’est presque pas sorti en 4 ans et qu’on ne voyait personne à part trois personnes exclusivement, englués dans une anxiété généralisée qui nous paralysait. Et là, on est sur scène, devant une vingtaine de personnes et la scène c’est une chose mais il y a aussi le « après » à gérer. Discuter avec des gens qu’on ne connait pas qui vont venir nous féliciter ou vouloir nous connaître. Et on l’a fait ! Et en plus… On a recommencé ! Au début, l’idée venait de Fyraliel. Puis très rapidement, Obsidyan s’est joint au projet, puis Judith. A savoir donc, le groupe de front principal. Ayant choisit de faire du dragking, cela permet à Obsidyan d’exprimer sa masculinité. Nous avons plusieurs alters masculins dans le système mais c’est Obsidyan qui est le plus dysphorique et qui a le plus de mal avec le corps. Alors quand Timaeus prend vie, qu’il est genré au masculin, qu’il est reconnu en tant qu’homme, même pendant deux ou trois heures, ça le rend plus heureux. Judith a un espace de création illimité avec le maquillage. Et Fyraliel peut être sur scène et performer. D’autres alters du système aiment l’idée, ils encouragent le groupe principal, parfois participe à donner des idées mais restent en retrait. Et il y a des alters qui ne veulent pas en entendre parler du tout. Pour autant, ils n’empêchent pas le groupe principal de le faire. Sur scène, Timaeus est un personnage. Au début, nous avions peur que d’introject ce personnage que nous créions mais presque deux ans après (et je touche du bois en disant cela) ce n’est toujours pas arrivé. Timaeus est la sommes de plusieurs alters : La confiance en soi d’Obsidyan, la sociabilité de Judith, l’envie de scène de Fyra mais aussi un peu du répondant de Lexa, ou le mordant d’Amara. Et même un peu de l’aigreur de Maryse. On se sert du drag pour faire vivre certains intérêts spécifiques comme le maquillage pour Judith vous l’avez comprit, la coiffure pour Obsidyan et même que parfois, c’est Naoki qui choisit les couleurs qu’on va utiliser pour se maquiller. Mais même si Timaeus est un mélange complexe de plusieurs alters, il est porté seulement par certains alters comme je le disais. Principalement, le drag est porté par Fyraliel, Obsidyan et Judith. Lexa est très souvent là en co-conscience mais elle ne performe pas. Elle est là plus souvent comme protectrice, pour surveiller que tout se passe bien avec le public. (Petite parenthèse sur pourquoi nous avons besoin d’une protectrice lors des show) Je vais énoncer un fait plus qu’évident mais les artistes ne sont pas des jouets, pas des poupées, on ne les touche pas à l’envie et on ne touche pas non plus leur costume de scène. Sans doute que pour vous, public du Kaléidoscope c’est évident. Mais croyez-nous, ça ne l’est pas toujours pour le public et on se doit de le dire en début de chaque show. Et même en le disant, il arrive quand même qu’il y ait des incivilités voire carrément des agressions. Donc, le plus souvent, Lexa est là pour anticiper les gestes du public et les empêcher de nous toucher sans notre consentement. (Fin de parenthèse) Le drag nous permet d’explorer diverses identités, de jouer avec les codes. Pendant deux heures sur scène, on fait ce qu’on veut. Et c’est vraiment libérateur. Timaeus est comme un catalyseur de notre multiplicité. On peut dire des choses ou être quelqu’un que nous ne serions jamais dans la vie de tous les jours et personne ne nous en tiendra rigueur. Personne ne nous dira « tu n’étais pas comme ça hier ? », « Tu ne disais pas ça l’autre jour. ». Parce qu’il y a un contrat tacite entre l’artiste et le public : ce que je suis sur scène et dans cette tenue, avec ce maquillage, ce n’est pas moi. C’est Timaeus. Et dans ce contrat social tacite, Timaeus est un personnage, Timaeus peut à la fois