« Témoignage d’un système autiste qui s’ignorait jusqu’à 28 ans et qui a tout découvert en même temps et dont toute la vie a été chamboulé en à peine 3 mois. »
Avertissements de contenu:
Mention de déni, dissociation, crise autistique
Transcription:
Bonjour tout le monde. Nous sommes Naërya. Un système de 26 alters et nous sommes aussi autiste. (entre autre) Je suis Fyraliel et dans cette vidéo, je ne serais pas seule. Plusieurs alters ont décidé de prendre la parole et particulièrement je serais accompagnae par Naoki, une little de 7 ans qui avait apparemment beaucoup de chose à dire. Dans un premier temps, nous parlerons un peu de notre système globalement, sa découverte, la découverte de l’autisme et comment en l’espace de 3 mois, notre vie est devenu chaotique ! [Extrait du film Astérix et Obélix : Mission Cléopatre « 3 mois ?! 3 mois ?! 3 Miaou?!!] Obsidyan parlera des intérêts spécifique dans le système Levi parlera de nos hyper et hyposensibilités ainsi que de l’alexythime. Naoki parlera un peu de « l’autistic joy » mais surtout, elle interviendra tout au long de la vidéo. 1. Présentation. Commençons par le commencement. Je ne vais pas commencer par l’enfance et faire toute la chronologie car même si j’ai beaucoup de choses à dire, vous êtes ici pour un témoignage et pas pour faire ma thérapie. Naoki : Ce serait trop long surtout ! Fyra : Tu as raison. Pour faire un gros résumé, j’ai toujours su que j’étais 2 dans ma tête, il y avait moi et Linaë, une fée toujours en co-front avec moi que je voyais comme une amie imaginaire. On pense qu’elle est arrivée quand on avait aux alentour de 3 ans. Même à l’aube de mes 30 ans, j’étais persuadae d’avoir une amie imaginaire et évidemment, personne ne le savait, je n’en parlais pas car je me trouvais trop bizarre. J’ai connu des enfants qui avaient des amis imaginaires, mais souvent, vers l’âge de six ans, ils n’en parlent plus voire disent « avant j’avais un ami imaginaire ». J’ai donc comprit que c’était perçu comme bizarre d’en avoir un en grandissant. Et encore plus quand arrive l’adolescence et ne parlons même pas d’avoir un ami imaginaire à l’âge adulte… Maintenant que tout ça est dit, nous arrivons en 2019, nous avions alors 28 ans. A cet époque je traînais sur quelques discords de communautés queer. Et qui dit queer dit (très souvent) santé mentale bancale. C’est comme ça qu’un jour, une personne nous parle de multiplicité, de SA multiplicité. Elle pose le terme TDI. Je l’écoute me parler de son trouble et de ses identités. Et moi, je suis bien évidemment curieuse et à l’écoute mais je vois ça, à ce moment là, comme une nouveauté, j’apprends l’existence de ce trouble, j’apprends quelques choses de nouveau. C’est alors que, très précisément deux semaines plus tard, je me mets à avoir des comportement très enfantin, à voir le monde différemment de d’habitude, je veux jouer, je veux êtres insouciante. Naoki : Hihi ! Fyra : C’est ça, fais la maline ! Naoki : C’était moiiiii ! Fyra : Oui, petite chipie ! Je découvre alors dans ma tête une enfant, semi bêbête mi-humaine mi chat tout rose… Et c’est elle qui est joyeuse, qui aime rire et jouer, qui a une insouciance que je n’ai plus depuis beaucoup trop longtemps. En sommes, c’est un cliché de little joyeuse et débordante d’énergie. Naoki : Ouiiiiiiiii ! Fyra : Je ne suis donc plus deux, mais trois. Naoki : On n’a jamais été deux ou trois, mais tu le savais pas. Fyra : Non, je ne le savais pas encore. J’ai apprit à découvrir cette enfant mais je ne fais toujours pas le rapprochement avec le TDI dont la personne nous avait parlé. Naoki : Aaaah le déni ! Fyra : C’est facile pour toi, tu n’es pas hôte ! Bref. Quelques mois plus tard, il s’est passé quelque