« On aborde les sujets de nos coming-out, de nos relations, de nos questionnements sur la gestions des conflits externes, de notre vision des relations et du polyamour »
Avertissements de contenu:
Coming-out, relations externes et questionnements
Transcription:
Aurore :
Salut !
Je vais commencer par me présenter : je m’appelle Aurore et je fais partie du système Purplemices. Je vais être une des voix de ce … podcast on va dire, et j’alternerai avec Pauline, une de mes camarades.
On souhaite garder notre anonymat donc, c’est n’est pas notre vrai nom de système. De même, mon nom et celui des autres alters sont modifiés, comme c’est le cas sur notre blog. A ce propos, petit apparté : n’hésitez pas à aller le lire si jamais ça vous intéresse. On ne poste pas souvent car on a pas le temps mais il y a déjà quelques longues pages de récit. On y raconte notre vécu en tant que système et on y fait aussi quelques hors-série pour aborder des sujets annexes, pour s’attarder sur des détails et partager certaines reflexions. Fin de l’auto-promo anonyme.
On assume que des détails peuvent être légèrement différents de notre vie réelle, notre but c’est surtout de retranscrire l’essentiel de notre vécu, en terme de déroulement, d’évenements importants, de ressentis etc.
J’en profite, si jamais vous nous connaissez ou reconnaissez irl, ne nous outez pas svp. Merci.
Avant d’en venir au sujet principal, je vais poser quelques mots sur notre parcours, histoire de mettre un peu de contexte sans forcément s’y attarder longtemps.
Notre prise de conscience multiple date de 2024. A l’époque, on ne connaissait rien sur ce sujet. J’ai commencé à cohabiter avec Pauline et Solène pendant quelques mois. Puis Chris est arrivée, et on a commencé à se poser des questions, sur le pourquoi du comment. On a cherché à se renseigner et notre système a commencé progressivement à se structurer et à se développer.
Aujourd’hui on est une quinzaine d’alters, dont 6 qui frontent au quotidien, avec moi qui suis aux commandes la plupart du temps.
Jusque là, on vit plutôt bien notre pluralité, et ce depuis le début. C’est grâce surtout je pense à un contexte plutôt favorable mais on va y revenir. On est fonctionnels, avec une mémoire commune globalement accessible et avec des relations internes qui sont plutôt harmonieuses.
On aimerait commencer le sujet principal, les relations externes, en parlant de coming-out. On en a fait un hors-série plus complet sur notre blog mais je pense que c’est important que je commence par là.
Personnellement j’aime la transparence avec les gens qu’on cotoie quand c’est possible. Et du coup, je suis plutôt heureuse que nos proches soient pour la plupart des personnes formidables, en qui nous avons confiance, qui sont ouvertes d’esprit et à qui nous avons pu rapidement faire nos coming-out ; cette question s’est posée rapidement avec la prise de conscience et on a choisi de se dévoiler le plus possible à notre entourage, afin de nous simplifier la vie, de pouvoir switch sans s’inquieter et sans trop masquer dans un espace safe qu’on se sera construit. On est plutôt bien entouré.es.
Arrivée là, je souhaite préciser : je ne dis pas que c’est forcément la chose à faire. Un coming out, c’est toujours un risque et des bénéfices potentiels à mettre en balance avec le risque et les avantages de ne pas se dévoiler. Et je sais que pour certains systèmes (mais aussi plus largement pour tout coming-out), ça peut être une question ultra compliquée. Courage à vous si jamais vous passez par là. Je ne peux que vous souhaiter la meilleure issue possible.
Bref, la plupart de nos proches, mais aussi certains soignants que l’on voit régulièrement, comme notre psychologue ou notre kiné, sont au courant de notre multiplicité. Comme je disais, on a un contexte vraiment favorable pour vivre tout ça positivement.
L’exception notable : c’est nos parents. On les aime très fort et iels nous soutiennent (y compris quand je leur ai fait mon coming-out trans, il y a quelques année) mais on a peur qu’iels ne comprennent pas et s’inquiètent inutilement. On ne sait toujours pas si on leur en parlera un jour ou pas.
Pauline :
Salut, moi c’est Pauline. On s’est dit avec Aurore que ce serait sympa si elle n’était pas la seule à proposer sa voix pour ce sujet.
J’ai moins l’habitude qu’elle de parler longuement, en général je suis moins bavarde mais puisqu’il suffit ici de lire un texte je pense que je devrais y arriver.
