« Quelle proportion des systèmes ont des TCA ? Les systèmes qui ont des TCA ont-ils aussi des addictions ? Quelle est la part de systèmes qui n’ont ni addictions, ni TCA ? Depuis combien de temps, en moyenne, les personnes souffrant d’une addiction ou d’un TCA en souffrent-elles ? « 

Avertissements de contenu:

Troubles alimentaires et addictions, santé mentale (traumatismes, harcèlement, dissociation, anxiété, dépression, etc.), corps et image corporelle (grossophobie, dysmorphophobie, etc.), violence médicale, trauma familial, sexuel, etc.

Transcription:

Bonjour tout le monde, et bienvenue dans cette seconde vidéo sur la multiplicité, les addictions et les TCA !
Lors du Kaléidoscope d’avril dernier, vous avez pu voir la première partie de la restitution de l’enquête que nous avons fait sur les TCA et les addictions chez les personnes multiples. Si vous ne l’avez pas encore vue, on vous conseille d’aller la visionner. Elle est disponible sur la chaîne Youtube Kaleidoscope.
Pour celleux qui ne nous connaissent pas, nous sommes le système Atoll et nous proposons des enquêtes auprès de la communauté multiple, dont nous partageons les résultats et une modeste analyse des données dans des vidéos lors des éditions de Kaléidoscope.
Notre but est de permettre à chacun.e de partager son vécu, sa réalité de personne multiple, et de voir les tendances, les dominances statistiques dans la communauté de celleux qui sont + d’un.e dans leur tête.
Nous avons déjà fait des enquêtes sur différents thèmes : la communication entre alters, les littles, les relations intra-systèmes, le genre et la multiplicité… Elles sont toutes disponibles sur la chaîne Youtube de Kalé.
Vous pouvez aussi nous suivre sur Insta, sous le nom @êtresmultiples, où nous partageons des statistiques, des témoignages, des memes, et le lancement des nouvelles enquêtes.
Dans la première partie de l’enquête sur les tca, nous avons exploré les données générales de l’enquête : nombre d’alters dans les systèmes ayant répondu à l’enquête, est-ce qu’ils sont des systèmes programmés ou pas, quels sont les troubles et conditions associées chez ces systèmes, est-ce qu’ils ont ou ont eu des addictions, des TCA et lesquels ? Nous avons vu l’âge auquel débutent le plus souvent les TCA, comment ces derniers se diffusent au sein des systèmes, et comment la faim, la satiété et la soif sont perçus parmi les personnes multiples ayant des TCA. Tout cela avec de nombreux témoignages de systèmes ayant participé à l’enquête.
Encore un grand merci à ces 131 systèmes qui ont pris le temps de répondre et de partager leur vécu, leur histoire.
Aujourd’hui, nous allons essayer de mieux comprendre comment la multiplicité influe sur le trouble alimentaire, et inversement. Qui gère, qui contrôle, qui subit au sein du système ? Il y a-t-il des conflits entre alters à cause des TCA ? Quelles sont les répercussions de ces troubles sur les systèmes concernés ? Quelles sont les fonctions des TCA pour les personnes multiples ? Quid de la dysmorphophobie lorsqu’on est multiple et atteint par des TCA ? Est-ce que les systèmes concernés sont accompagnés médicalement ? Quelles seraient, selon eux, des prises en charge efficaces pour les TCA, et qu’est-ce qui les aide ou les a aidé dans leur parcours ?
Voilà quelques-unes des questions que nous allons explorer ensemble, en nous basant sur vos participations.
Nous espérons que vous vous sentez bien, que vous êtes à l’aise et que vous avez de quoi vous hydrater !
Merci d’être présent.es aujourd’hui, merci à Epsi et Kara pour cet espace et tout leur travail, et merci aux autres créateurices de vidéos Kalé !
Plus on a de réponses, plus les chiffres tiennent debout – mais on va se le dire franchement : ça reste un questionnaire, pas une étude clinique. On ne sort pas de là avec des vérités gravées dans le marbre sur les personnes multiples. Ce qu’on fait, c’est cartographier des tendances, poser des hypothèses, ouvrir des pistes.
Et aussi : dans notre vidéo, seules les données sont « objectives ». Tout le reste – l’analyse, les hypothèses, les pistes d’interprétation – c’est notre lecture. Sans oublier les témoignages, qui illustrent des réalités plurielles et variées, mais ne sauraient être des vérités générales. Gardez ça en tête.