chose qui a complètement chamboulé notre vie. Je ne vais pas rentrer dans les détails mais la stabilité ultra précaire qui nous restait à cette époque s’est effondré. C’est là qu’est survenu une surcharge sensorielle et émotionnelle permanente. On, ou plutôt, je me suis enfermae dans des choses que je connaissais. Un jeu vidéo, des séries ou animés que je regardais en boucle. Je ne voulais pas de nouveauté. Pareil pour l’alimentation, je ne mangeais que ce que je connaissais et je ne laissait plus aucune place à la découverte. Tout était précis et en même temps, ma vie était tellement en chantier que rien n’apaisait mon mal être. C’est alors qu’une autre personne est entrée dans ma vie. Cette amie est autiste et m’a beaucoup, beaucoup Naoki : beauuuuuucoup Fyra : parlé d’autisme. Et comme pour le TDI, j’ai écouté mais je ne me reconnaissais pas vraiment. Elle et moi avons des vies très différentes et donc ses traits autistiques ne correspondent pas vraiment à comment moi je fonctionne. Naoki : Le déni je vous dis ! Fyra : Et puis doucement, les points communs sont arrivés. Elle nous a partagé d’autres témoignages de gens sur internet. Elle nous a fait lire des livres sur le sujet. Et oui, le déni a prit le dessus. Non, ce n’était pas moi. Et un jour, quand je lui ai expliqué comment était ma vie les dernières semaines après l’effondrement de mon dernier pilier stable, elle m’a dit « Tu es en plein burnout autistique ». Evidemment, en bonne personne autiste qu’elle est, elle avait comprit depuis des jours ! Et puis ses « les autistes sont comme ceci ou cela » sont devenus des « nous sommes comme ceci ou cela ». Elle m’incluait. Au début, je ne voulais pas y croire. Je pensais que j’étais juste dans un mauvais moment. Une grosse déprime, peut-être même de la dépression. Comme si la dépression était plus rassurante que l’autisme. Mais j’ai commencé à y croire et à comprendre plein de choses. Et puis, un grand brun ténébreux est arrivé dans le système. Naoki : Obsidyan ! Ca t’a fait du bien quand il est arrivé. Fyra : Oui, c’est vrai. Obsidyan est le protecteur principal du système. Bon, il était le seul protecteur à cet époque, puisque si vous calculez bien, on était donc quatre. (Je vous rassure, je ne vais pas vous parler de l’arrivée des 26 alters, ce serait trop long et trop le bazar.) Je disais donc, pendant que je suis lentement en train d’accepter mon autisme, quelqu’un de nouveau débarque dans ma tête. Et c’est un homme ! Comme si le cerveau voulait me faire sortir du déni de ma multiplicité. J’ai découvert alors à ce moment là les vidéos d’Olympe et de Christina. Et je me suis souvenue de cette personne sur discord. Discord que j’avais quitté et personne à qui je ne voulais plus parler. Mais peu importait. Je me renseignais beaucoup plus sur la multiplicité. Et en bonne autiste, je m’y suis intéressae fortement ! Comme un intérêt spécifique… Mais ça, on y reviendra plus tard. Puis, un peu plus tard, j’ai connu Partiel.le.s et c’est là que ça a basculé. Parce que le TDI n’est pas la seule forme de multiplicité. Et que bien qu’aujourd’hui ce soit un terme que j’utilise, je sais aussi que je suis neurogène, donc une multiplicité née de ma neuroatypie et après les traumas n’ont pas aidé. Naoki : Merci Partiel.le.s ! Fyra : Tu sais, c’est pas la peine d’être corporate, Naoki. Notre participation est acceptée. Naoki : Oui, mais quand même ! On a apprit pleiiiin de choses grâce à Partiel.le.s Fyra : Donc en trois mois, j’ai apprit que j’étais autiste et dans ma tête on est passé de 2 à 4. C’était chaotique. Je ne savais plus qui j’étais. J’entendais parler de masking que ce soit dans l’autisme ou dans la multiplicité et je ne savais pas « ne pas