bousculer les gens (avec des mots, des thèmes pas physiquement hein) ou à la fois les (ré)conforter dans leurs idées. Il peut à la fois faire rire et après vous tirer les larmes. Mais quand la veste à paillettes tombe, quand l’huile à enlever tous les artifices de notre visage, quand la perruque est rangée, nous redevenons Naërya. Et personne ne reproche pas à Naërya d’être différente de Timaeus. Depuis quelque temps, nous réfléchissons également à un nouveau personnage, une drag créature fée, elle s’appellerait Ery parce que ce serait la Fée Ery (féérie). Ce nouveau personnage nous permettrait d’explorer des choses plus poétiques, plus douces, plus tendre qu’on ne se permet pas avec Timaeus. Et d’autres alters qui ne performent pas en Timaeus auraient envie de performer en Ery. Comme si, même sur scène, on ne pouvait pas s’empêcher d’être multiple. Le plan est parfaitement rodé : Judith à la socialisation et au makeup, Obsidyan et Fyraliel à la performance, Lexa ou parfois Obsidyan à la protection. Qu’est-ce qui pourrait mal se passer ? Pendant un an, la peur de Fyraliel était qu’il y ait un switch juste avant une performance ou même pendant, avec un alter qui ne saurait rien de la performance et qu’on se retrouve incapable de continuer, complètement idiot sur scène. Cette peur existe toujours mais elle est atténuée maintenant. Mais aussi, aelle avait peur qu’un alter annule une scène en dernière minute. Actuellement, ce n’est pas une activité que nous faisons professionnellement, mais c’est un projet. Nous aimerions être professionnel du drag. Ce ne sera pas simple, ça va pas se faire en un jour, mais c’est ce que nous voulons. Alors l’idée qu’un souci dans le système remette notre crédibilité et notre professionnalisme en question est quelque chose qui terrifie Fyra. Levi : C’est mon moment, c’est ça ? En début de vidéo, on a parlé d’un collectif, nous l’avons rejoint officiellement en septembre 2025. Il y a un système de roulement des artistes donc nous ne performons pas tout le temps afin de laisser la place à tout le monde. Nous avons été booké en mars. Fyraliel tenait absolument à être sur scène à ce moment là, c’est l’anniversaire du corps en mars, aelle voulait performer pour son anniversaire. Sauf qu’aelle n’avait pas anticiper que c’est aussi une période de reviviscence traumatique. L’année dernière, cette période compliquée c’était relativement bien passé, alors aelle ne s’est pas dit que ça pouvait être différent d’une année à l’autre. Et cette année, cette période a été très compliquée à gérer. (Au moment où j’écris le script, nous sommes le 2 avril, pour une vidéo qui sortira en juillet et nous sommes en plein dans cette période difficile. Le système ne sait plus communiquer, les switch sont très aléatoires, les émotions jouent au yo-yo. Bref, c’est plutôt chaotique en ce moment.) Un matin, je me réveille au front, ce qui est plutôt rare. Sur le moment, je ne m’inquiète pas, je me dis que c’est un petit bug dans le système mais que ça va aller. Sauf qu’après avoir fait la petite routine du matin, je suis toujours là et je me rends compte, une fois bien réveillé, que je n’entends rien. Je n’ai aucun contact avec les autres. Je n’ai personne en co-conscience. RIEN. Juste moi. Et je sais quel jour on est ! Je sais que dans une dizaine d’heure, une trentaine de personne aura les yeux rivés sur Timaeus. Les jours de show dans le collectif sont assez structuré : On se prépare normalement en civil, puis on prépare la tenue de scène dans un sac, le maquillage dans un autrz. On revérifie tout trois fois. On mange un morceau. On revérifie tout trois fois (peut-être que j’exagère mais pas tant que ça en vrai). Puis ensuite on part sur le lieu de répétition pour retrouver les collègues. On fait une répétition