Voilà la liste des potentiels triggers, prenez soin de vous :
On parle des troubles alimentaires et des addictions, mais aussi de santé mentale (traumatismes, harcèlement, dissociation, anxiété, dépression, etc.), de corps et d’image corporelle (grossophobie, dysmorphophobie, etc.), de violence médicale, de trauma familial, sexuel, etc.
Dans les statistiques les sujets triggers sont peu développés. Dans les témoignages, cela l’est parfois un peu plus.
Si ces sujets sont difficiles pour vous, prenez soin de vous et n’hésitez pas à faire des pauses pendant le visionnage. Cependant, vous vous doutez que nous ne pouvons pas anticiper tous les triggers potentiels.

C’est parti !

INFLUENCES ENTRE MULTIPLICITÉ ET TCA
Alors, quelles sont les influences entre les troubles du comportement alimentaire et la multiplicité ?
Et est-ce que les comportements alimentaires changent suivant les alters ?

L’immense majorité des systèmes rapportent une variation (83,5%).
Les commentaires libres liés à cette question rapportent des variations en terme de quantité (certain.es alters mangent très peu, d’autres beaucoup), ou de qualité (différence de goûts, de textures, de régimes (végétarisme, véganisme, etc.), de différences morales autour de la nourriture, mais aussi d’autres variations : certain.es alters mangent pour réguler, d’autres contrôlent, d’autres évitent… Le comportement alimentaire semble dépendre souvent de qui est au front.
D’ailleurs, est-ce que certain.es alters frontent systématiquement lors des repas ?
Pour une majorité des systèmes ayant répondu à l’enquête (53 %), il n’y a pas d’alter spécifiquement en charge des repas. Autrement dit, l’alimentation ne semble pas organisée autour d’un rôle identifié au sein du système.
Cependant, ce n’est pas le cas de tout le monde. Dans 19,1 % des situations, les repas sont gérés par plusieurs alters identifié·es, et dans 6,1 % des cas par un·e seul·e alter. Au total, environ un quart des systèmes décrivent donc une organisation structurée autour de la nourriture. Ce n’est pas anecdotique.
Les témoignages apportent des nuances intéressantes. Souvent, c’est l’hôte qui gère les repas, sans qu’il y ait de spécialisation particulière. Mais dans d’autres systèmes, l’alimentation est plus clairement liée à certains alters : l’un peut être associé à la restriction, un autre à la compulsion, et le comportement change selon qui est au front.
Même lorsque aucun alter n’est officiellement « en charge », les repas peuvent moduler le front ou déclencher certains états dissociatifs. Autrement dit, l’alimentation influence parfois la dynamique interne, même sans organisation formelle.
Ce que suggèrent ces données, c’est que la modulation alimentaire selon les alters est beaucoup plus fréquente que l’existence d’un rôle alimentaire clairement assigné. L’alimentation n’est pas toujours structurée par un alter dédié, mais elle est très souvent influencée par la configuration interne du système à un moment donné.