masquer ». Toute ma vie était un masking et je ne savais pas comment défaire ça, tout en ayant conscience de l’épuisement constant qu’est le masking. Bref, en trois mois, c’est devenu un chaos. Il a fallut du temps pour démêler les fils. Même encore aujourd’hui, je ne sais pas ce que c’est de ne pas masquer… Allez défaire 28 ans de conditionnement, vous. Sept ans plus tard, je n’y arrive toujours pas totalement. Naoki : Tu veux parler de ta crise existentielle en 2021 ? Fyra : Ah ça… En 2021, suite à un événement très lourd dans ma vie dont je ne vais pas parler pour ne pas pourrir l’ambiance. Naoki : Hihi, tu n’es pas Monsieur Bougon ! Fyra : Hey ! Le pauvre, pour une fois qu’il n’a rien à voir là dedans… Donc suite à un événement très lourd, il y a eu l’arrivée de deux alters qui ont complètement chamboulé ma vision de ma propre vie… Pour vous expliquer, sur les réseaux, je me présente comme Fyraliel, mais c’est un pseudonyme, l’alter que je suis porte le prénom du corps. Et ces deux alters se sont également présentées avec le prénom du corps. L’une a quatre ans et l’autre à 16 ans. Linaë m’a expliqué que c’était normal. Il s’avère que la petite est partie en dormance quand on avait quatre ans et l’ado a prit sa place jusqu’à nos 16 ans avant de partir en dormance à son tour. J’ai prit le relais jusqu’à maintenant. Et encore, je ne suis peut-être pas à l’abri de découvrir qu’il y avait quelqu’un entre temps. Et le cerveau a fait une continuité des souvenirs, je ne saurais pas trop comment expliquer mais en gros, j’ai leurs souvenirs et quasiment aucune amnésie. L’événement difficile a fait se réveiller ces deux alters et à partir de là, je ne sais plus qui je suis… Qu’est-ce que j’aime ? Qu’est-ce qui m’appartient ? Qu’est-ce qui ne m’appartient pas ? Bref, une bonne grosse crise existentielle… Linaë m’a beaucoup aidé à y voir clair et il a aussi fallut aider les deux autres à rattrapé 14 ans de souvenirs pour l’une et 26 ans de souvenirs pour l’autre. D’autant plus qu’on a eu un petit frère quand on avait 7 ans, donc quand la plus petite est partie, elle était encore fille unique… Naoki : C’était une période difficile parce qu’il fallait gérer en externe le gros truc qui nous tombait dessus et en interne les deux autres qui comprenaient rien à ce qu’il se passe. Expliquer la multiplicité et tout et aussi Fyra qui nous claque sa meilleure crise… Fiouuuu c’était du boulot hein… Fyra : Bon on a fini sur la partie présentation ? Naoki : On va laisser la suite à quelqu’un d’autres. 2. Intérêts spécifiques Obsi : Bonjour tout le monde, je suis Obsidyan, je suis le protecteur principal du système Naërya et Je fais parti du groupe de front principal. Je vais vous parler des intérêts spécifiques. Ceux de notre systèmes en tout cas, et de comment on essaye de gérer tout ça. Naoki : Ouais… Essayer c’est le mot. Obsidyan : Nous n’avons pas tous les mêmes intérêts spécifiques et c’est pas toujours facile à gérer. Naoki : Ouais mais toi tu triches aussi ! Fyra, Judith et toi vous êtes là tout le temps dans le groupe de front principal et c’est toujours vos intérêts à vous qui passent en premier… Obsidyan : Alors déjà, c’est pas vrai, ensuite, on fait ce qu’on peut et enfin, acheter des peluches à l’infini et adopter tous les chats de la terre, c’est pas possible Naoki. Naoki : Oui bah c’est nul ! Obsidyan : Levi a une très mauvaise influence sur toi, tu te mets à bougonner comme lui. Alors dans notre système, il y a des intérêts spécifiques qui sont partagés, c’est à dire que plusieurs alters ont le même et d’autres qui sont propres à un alter. Par exemple, j’ai un intérêt spécifique pour l’oeuvre « L’Attaque des Titans » et pour l’art du drag que je partage