toustes ensemble, puis on s’installe pour se maquiller et se préparer ensemble. Puis on se rend ensemble sur le lieu du show. On fignole des détails dans une pièce qui nous sert de loge et puis on va sur scène et le show commence. Donc une fois que j’ai fini de préparer et de revérifier plusieurs fois que je n’ai rien oublié, je prépare à manger. Et j’essaye par tous les moyens de faire front Fyraliel ou Obsidyan. Ou n’importe qui qui fera que je n’ai pas à subir cette journée. Le drag, ça ne m’intéresse pas. La scène ça ne m’intéresse pas. Je suis plutôt fier des alters qui font ça et qui gèrent ça très bien, mais moi, je ne vais pas faire de scène, je ne veux pas rencontrer le public. Ce n’est pas mon monde. Je tiens tout de même à remercier le système BlueSky qui a essayé de m’aider à trigger des alters pour me sortir de cette situation. Même si ça n’a pas fonctionné, parce que spoiler, ça n’a pas fonctionné, je me suis senti soutenu et ça m’a aidé à tenir malgré l’angoisse que j’avais à ce moment là. J’arrive donc sur le lieu de répétition. Non seulement, je vais devoir incarner Timaeus mais aussi je dois performer Fyraliel, ou la singletsona. Je dois masquer. Je ne peux pas être moi, Levi, le gars taciturne qui boit son thé dans son coin sans parler. Je dois faire semblant d’aimer ce que je suis en train de faire. C’était épuisant ! Quand la répétition se termine, il faut se maquiller et en théorie, je ne sais pas faire. Alors longue vie à la mémoire commune et à la mémoire musculaire… Je m’en suis pas trop mal sortit (photo makeup) Mais tout le long du makeup, je souhaite que Judith débarque. Mais rien. Personne. Je suis complètement seul au front et en plus, je dissocie, beaucoup ! J’apprendrais plus tard, que depuis le matin, Obsidyan est derrière la salle de front à essayer de passer, ça me faisait dissocier fortement et en plus, il n’a jamais réussi à passer. Le maquillage terminé, je m’habille, je pose la perruque et je suis Timaeus. Une amie, le matin, m’a demandé si je pouvais pas annuler, et bien sûr que j’en avais envie. Mais je sais que c’est important pour le système et qu’annuler en dernière minute pourrait nous porter énormément préjudice en terme de réputation. Alors, j’ai serré les dents comme on dit. On arrive au bar où on doit tenir le show. Des amis sont là, iels essayent aussi de provoquer un switch mais toujours rien. Puis alors arrive le moment de prendre place sur scène. J’espère jusqu’au bout que tant que ma performance ne commence pas, quelqu’un arrive et me sorte de là. Mais non. Timaeus est annoncé, la musique se lance et c’est parti. J’ai détesté CHAQUE seconde ! On ne dirait pas, j’ai sourit, j’ai joué le jeu, j’ai donné le change. J’ai été Timaeus. Le mec confiant, drôle, qui aime avoir les lumières braqués sur lui. Tout ce que je ne suis pas finalement. Mais si j’ai détesté performer sur scène j’ai HAIS l’après ! Le moment où les gens viennent me parler, me féliciter. Il faut socialiser alors que ce que j’aimerais c’est rentrer chez moi. Mais rencontrer son public, être agréable et souriant, ça fait partit du job. Alors arrive la deuxième performance. Je ne performe plus Timaeus, je performela singletsone et je performe Fyra qui veut des feedback, qui se récompense des efforts et de la fatigue par cette dose de compliment, de gonflage d’égo. Je dois jouer le jeu. Alors je parle aux gens, je prends les compliments, je souris, je réponds au sollicitation de photo. J’ai même signé un autographe… Et enfin, la soirée se termine et je peux rentrer chez moi, me démaquiller et aller dormir après cette journée éreintante ! Fyraliel : C’est ici que je reprend le relais. L’après. Pour rajouter un peu de contexte : le 11 au soir, au moment d’aller me coucher, j’ai mit un réveil à 9h