Et lorsqu’un.e ou plusieurs alters s’occupent de la gestion de la nourriture, quels rôles ont-iels ?
Lorsqu’un alter est identifié comme s’occupant de la gestion de la nourriture, il ne s’agit pas de n’importe quel rôle. Le plus souvent, c’est l’hôte (37,4 %) ou un·e caretaker (27,8 %) qui sont mentionné·es. Cela peut simplement refléter leur présence fréquente au front ou leur fonction d’organisation du quotidien.
On retrouve aussi des protecteurices (21,7 %) et des traumaholders (16,5 %). Cela suggère que, dans certains systèmes, la nourriture peut devenir un espace où s’expriment des fonctions plus défensives ou liées au vécu traumatique.
Il est important de noter que 39,1 % des systèmes n’identifient aucun alter spécifique en charge de la nourriture. La gestion alimentaire n’est donc pas systématiquement structurée autour d’un rôle dédié. Cependant, lorsque c’est le cas, elle semble s’inscrire dans des fonctions déjà présentes dans l’organisation interne du système (protection, soin, gestion, etc.).
Et au fait, est-ce que les TCA sont associés à des switchs ?
Pour la majorité des répondants (43,5%), il n’est pas possible de répondre à cette question. 41,7% affirment qu’il n’y a pas de switchs associés aux TCA, tandis que 14,8% en font l’expérience.
Les témoignages suggèrent que ce sont plutôt les contextes émotionnels autour de la nourriture qui peuvent favoriser des switchs, plus que le comportement alimentaire lui-même.
On était curieux de savoir si les TCA provoquaient des conflits au sein du système,
et on a eu raison de poser la question, puisque 76,5% des répondants disent que oui. La proportion de systèmes parmi lesquels les TCA n’entraînent pas de conflits internes est assez faible (13,9%).
Et, est-ce que le niveau de conflits internes est corrélé avec le type dominant de TCA ? Légèrement, mais oui.
Parmi les personnes qui ont un trouble alimentaire dominant, on voit que concernant l’ARFID , 77,8% des personnes concernées indiquent avoir des conflits internes au sujet de la nourriture. Pour l’hyperphagie, c’est 81,8%, pour la boulimie compensatoire, c’est 86,7%, et pour l’anorexie, cela culmine à 94,1%.
Il y a tout de même 16 points d’écart entre l’ARFID et l’anorexie. Si cette dernière obtient un si haut score de conflits, c’est peut-être parce qu’elle repose sur le contrôle et qu’elle entre en collision directe avec les besoins biologiques. De l’autre côté, l’ARFID semble un peu moins conflictuel, peut-être parce qu’il est vécu comme « fonctionnel » ou sensoriel.
Mais gardons en tête que ces différences restent relativement modérées. La norme, c’est que le rapport à la nourriture provoque des conflits dans les ¾ des systèmes concernés par un ou plusieurs TCA.
Si cela apporte autant de divergence au sein des systèmes, pourquoi ces troubles se mettent-ils en place, quelle est leur « utilité » pour la psyché des concerné.es ? On vous a aussi posé la question.