avec Fyra. Et j’ai aussi un intérêt spécifique pour les cheveux du corps, leur soin, les produits qu’on utilise et c’est moi qui a fait mettre en place notre routine cheveux. Naoki : Il est pareil dans l’inner… Ses cheveux c’est important ! Obsidyan : C’est ça ! Moque toi… Naoki : Hihi ! Obsidyan : L’art du drag est aussi un intérêt spécifique pour Judith qui avait déjà un intérêt spécifique pour le maquillage avant. Résultat, depuis un peu plus d’un an, on est devenu drag king. Naoki : Ouais, et du coup, au lieu de m’acheter des peluches comme avant bah maintenant iels achètent du maquillage, des vêtements de scène, des accessoires et plein de trucs soit disant plus prioritaires… Non mais ! Plus prioritaire que des peluches… Je proteste ! Obsidyan : Tu vas rameuter tous les little du kaléidoscope, tu en as bien conscience ? Naoki : Oui ! Révolution des little ! Des bonbons, des gâteaux et des peluches ! Il en faut peu pour nous contenter tu sais… Obsidyan : Aller, un peu de sérieux. Comment on gère les intérêts spécifiques de tout le monde ? Comme vous pouvez le constater avec les protestations de Naoki, c’est compliqué. On est précaire et donc quand les intérêts spécifique nécessite des dépenses, il faut prioriser et donc certains passe au second plan. Et aussi, il n’y a que 24h dans une journée. Et puis avec les influences et ou les co-conscience, il arrive aussi qu’on se retrouve à faire des recherches pendant des heures sur des choses qui ne nous intéresse pas. Par exemple, un alter s’est récemment passionné pour l’automobile et le sport automobile. On n’a pas le permis, personne dans notre entourage n’a ce genre de passion, il n’y a rien dans notre environnement qui aurait pu déclencher ce genre de passion. Naoki : A part le père qui regardait la formule 1 à la télé le dimanche matin et que nous on avait pas le droit de regarder les dessins animés et c’était trop nul ! Obsidyan : Oui, donc pour le système sauf cet alter, c’est une purge ! On ne sait pas d’où ça sort, et lui-même ne sait pas non plus mais il regarde et/ou nous fait regarder des heures de vidéos sur le sujets. Naoki : En plus, il aime pas plein de choses… Il aime pas le bruit des moteurs, il comprend rien à la mécanique. Mais par contre, il aime l’idée de la vitesse et de la liberté… Obsidyan : Tu vois d’autres intérêts spécifiques ? Naoki ! Hm… La santé mentale ! Fyra a dit « on en parlera plus tard », je crois que le plus tard c’est maintenant. Obsidyan : C’est vrai. La multiplicité et l’autisme sont devenus des intérêts spécifiques. Et pour ça, on a un peu plus d’explication. Quand le burnout autistique est arrivé et que les alters se sont multipliés, il fallait comprendre, tout bien ranger dans des cases. Bon, aujourd’hui on s’en fiche des cases, mais à ce moment là, c’était important, il fallait comprendre, classifier, ranger. Et du coup, on a appelé ça des « intérêts spécifiques de survie ». Vouloir engranger un maximum de connaissance pour nous comprendre et pouvoir l’expliquer aux gens. C’est un peu comme la politique d’ailleurs. On a un intérêt spécifique pour la politique plus par nécessité de survie que par réel intérêt du sujet. Il faut qu’on sache ce qu’il se passe, les avancés, les reculs, les infos, les intox afin d’y voir clair et de pouvoir renseigner les gens. C’est comme ça qu’à cette période, entre 2020 et 2023, nous avons commencé à faire des tiktok. Nous pensions pouvoir sortir un peu du lot. Nous étions, déjà à l’époque, un peu plus âgé que la moyenne des systèmes qui parlaient de leur multiplicité. Et en plus, nous n’avions encore jamais croisé personne d’autiste ET multiple. Naoki : Ouais, et quand on a commencé à poster, on a découvert pleiiiiiin gens