Aurore a utilisé tout à l’heure le terme d’harmonie. C’est un joli mot, et il pourrait convenir pour décrire comment nous touste, en interne, nous vivons nos relations exterieures. Quoique, une nuance serait peut-être appropriée. Disons … qu’aucun.e d’entre nous, alter, n’avons de grief envers nos relations exterieurs quand elles sont positives. Les gens avec qui nous relationons, amoureusement, amicalement, ont au pire une appréciation neutre de la part de certaines d’entre nous, en particulier de la part d’alters qui ne s’intéressent pas forcément au monde exterieur et qui en général ne sont pas du genre à fronter.
Pour autant, nous n’entretenons pas forcément toustes les mêmes rapports avec nos proches, en particulier avec nos amoureuses. Pour en parler, je vais me concentrer sur les alters qui frontent, qui ont des contacts directs avec l’exterieur.
A comener par moi, par exemple, je suis amoureuse, romantiquement et à ma façon de nos amoureuses. Aurore, elle aussi, à sa façon. Et je pense qu’on pourrait dire que Chris aussi.
Alors que d’un autre côté, Clarisse serait plutôt dans une relation platonique avec nos amoureuses. Je ne suis pas sûre qu’elle ait vraiment d’interêt romantique en général, mais c’est peut-être c’est juste qu’elle n’en a pas encore ressenti.
Et pour Lou, c’est compliqué à dire ; elle se construit encore, elle se découvre elle-même petit à petit, encore aujourd’hui. Mais nos amoureuses sont les rares personnes avec qui elle a déjà intéragi, et ce positivement.
J’aimerai donner un détail précis en abordant la question du contact physique et des câlins. Lou par exemple, est beaucoup moins tactile avec nos proches que je ne pourrait l’être moi-même. Aurore et moi adorons les câlins avec nos amoureuses, alors que Lou de son côté commence tout juste à être assez à l’aise pour accepter et apprécier un câlin platonique de leur part.
Je pourrais aussi aborder le sujet de nos sexualité mais on va s’abstenir ; oh, il y aurait vraiment plein de choses intéressantes à en dire, mais on va garder ça pour nous, pour le moment. Disons juste que sur ce sujet, et bien sans surprise, il y a là aussi des différences assez notables.
Aurore :
Je reprends la main ici.
Une question qui s’est posée, et qu’on se pose encore en réalité, c’est est-ce qu’on devrait prévenir qu’un switch à eu lieu ou pas, quand on est plusieurs à front ou pas, etc
Déjà, nos switchs, ils sont souvent plutôt naturels pour nous, qu’ils soient soudains ou progressifs. Et puis, on a en général accès à la mémoire de juste avant. Et enfin, ils peuvent être assez court parfois. Tout ça, et bien … ça fait qu’on ne se rend pas toujours compte sur le moment qu’on a switché. Et même quand on s’en rend compte, on ne pense pas toujours au fait que pour les autres, c’est pas forcément évident, en particulier pour celleux qui nous connaissent moins.
Et autant, Chris Pauline et Lou sont assez différente de moi, en terme d’attitude, de voix, de façon d’être et de s’exprimer, autant Noemie Clarisse et moi, on se ressemble pas mal vu de l’extérieur.
Des fois on se dit que ce serait bien de pouvoir indiquer qui est au front, et on a quelques moments où ça nous aurait aidé à éviter des incompréhensions ou des mauvaises adaptations. Des moments assez benins et qui se sont bien résolus mais qu’on aurait quand même préféré éviter. Encore que : je dis ça mais au final, c’est aussi comme ça qu’on évolue, par l’expérience.
Et d’autres fois, on se dit que ce n’est pas si important. En outre, les personnes avec qui on passe le plus de temps finissent par nous connaitre, par nous reconnaitre, et s’adaptent d’eux même, et n’hésitent pas à demander s’iels ont un doute. ca ne nous dérange pas, on ne leur demande pas de savoir nous reconnaitre et on ne leur en veut pas si iels se trompent. Et on en discute, assez ouvertement. La communication, quand on peut, c’est vachement bien quand même.
Sinon, récement, Lou nous a proposé une alternative au fait de « s’annoncer ». Elle discutait avec une de nos amoureuse, et elle disait en substance que ça lui faisait bizarre de dire bonjour alors que dans un sens, elle avait un peu l’impression d’être déjà là avec la personne en face. De même, le fait de dire « c’est Lou » spontanément, ça lui était un peu difficile. Son idée : dire « tel.le alter est partie », et donc souvent « Aurore est partie » comme c’est moi qui suis le plus régulièrement au front. Puis de répondre « c’est Lou » si jamais on lui demande ensuite qui est aux commandes.