FONCTIONS ET CONSÉQUENCES DES TCA
Avant de regarder les réponses, il faut clarifier ce que nous voulons dire quand nous parlons de « l’utilité » d’un TCA.
Cela ne signifie pas que les troubles alimentaires seraient positifs ou bénéfiques. Un TCA est, par définition, un trouble psychologique qui peut avoir des conséquences graves sur la santé physique et mentale.
Quand on parle d’« utilité », on parle plutôt de fonction psychologique. En psychologie, on considère souvent qu’un symptôme apparaît parce qu’il aide la personne, d’une certaine manière, à faire face à quelque chose de difficile : des émotions intenses, des traumatismes, un sentiment de perte de contrôle, ou d’autres formes de détresse.
Le problème, c’est que ces stratégies peuvent fonctionner à court terme, mais devenir destructrices à long terme.
Comprendre la fonction qu’un trouble remplit ne sert donc pas à le justifier, mais à mieux comprendre pourquoi il s’installe et pourquoi il peut être si difficile de s’en libérer.
Regardons les réponses !
Les trois fonctions dominantes sont la régulation émotionnelle (53% des systèmes répondants), la punition (48,7%) et le contrôle (46,1%).
Ensuite, on trouve comme utilité aux TCA celle de permettre un état de dissociation (18,3%) ou de se protéger (15,7%).
Une faible proportion utilise le TCA comme outil de communication dans le système (1,7%).
Ces résultats rejoignent la littérature scientifique sur les troubles alimentaires, qui souligne leur rôle central dans la régulation émotionnelle et le besoin de contrôle.
Allons voir les témoignages :
Chez Blue Sky (@system_blue_sky) , le TCA a surtout pour fonction « de réguler des émotions, mais parfois ça a les autres fonctions (rares sont les moments de punition mais selon certains alters ça peut avoir lieu) »
Pour le système Meteora Team : « C’était une manière de se faire du mal mais aussi de contrôler notre corps après ce qu’on avait subi de la part de notre ex. »
Un système anonyme développe la fonction de son/ses TCA : « Punir ( suite à un évènement négatif type déception d’un proche, mauvais résultat scolaire) ou par mal-être global ( vision de la nourriture comme inutile, facilité à mourir plus facilement si dénutri, aucune force pour prendre soin du corps suite à des problèmes dépressifs) ou contrôle de soi ( idée de lutter contre ses besoins, supériorité de la volonté sur le corps etc ) »
À l’inverse, le TCA peut aussi servir « à se réconforter ». Pour Malvic, il aide à « Combler l’ennui mental/ combler le sentiment de vide total dû au trouble borderline. »
Pour ce système , il sert à « Se protéger car on pense qu’en étant en surpoids on a moins de chance d’attirer les sollicitations sexuelles non désirées. »
Un système anonyme confie : « C’était pour ne pas grandir afin de ne pas ressembler aux personnes qui me faisaient du mal »
Pour Ange, système programmé, les TCA visent à permettre de « mieux accepter notre corps et être plus à l’aise avec celui-ci. Également à faire plus d’activités au sein du réseau, et de nous protéger face à celui-ci. »
Pour cet autre système programmé : « L’alter concernée par l’anorexie utilisait son TCA, à l’époque où elle était active dans le système, en grande partie pour se punir, en réponse à ses traumas spécifiques. Sinon, la hunger keeper actuellement active utilise souvent la nourriture pour se réguler, entre autres raisons. Et de manière générale, nous pensons que les ARFIDs qui impactent l’ensemble du système peuvent avoir une fonction de protection (le corps se protège automatiquement des nourritures qu’il considère comme « dangereuses », car susceptibles de déclencher notre émétophobie). »
Un autre système anonyme explique : « On sait que certains TCA sont liés à d’autres troubles, les douleurs chroniques notamment. »
Pour ce système anonyme : « Ça sert à contrer mon sentiment de dysphorie de genre. Ça répond aux demandes voix des traumas sexuelles qui me dissuadent de nourrir mon corps comme il « ne mérite pas de vivre ». C’est juste addictif et ça me procure bcp de plaisir. »
Pour certains systèmes, il y a une considération pratico-pratique : « Certains alters refusent de manger parfois car iels veulent rationner la nourriture pour qu’on en ai assez pendant longtemps. »
D’autres rapportent une absence de fonction : « Actuellement, il n’y a pas vraiment de rôle, je ne suis même pas sûr que les particularités alimentaires qui font que y’a pas mal de choses qu’on peut pas manger et qui font que souvent on mange pas à notre faim soit un TCA. J’ai fait de l’anorexie secondaire une fois et j’ai dû avoir une sonde à l’hôpital mais c’était ma maladie qui m’empêchait d’avaler et donc de manger. » relate un système anonyme.
Chez Shadow, les TCA servent « à correspondre à l’image interne des corps des alters ». Nous creuserons un peu cette question plus loin !
En résumé, beaucoup décrivent le TCA comme un moyen d’anesthésier, de calmer une détresse ou de canaliser un trop-plein émotionnel. D’autres évoquent une dimension plus sombre, auto-agressive, voire autodestructrice. Certains soulignent qu’à l’origine, le TCA avait une fonction adaptative, avant de devenir envahissant et difficile à arrêter.
Plus minoritairement, le TCA est décrit comme un moyen de se dissocier ou de se protéger. Très rarement, il est présenté comme un outil de communication au sein du système.
Ces données suggèrent que, dans cet échantillon, le TCA fonctionne avant tout comme un outil de régulation émotionnelle à forte composante de contrôle et d’auto-punition, davantage que comme un simple phénomène alimentaire.
Lorsqu’on croise ces résultats avec les données vues plus haut, les fonctions déclarées du TCA (régulation émotionnelle, punition, contrôle) restent remarquablement stables indépendamment de la durée ou du statut actif du trouble. En revanche, les débuts précoces semblent plus fortement associés à une fonction de régulation émotionnelle.
Et si on regardait les fonctions suivant le type de TCA ?
Pour les systèmes parmi lesquels l’anorexie est le TCA dominant, les principales fonctions du TCA sont le contrôle (76,5%), puis la punition (53%), puis la régulation émotionnelle (41%) et la dissociation (17,6%)
Pour les systèmes parmi lesquels l’hyperphagie est le TCA dominant, les principales fonctions du TCA sont la régulation émotionnelle (72,7%), la punition (59,1%), le contrôle (40,9%) et la dissociation (13,6%)
Pour les systèmes parmi lesquels la boulimie compensatoire est le TCA dominant, on trouve des résultats proches de l’hyperphagie, mais avec une dimension punitive légèrement + élevée.
 Régulation → 73,3 %
 Punition → 60 %
 Contrôle → 43,3 %
 Dissociation → 16,7 %
Pour les systèmes parmi lesquels l’ARFID (trouble de la prise alimentaire évitant/restrictif) est le TCA dominant, les principales fonctions du TCA sont le contrôle (50%), la régulation émotionnelle (44,4%) la punition (38,9%) et la dissociation (22,2%).
Pour l’orthorexie en TCA dominant, l’effectif est trop faible.
Les fonctions des TCA ne sont donc pas homogènes. Le contrôle pour l’anorexie, la régulation émotionnelle pour l’hyperphagie et la boulimie compensatoire, le mix contrôle/sécurité pour l’ARFID. Ces tendances sont cohérentes avec la littérature existante.
Toujours dans le croisement de données, notons qu’il n’y a pas de type de TCA dominant suivant l’âge de début des troubles. Le début précoce est massif, quel que soit le type de TCA dominant.
Notez aussi que les TCA décrits comme liés à la dissociation semblent plus souvent associés à des switchs et à des troubles de longue durée, ce qui pourrait suggérer un rôle particulier dans la dynamique du système. Cependant, ces résultats restent descriptifs et ne permettent pas d’établir une causalité, dans un sens comme dans l’autre.
Et, les TCA modifient-ils l’image du corps pour les personnes concernées ?