qui ont les deux alors qu’avant on en voyait pas… Donc en fait, bah on n’était pas si spécial… Obsidyan : C’est pas bien grave de ne pas être spécial, tu sais. Et en plus, notre âge n’a rien changé au harcèlement en ligne. On a prit autant de mauvais commentaire que les autres. Rien n’était vraiment différent. Depuis 2023, le compte est presque inactif. Non pas que ça ne nous intéresse plus mais on n’a juste plus trop d’idée de contenu. Ca reviendra peut-être un jour. Naoki : On n’a plus le temps… Obsidyan : C’est vrai, on est beaucoup plus concentré sur l’artistique, faire de la scène et faire vivre notre dragking. Un jour peut-être on fera une intervention sur comment cette activité nous aide, comment on gère dans le système, comment ça se passe en cas de switch… Mais c’est pas le thème aujourd’hui. Naoki : Tu as tout dit ? Obsidyan : Oui, je pense que l’on peut passer à l’intervention suivante. Naoki : Alors, c’est au tour de Levi ! 3. Hyper/hyposensibilité, alexythimie. Levi : Bonjour tout le monde. Je suis Levi, je suis protecteur et traumaholder du système. Je suis aussi un alter introject, une conséquence en quelque sorte de l’intérêt spécifique que Fyraliel et Obsidyan ont pour la source à laquelle j’appartiens. C’est un sujet dont j’ai déjà parlé dans un précédent kaléidoscope alors je ne vais pas revenir dessus. Naoki : Elle était trop bien cette vidéo ! Levi : C’est pas le sujet… Naoki : Roooh Monsieur Bougon toujours en train de bougonner hein ! Levi : Je bougonne pas. Je ne suis juste pas là pour parler de ma source ni de moi. Naoki : D’accord, d’accord. Alors les hyper et hyposensibilités. Levi : Nous n’avons pas tous les mêmes. Voilà, fin de mon intervention. Naoki : Maieuuuh fais un effort, un peu ! Levi : Oui, d’accord. Donc, on va déjà commencé par ce qui est commun. Je crois que, sans exception, nous sommes toustes hypersensible de l’ouïe. Nous avons toujours notre casque à réduction de bruit sur les oreilles. C’est devenu une extension de nous. Et c’est même un calvaire quand on doit l’enlever. Typiquement pour prendre notre douche… Naoki : La vie est tellement mieux depuis qu’on a ce casque ! Levi : Sinon, pour ce qui est des autres sens là, ça diffère beaucoup plus. Pour un même sens, certains sont hypersensibles et d’autre hyposensibles. Par exemple, Fyraliel est plutôt hyposensible à la lumière, aelle aime quand il y a plein de luminosité alors que Judith ou Nika sont plutôt hypersensible. Judith porte très souvent des lunettes de soleil et ce peu importe la saison. Mais Judith va être très tactile (hyposensible au toucher) là où moi il est hors de question que quelqu’un me touche. Naoki : Est-ce que tu veux pas qu’on te touche parce que tu es hypersensible ou parce que tu veux pas que des mains sales te touchent ? (Hihi) Levi : Hm… Bonne question… Je pense que je ne suis pas du genre tactile de base, mais que dans le système, comment j’ai été créé, ça a rajouté l’hypersensibilité. Pour être sûr que vraiment personne ne me touche. Naoki : C’est vrai que toi, plus que les autres, tu supportes vraiment pas qu’on te touche. Surtout quand tu es au front… Levi : On a aussi Obsidyan qui ressent moins, voire pas du tout, la sensation de faim. Il n’a pas faim tout simplement et presque jamais. Naoki : Oh oui ! Je me souviens une fois… Je peux raconter ? Levi : Oui. Raconte, vas-y Naoki. Naoki : Je me souviens une fois, il est resté au front longtemps, peut-être deux jours ou trois et il avait rien mangé. Fyra a reprit la place après, aelle avait super mal au ventre à cause de la faim et en plus, elle a fait un malaise dans la cuisine en plein en train de faire à manger. Fyra a juste eu le temps de couper le feu de ce qui était en