Ca peut être un bon compromis, on pourrait essayer de touste l’appliquer, enfin si on y pense et ça c’est pas gagné.
Pour finir sur cette question, on a aussi envisagé de trouver un truc discret, un bijou par exemple, qui nous permettrai d’indiquer un switch sans le dire à voix haute. Mais on a mit cette idée de côté car on a pas vraiment trouvé de solution satisfaisante dans ce style.
Pauline :
Et me revoilà.
On voulait aussi faire une partie sur la gestion des conflits avec nos proches ; ce sont des choses qui peuvent arriver, même dans les relations qui se passent bien et qui durent.
Mais … en voulant essayer de trouver quelque chose de pertinent à dire sur nos expériences, on s’est rendues compte qu’on avait pas grand chose à raconter. Nos moments de conflits ont été plutôt rares, voir très rares, et en général plutôt légers et se sont résolus assez vite par de la communication.
Ceci étant dit, on y pense, on essaie d’imaginer, parce que ça peut arriver un jour. Qu’est-ce que ça donnerait une situation où l’une d’entre nous serait fâchée, vraiment fâchée, avec un de nos proches ? Serions nous toustes sur cette longueur d’onde, rendant le système entier en conflit avec la personne externe ? Si non, comment gérer ? Devrions-nous essayer d’éviter que les parties prenantes du conflit se retrouvent en contact tant que la situation n’est pas réglée ?
Imaginons un scénario concret : Aurore se brouille avec une de nos amoureuse, que l’on va nommer Melodie. Les deux sont énervées et ne souhaitent pas se parler, même si ça devrait se résoudre après quelques temps.
Mais du coup, comment moi je me positionne ? Est-ce que je me sentirai aussi en froid avec Melodie à ce moment là ? Et si non, j’aurai surement envie de la voir, d’intéragir avec elle, mais le pourrais-je ? Et serait-ce souhaitable ? Et surtout, concernant Melodie elle-même, comment le vivrait-elle ? Voudrait-elle seulement me voir moi, Pauline, avec le risque qu’a tout moment Aurore switch et passe au front ?
Enfin bref, cela rejoint nos nombreux questionnements dans la section « on verra bien quand ça arrivera, difficile de savoir avant ». On a beau essayer d’anticiper pas mal de choses, parfois on ne trouve pas de réponse et on espère juste que le jour venu, s’il vient, on fera au mieux. Jusque là, je pense qu’on s’en sort plutôt bien.
Aurore :
Nous avons envisagé de terminer par des témoignages exterieurs, des témoignages de nos proches, qu’iels puissent apporter aussi leur vécu de nos relations. On aurait bien aimé. Mais notre situation actuelle rend compliqué l’exercice ; notre agenda est plutôt chargé et on préfère terminer au plus vite l’écriture et l’enregistrement de ce texte afin de ne pas nous surcharger dans les temps qui viennent. De plus nous avons ici une deadline et nous n’avons pas envie que nos proches ressentent une pression à nous fournir leurs témoignages. Et de toute façon, actuellement, on a pas vraiment la disponibilité pour gérer l’organisation des demandes, des receptions et des relances auprès d’elleux.
En lieu et place, pour quand même finir par un dernier sujet, on a décidé de parler du polyamour, ou plutôt plus largement de ma vision des relations en général.
Et avant toute autre chose, je tiens à préciser : je ne vais pas vous faire une leçon, vous dire comment il faut penser ses relations ; chacun fait bien comme iel veut ou peut. On ne souhaite ici que vous proposer les résultats de nos propres reflexions.
Alors, dès la première fois où je me suis engagée dans une relation sérieuse et longue, la question de l’ouverture du couple s’est posée rapidement. C’était il y a déjà pas mal de temps, bien avant notre prise de conscience multiple, et même avant que nous n’ayons la moindre notion concernant le polyamour, ni moi ni ma compagne ; je suis partie de différents constats pour en arriver à vouloir aborder ce sujet :
Déjà, je n’ai jamais vraiment été à l’aise avec l’idée que le couple restreindrait la liberté relationnelle de l’autre. Mes amours ont une place dans mon coeur, mais ne m’appartiennent pas, tout autant que je ne leur appartient pas. (enfin, sauf dans un contexte bdsm mais on a dit qu’on gardait les détails de notre intimité donc chut)
Ensuite, il y a la question de la tromperie, de briser les règles du couple pour aller voir ailleurs, quelque soit la raison. Si statistiquement, c’est quelque chose d’assez commun, pourquoi ne pas juste changer les règles dès le départ pour intégrer cette possibilité, si tant est que chaque parties prenantes soient d’accord ?