C’est le cas chez près de 3 systèmes sur 4. D’ailleurs, les alters sont iels de la même corpulence que le corps du système, ou pas ?
Dans la moitié des cas (51,3%), les alters sont plus minces que le corps réel. La situation inverse, où le corps est plus mince que celui de la majorité des alters, ne concerne que 7% des systèmes. Et 1 système sur 5 (19,1%) ne notent pas de différence de corpulence entre le corps du système et le corps des alters. Chez 3,5% des systèmes concernés par un TCA, les alters n’ont pas d’apparence physique. On aimerait pouvoir comparer avec des systèmes qui n’ont pas de TCA, il faudra qu’on pose la question un jour !
Allons voir les témoignages pour explorer les 17,4% qui ont répondu « Autre ».
Chez certains, les alters se rapprochent d’un corps idéalisé :
« On nous a toujours mis dans la tête qu’on devrait être plus mince ect, c’est sûrement une projection de ce qu’on aimerait être et une sorte de « sécurité » (-> je dois être plus mince pour être aimé, si un alter est mince on sera plus aimé.e.s) » explique le système Cosmos
Chez d’autres, les alters ont un corps simplement différent du corps réel (alters non humains, alters enfants, alters d’un autre genre, etc. ).
La Joyeuse Troupe (@lajoyeusetroupe_system) raconte : « Les alters enfants trouvent le corps gros car ils sont petits, surtout les cuisses et les fesses. Idem pour moi et Akano qui sommes petites en taille et minces. Les hommes vivent un autre souci que le poids. Transformer le corps en « mélange de nous tous » via le sport nous fait du bien. »
Chez ce système anonyme : « La morpho n’a rien à voir avec mon corps ou sa perception mais plus avec l’identité de mes alters. Hal est giga musclé pour ressembler à sa source, Aristide a eu un enfant et a le physique d’une daronne, Cat est traumaholder avec un corps androgyne et adolescent malgré son âge avancé et Jake est gros et poilu »
Plusieurs systèmes précisent que l’apparence des corps des alters est variée et leur corpulence également, si bien qu’il n’y a pas de majorité visible sur un type de morphologie.