train de cuire et pouf, aelle était par terre dans la cuisine. Ca a pas duré longtemps, peut-être 2 ou 3 minutes avant qu’aelle puisse se relever et reprendre ce qu’aelle faisait en toute sécurité. Plus de peur de que de mal, mais c’était impressionnant quand même. Levi : Par contre, s’il commence à manger, quelque chose, là il se rend compte qu’en fait le corps avait faim. Souvent il commence par juste prendre un petit gâteau à grignoter parce que sur le moment, même s’il n’a pas faim, ça lui fait envie. Donc en mangeant, il se rend compte que le corps à faim et donc là, il va préparer un repas. Même si lui n’a pas faim, il arrive quand même à gérer. Naoki : Depuis le malaise, on a mit des règles en place. Il est obligé de faire à manger une fois par jour. Un seul repas, on sait c’est pas suffisant, mais au moins un vrai repas dans la journée histoire de pas faire de malaise quand le ou la suivante prend la place. Levi : Oui, c’est mieux en effet. Et toi, Naoki, tes hyper et hyposenbilités ? Naoki : Moi ? Euh baaaah le bruit, je peux pas ! Ca fait mal, je vois comme un trait blanc devant mes yeux et le cerveau il s’arrête de fonctionner, c’est trop bizarre. Comme dissocier mais en pire. Et sinon, je crois que je suis un peu hyposensible du goûts. Je mange plus salé, plus sucré, avec des goûts plus fort et prononcé. Mais en fait, je sais pas si c’est de l’hyposensibilité ou si c’est juste mes goûts d’enfants. Levi : C’est vrai que tu as des goûts d’enfants. Des bonbons, des nuggets, des frites, des desserts en général… Naoki : Ouiiiii ! Et sinon, les émotions dans tout ça ? Levi : Pour ce qui est des émotions, on est globalement hypersensible mais en même temps parfois on sait pas hypersensible de quoi… Au delà du bleeding. Naoki : Pardon je te coupe. Le bleeding c’est quand des alters ont des émotions en interne et que ça ressort en externe même si en externe il ne se passe rien lié à l’interne. Levi : Merci pour la définition. Je disais donc, au delà du bleeding, parfois il arrive qu’on pleure sans savoir pourquoi, on est incapable de mettre des mots sur nos émotions. Souvent on a des sensations physiques, des tensions dans les épaules et la boule au ventre en cas de stresse ou d’anxiété. On se sent fatigué quand on est triste ou déprimé. Mais on va d’abord ressentir l’état physique avant de pouvoir mettre des mots sur ce qu’il se passe. Et puis parfois, d’un coup, on explose en comprenant pas, en se disant qu’il n’ avait pas de signe avant. Alors que si, ils étaient bien là, les signes. Mais on n’a pas su les interpréter. Naoki : Et pouf, c’est la crise autistique ! Levi : Oui, et alors là, c’est le chaos. Le système n’existe plus… Le ou les alters au front au moment de la crise se retrouvent frontstuck, souvent blend et subissent juste la crise. Larmes, cris, voire parfois de la violence envers soi-même. Se frapper ou se pincer pour ressentir des choses. Pour les crises explosives, dites meltdown. Ou alors, un vide absolu, un silence de mort, comme une dissociation qui durerait très longtemps, en tout cas d’extérieur. Parce qu’à l’intérieur c’est un combat incessant pour faire le tri dans le flot perpétuel d’informations, de sensations, d’émotions qui nous submergent. Autant dire que c’est encore plus difficile de savoir ce qu’on ressent précisément. Naoki : C’est horrible les crises ! Et après, quand elle se calme, on est tout bizarre. Ca met longtemps avant de redevenir fonctionnel. Levi : Souvent c’est toi qui nous aide. Naoki : C’est vrai ! Je suis la joy giver du système et j’aide à aller mieux ! Mais quand c’est moi qui prend la crise, là je peux pas aider… Levi : On fonctionne en équipe, d’autres peuvent essayer de prendre le relais. Comme Linaë ou Lexa. Naoki : Oui ! Sorën aussi, il aide bien Sorën. Levi : Et sinon, je vois dans le programme que toi tu dois parler de l’autistic joy. Tu veux nous en dire plus ? Naoki : Oh oui ! C’est intéressant ! 