pour avoir le temps de me réveiller, de bien me préparer et préparer mes affaires avant de partir vers 13h30 retrouver mes collègues à 14h. Et le 13 au matin, le réveil a sonné à 9h car nous devions retrouver les dit collègues vers 11h pour un brunch d’after-show, un moment calme et de care juste entre nous dans le collectif. Donc quand le réveil sonne à 9h, pour moi, on est le 12 au matin et je vais me préparer pour le show du soir. Je me lève et j’ai des courbatures partout et je me sens très fatiguae. Je me dis que les répétitions de la veille qui ont été difficile et qu’une fois le show passé, je pourrais me reposer pendant une bonne semaine. Mais alors, en commençant la routine de la journée, je constate que rien ne va. Ma chemise de scène est accroché dans la salle de bain et pas dans la penderie. Les chaussures de scène sont posées sur leur boite et pas rangée dedans. Mon sac à maquillage n’est pas à sa place habituelle. Seule la perruque semble ne pas avoir bougé. Je constate ensuite la date, le 13 mars. Pas le 12, le 13. Là, c’est la panique, je comprends à ce moment là que j’ai une amnésie complète de 24h. Mon premier réflexe est d’aller voir ma conversation avec le système BlueSky. Et là, je vois tout. Levi qui se plaint d’être frontstuck et que c’est lui qui a assuré toute la journée. Je vois des photos qu’il a envoyé à Blue de son maquillage. Je vais sur instagram, et je vois que des gens ont envoyé des photos du show. J’ai un premier sentiment de soulagement. Timaeus a performé. Blue a alors essay é de me rassurer en disant que Levi a vraiment assuré, qu’il s’est donné à fond. Et, je me sens un peu rassurae, mais en même temps, je me sens ramené au début de la conscientisation du trouble. Cette impression terrible que d’autres identités me volent ma vie, que je ne suis maître de rien, que ma vie m’échappe complètement. Je n’en veux pas à Levi personnellement, il a assuré, il est resté professionnel. Je lui en suis très reconnaissante. Mais à ce moment là, je déteste les trauma, je déteste le SSPT, je déteste l’amnésie. Je ne déteste pas la multiplicité, je déteste les symptômes qui vont avec. Je me rends au brunch. Je prends plein de compliments et je suis obligeae d’en faire en retour alors même que je ne sais pas vraiment de quoi on parle. Heureusement, comme c’est aussi un moment de calme, on parle de plein d’autres sujets qui n’ont rien à voir. Puis je rentre chez moi vers 16h, j’ai envie de pleurer, je me sens hyper mal (sachant qu’en même temps, un truc difficile me tombait dessus comme si c’était le moment…). Et là, dans le bus, une notification instagram. Les premières vidéos arrivent. Je vais pouvoir enfin voir comment Levi a performé, est-ce qu’il s’est souvenu des répétitions ? Est-ce que le lipsync est bon ? J’arrive chez moi, et tout de suite je télécharge le fichier transfert qu’on m’a envoyé. Et là, c’est le soulagement. Les paroles sont sues, le lipsync est nickel. L’attitude de Timaeus, les sourires, le regard public. Tout y est. Le poids sur mes épaules retombent enfin et nous regardons les vidéos avec BlueSky, on rigole ensemble, on félicite Levi et ça va mieux. J’ai maintenant l’assurance que quoi qu’il arrive dans le système, les choses seront faites. Le travail sera assuré même si c’est un alter qui est moins à l’aise. On espère bien sûr que ça ne se reproduise pas. Ou alors que si un alter n’a pas envie d’être là, un autre pourra être avec lui en co-conscience ou en co-front. Mais je sais que professionnellement le travail sera assuré. En dépit de ce qu’on vient de raconter juste avant, le drag est devenu, presque sans qu’on s’en rende compte au début, l’un des espaces où notre communication interne est la plus fluide. Quand on réfléchit à un numéro, à un costume ou à