Et lorsque le corps du système change, en termes de poids, de corpulence, est-ce que cela influence le corps des alters ?

18% des systèmes observent une influence (dont 2,6% sur l’ensemble des alters), mais la majorité (59,1%) n’en observe pas. La représentation corporelle des alters est donc souvent indépendante du corps du système. Beaucoup d’alters gardent une apparence interne stable, même si le corps du système change de poids.
Nous n’en avons pas encore parlé jusqu’à présent, mais il est temps d’aborder les impacts des TCA sur le corps du système.
Les impacts physiques des TCA sont très largement rapportés par les systèmes ayant répondu à l’enquête. La fatigue intense arrive en tête (avec 72,8% des répondant.es), suivie des troubles digestifs (reflux, ballonnements, douleurs, constipation, diarrhée…) avec 65,8% et des troubles du sommeil (insomnies, hypersomnie, sommeil non réparateur) avec 60,5%. Cela montre que les troubles alimentaires perturbent profondément le fonctionnement physiologique, notamment l’énergie, la digestion et les rythmes biologiques.
On voit aussi que près d’un système concerné sur 4 (34,2%) est confronté à des troubles hormonaux (impacts sur le cycle, la libido, etc.), que 32,5% rapportent des troubles du système cardiovasculaire (tachycardie, bradycardie, malaises, évanouissements, hypotension, etc.) ou des hyper ou hyposensibilités corporelles. Pour finir, 3 systèmes sur 10 (30,7%) rencontrent des problèmes dentaires ou capillaires liés aux carences, et 22,8% des troubles articulaires et/ou musculaires.
Seuls 6 % des systèmes disent ne pas avoir observé d’impact physique notable de leur/s TCA.
Voilà un aperçu des témoignages liés à ce sujet. On le redit, le sujet de cette enquête peut être particulièrement trigger, pensez à vous protéger !
« On préfère ne pas y penser ni répondre. » confie un système anonyme.
Moon (@moon._.echo) raconte : « Beaucoup beaucoup de moments où on passait à ça👌du malaise quand on ne mangeait quasiment rien. Le moindre effort prend toute ton énergie. C’est arrivé régulièrement que je prenne une douche et que je doive m’asseoir dans la douche parce que je n’arrivais plus à tenir debout. C’était soit je m’asseyais, soit j’allais finir par tomber. »
Chez Blue Sky (@system_blue_sky) « On a souvent des reflux lors des phases d’hyperphagie et souvent lors des phases d’anorexie on avait « mal aux os » comme dirait les concernés du système. »
Malvic explique : « Le poids fait qu’on a des soucis aux genoux, et étant hypermobile les hanches prennent un coup aussi. On n’arrive juste pas à prendre du muscle malgré les activités physiques et/ou boulots exigeants physiquement.»
Et bien sur, cela fait effet boule de neige lorsqu’il y a des comorbidités, comme chez ce système anonyme : « On a un intestin irritable alors l’hyperphagie par exemple peut déclencher des crises inflammatoires chez nous ou la surconsommation de certains aliments qu’on ne tolère pas. » Et cela peut rendre la lecture des symptômes et de leur cause difficile, comme le fait remarquer le Système du Plexus Interne : « D’autres de nos comorbidités peuvent fausser notre réponse. »
Certains symptômes moins connus peuvent aussi apparaître. Misha (@Misha.prf) nous relate son vécu : « J’ajouterais à mes réponses un impact dont j’ai très peu entendu parler : quand mon poids et ma prise de nourriture étaient au plus bas et que mon corps utilisait toute son énergie pour la donner à mon cerveau et à mon cœur, en plus de mon système hormonal, ma main gauche a été délaissée par mon corps. Le sang n’y circulait presque plus tandis que la droite fonctionnait parfaitement normalement. Elle était devenue bleue/violette, très maigre au niveau des doigts, impossible à bouger que ce soit de ma volonté ou d’une personne extérieure qui forçait (c’était très douloureux de toute façon) comme si elle était en plâtre et toujours très très froide et je n’avais plus aucune sensation à l’intérieur, autre que de la douleur avec les mouvements forcés. Je précise que ce n’est pas la maladie de Reynaud et que les médecins ont bien confirmés au cela était dû à mon TCA. »
Pour aller plus loin, lorsqu’on croise les impacts physiques avec le type de trouble alimentaire dominant, on observe finalement des profils assez similaires. Les TCA perturbent entre autres le métabolisme et la digestion, fortement et quel que soit le type de trouble.
Voilà donc un aperçu des conséquences physiques des TCA pour les personnes qui ont répondu à l’enquête. Voyons aussi les autres conséquences :
L’impact dominant, c’est les pensées envahissantes à propos de la nourriture ; avec 76,5% des systèmes concernés. Elles peuvent occuper une grande partie de l’attention, la planification quotidienne et les interactions sociales. On note aussi 53% de brouillard mental, d’augmentation de la dissociation, et 46% pour la baisse de la concentration et de l’attention, évocateurs entre autres d’une surcharge mentale liée aux TCA.
1 système sur 2 rapportent un état dépressif. C’est une comorbidité reconnue.
Pour plus de 4 systèmes sur 10 (44,3%), les TCA occasionnent des tensions avec leurs proches (perte de confiance, sentiment de ne pas être compris.e, d’être infantilisé.e…). C’est un impact qui peut être sous-estimé. Les TCA modifient souvent les repas partagés, les sorties, la spontanéité sociale, etc.
Ensuite, on trouve la rigidité mentale dans des proportions proches (42,6%). Les TCA peuvent amener la personne concernée à développer des règles alimentaires strictes, des rituels, et une difficulté à changer ses habitudes. Tout cela, ainsi que d’autres facteurs, peuvent amener à un isolement social, qui est également bien présent, avec 38,3% des systèmes concernés.
Enfin, plus d’un système sur 5 rapporte avoir abandonné un suivi médical. C’est un chiffre important.
Les impacts rapportés ne concernent pas seulement le corps. La grande majorité des systèmes évoquent aussi des effets cognitifs et émotionnels importants. Les TCA affectent l’ensemble du fonctionnement psychique et social.