4. Autistic joy Naoki : L’autistic Joy, c’est le revers positif de la crise autistique ! En fait, c’est quand on ressent une joie iiiiiintense ! Les crises, on est comme enfermé dans notre corps, pollué par plein de sensations qu’on arrive pas à gérer. Alors que là, on laisse exploser nos émotions mais de façon positive. C’est là qu’on va être dans nos intérêts spécifiques, où qu’on va infodumper, ou on va flapper et sautiller. Pour les non-initiés : flapper c’est agiter et battre des mains, c’est souvent une auto-stimulation très positive. C’est beaucoup dans l’auto-stimulation, dit aussi le stimming. On flappe, on écholalise, on infodump, on fait des choses qui nous rendent heureux même si c’est pas socialement acceptable. Et c’est trop bien, parce qu’on est juste nous, sans pression. Et ça fait du bien et ça fait reculer les crises ! Voilà. Levi : Autant vous dire, que c’est pas vraiment moi qui expérimente ce genre de choses… Naoki : Bah si ! Quand tu passes des heures à discuter avec Erwin, Hange et les autres introjects de SnK de chez Blue. C’est de l’infodumping et une façon de vivre cet intérêt spécifique, donc c’est aussi de l’autistic joy et donc tu le vis aussi. Levi : On va dire que ça dépend de quoi on parle, mais oui, je crois que tu as raison. Même quand on parle des moments moins drôle de la source, ça fait quand même plaisir, ça fait quand même du bien d’en parler avec eux et je me sens mieux. Naoki : Bah voilà ! C’est ça l’autistic joy. Toi tu es pas du genre à flapper et sautiller mais tu le vis juste autrement. Levi : On en apprend des choses… D’habitude c’est pendant les diffusions des Kaléidoscope que j’apprends des trucs, là c’est pendant notre propre vidéo… Naoki : Hihihi, bah oui ! Levi : Je pense qu’on peut passer à la conclusion de cette vidéo. 5. 7 ans après, comment ça va ? Fyraliel : Naoki, 7 ans après, tu penses qu’on va comment ? Naoki : Euuuuuh joker ? Fyraliel : Tu trouves qu’on va pas bien ? Naoki : Si on parle de l’autisme et de la multiplicité alors je pense qu’on peut dire qu’on va mieux. Il n’y a presque plus de déni… Fyra : Presque ? Naoki : Ose dire que tu ne doutes pas encore parfois ? Vingt-quatre heure sans nous entendre et c’est la fin du monde… Fyra : Oui d’accord… Naoki : Mais sinon, oui, on va mieux. Je râle que notre activité artistique prenne toute la place mais ça nous a beaucoup aidé. On a rencontré plein de gens alors qu’avant on était enfermé sur nous-même. On a des amis a qui ont a pu dire qu’on était multiple et du coup, on a des relations différentes avec nos amis en fonction des alters. Et c’est trop chouette d’être nous-même. Même Monsieur Bougon il est plus heureux et ça fallait le faire hein ! On a de moins en moins d’amnésie aussi et ça, c’est quand même beaucoup plus pratique. Et on a commencé un suivi psy, c’est un grand pas. Alors notre psy, on lui a pas dit pour l’autisme et encore moins la multiplicité. Mais peut-être un jour. En tout cas, sortir du déni ça ne peut que faire du bien. Et vivre l’autistic joy c’est la meilleure chose ! Voilà ! Fyra : Merci Naoki. Ceci est donc la fin de la vidéo, merci à vous de nous avoir écouté. Merci à Obsidyan, Levi et Naoki pour leurs interventions. Et merci à Epsi et Kara de continuer de faire vivre Kaleidoscope. À tout de suite pour les questions réponses.
Intervention proposée par:
- Naërya (aels | TDI & neurogène): « Nous sommes un système entre 20 et 30 alters, nous avons 35 ans. Nous sommes aussi autiste et artiste. »