Puis, il y a la conscience du temps qui passe, et de l’évolution des liens ; nos relations changent en permanence, c’est un fait. Et parfois, ces changement amènent à devoir rediscuter, ou parfois à rompre certains de ces liens. Des fois c’est une évolution positive, et des fois non. D’en discuter en amont, je trouve que rend plus simple d’aborder le sujet le moment venu. Je dis plus simple, mais ça ne veut pas dire que c’est forcément plus facile ou joyeux.
Et enfin, avec le temps et l’expérience, avec l’évolution de nos relations, une autre reflexion s’est imposée à moi : ce que chacun chacune met derrière les étiquettes d’amour ou d’amitié peut franchement varier. Les personnes ne posent pas leur limites aux même niveaux, partagent parfois avec des amis ce que d’autre réservent à leurs amours et vice versa.
Autrement dit : parce que chaque humain est unique, qu’iel fasse partie d’un système ou non, chaque relation l’est aussi.
Et c’est donc par ce prisme, d’unicité des relations, que l’on observe nos liens : comment se construisent-ils ? Comment évoluent-ils ? Quelles sont leur particularités ?
Ce n’est pas pour autant que l’on rejette les étiquettes comme « ami.e » ou « amoureux.se », elles sont bien pratique pour qualifier une relation, que ce soit entre nous ou pour en parler à autrui ; mais on les utilise en sachant qu’elles ne suffisent pas à englober tout ce qui fait la relation. Et au final, notre conclusion, c’est qu’une relation, on y met ce qu’on veut, avec les règles qui nous vont, et on y appose les étiquettes que l’on souhaite, tant que c’est fait dans le respect de soi, dans le respect de l’autre, dans le consentement mutuel, et quand même aussi un peu dans le respect de quelques lois.
Pauline :
Pour terminer, on voudrait revenir un peu sur la question plus spécifique du polyamour. On a quelques petites choses à en dire :
Petit un, ça n’est pas pour tout le monde, et c’est ok.
Petit deux, pour nous, c’est beaucoup de bonheur
Petit trois, ça demande de l’organisation, et attention de ne pas surestimer ses limites.
Petit quatre, quand on est un système, se pose parfois la question du temps que chaque alter peut partager avec une amoureuse
Petit cinq, on vous conseille la lecture de « pourquoi pas le polyamour » de Marie-Claude l’Archer. Attention ceci-dit, la deconstruction des mythes autour de la monogamie et du polyamour, et la potentielle reflexion autour de notre propre situation, ça peut être pertubant. Nous, ça va, on était déjà bien dedans quand on lu ce bouquin, et le polyamour c’est quelque chose qui nous est venu assez naturellement.
Petit six, hmm, aimez vous les uns les autres ? Hihi.
Aurore :
Conclusion
Que dire ? Notre cercle de relations amicales et amoureuses s’est pas mal agrandi ces dernières années. On a la chance d’avoir ce que j’appellerai des « facilités relationnelles » et aussi un peu, voir beaucoup peut-être de chance sur les rencontres que l’on a pu faire. Nos proches nous apportent beaucoup et on sait qu’on leur apporte aussi du positif. Et tout ça, ça nous donne du sens dans notre vie. Et on espère que ça durera encore longtemps, voir qu’on rencontrera encore plus de gens supers … enfin, peut-être pas trop non plus sinon notre agenda va vraiment finir par prendre feu.
On ne peut que vous souhaiter d’avoir vous aussi des personnes exterieures qui vous comprendront, qui vous soutiendront, que ce soit d’autres systèmes ou des personnes singlets ouvertes d’esprit.
Merci de nous avoir écouté, on espère que ce podcast aura été intéressant, et peut-être qu’il vous aura apporté des choses positives. Et, a une prochaine fois peut-être. Salut.
Intervention proposée par:
- Purplemices (https://piaille.fr/@purplemices) : « Nous c’est Purplemices. On est un système dont la prise de conscience date de moins de 3 ans. On vit bien notre multiplicité jusque là, et on partage notre histoire anonymement via un blog. »