une idée pour Timaeus, quelque chose s’aligne à l’intérieur. On se met à échanger plus facilement : qui a envie de quoi, quelles idées plaisent à qui, comment organiser le budget, comment répartir les tâches. C’est comme si la créativité ouvrait une porte qui, dans d’autres moments, reste plus difficile d’accès. Et ce fonctionnement ne s’arrête pas au drag lui-même. Ces moments de réflexion artistique deviennent aussi des moments où on arrive à parler de notre quotidien, de nos besoins, de nos limites. Le drag sert de point d’ancrage, un terrain neutre où chacun peut s’exprimer sans que ça parte dans tous les sens. Grâce à ça, on arrive mieux à prendre des décisions ensemble, à anticiper ce qui pourrait être compliqué, à organiser notre vie de manière plus cohérente. Le drag a aussi transformé notre vie sociale. Il nous a permis de rencontrer des gens, de sortir de l’isolement, de nous sentir légitimes dans un espace où la créativité et l’expression de soi sont valorisées. C’est aussi grâce à cette dynamique qu’on a pu mettre en place un suivi psy, reprendre le contrôle sur notre quotidien, et sortir d’un mode de survie qui durait depuis trop longtemps. Le drag n’a pas « réglé » le TDI, mais il nous a donné des outils pour mieux vivre avec. Bien sûr, tout n’est pas simple pour autant. Par exemple, Fyraliel a parfois peur de perdre le contrôle, de se faire « voler sa vie » quand les choses bougent trop vite ou quand un projet prend beaucoup de place. Ces inquiétudes existent, et elles sont légitimes. Mais malgré ces tensions individuelles, on a trouvé une forme de cohérence de groupe. On sait mieux ce qu’on aime, ce qu’on veut, ce qu’on refuse. On fonctionne mieux en interne, mais aussi en externe : poser nos limites est devenu plus naturel, plus clair, plus assumé. En fin de compte, le drag n’est pas seulement une activité artistique pour nous. C’est un espace de médiation interne, un moteur de communication, un outil de stabilisation. C’est ce qui nous a permis de nous retrouver, de nous organiser, et de construire une vie qui nous ressemble davantage. Pour conclure, on aimerait simplement vous dire une chose : si vous avez un projet, qu’il soit artistique ou non, osez vous lancer. Personne d’autre ne peut créer ce que vous avez en tête. Personne ne peut porter à votre place l’idée qui vous habite. On a tous tendance à se trouver des excuses : « je commencerai quand j’aurai ceci », « quand j’aurai acheté cela », « quand je serai prêt·e ». Mais souvent, ce n’est pas un manque de matériel ou de compétences… c’est la peur, l’anxiété, l’impression de ne pas être légitime. Pourtant, tant que vous n’essayez pas, personne ne saura ce que vous êtes capable de faire, et personne ne pourra le faire à votre place. Évidemment, prenez soin de vous. Ne mettez pas en danger votre santé mentale, physique ou même financière. Mais si les conditions sont réunies, si tout est au vert… alors allez-y. Faites le premier pas. Même petit. Même maladroit. C’est comme ça que tout commence. Nous terminons cette vidéo avec quelques extraits de nos performances. Et si les alters concernés sont d’accord, nous indiquerons leurs noms pour que vous puissiez voir qui a performé. Avant que je ne vous mette quelques extraits des performances, rappelez-vous le Kaléidoscope d’avril où Levi disait ceci : Levi : Je pense que je ne suis pas du genre tactile de base, mais que dans le système, comment j’ai été créé, ça a rajouté l’hypersensibilité. Pour être sûr que vraiment personne ne me touche. Maintenant, vous pouvez voir le prochain extrait. Merci de nous avoir écouté. Merci à Partiel.le.s de nous avoir offert cet espace de parole. Et on se retrouve toute de suite pour les questions-réponses.

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