Lisons ensemble quelques témoignages pour illustrer les données.
« Je ne pourrais pas dire si c’est le fait que je suis fatiguée qui m’empêche de manger ou ne pas manger qui me rend fatiguée. Il y a forcément un peu des deux pour chaque impact psychologique. » confie Moon. (@moon._.echo)
Le système Meteora Team raconte : « Ça mettait notre corps en danger, on était constamment fatigué, on avait tout le temps froid, on dissociait probablement encore plus à cause de la fatigue. À cause des tca, on a frôlé des malaises plusieurs fois. On perdait nos cheveux, ça déréglait nos hormones et notre cycle premenstruel. Aussi, on était très rigide par rapport à l’alimentation. On ressentait du dégout rien qu’à l’idée de manger, et même quand on mangeait. Comme si on n’aimait pas du tout le fait de manger. C’était vraiment très compliqué. Et puis on était tout le temps triste. »
Le système Naërya explique le contexte qui les a amené à abandonner des suivis médicaux. « Ce ne sont pas les TCA qui font qu’on abandonne les suivis médicaux mais la violence médicale, qui vont aggraver les TCA. Quand on va chez le médecin pour dire qu’on a mal quelque part ou qu’on est malade, et qu’on nous répond « vous êtes en surpoids, faites du sport. » ou tout autre réflexion de ce genre sur notre physique, quand on rentre il y a des chances accrues de faire une crise d’hyperphagie. »
Un système anonyme rapporte son « Anxiété à l’idée de manger ou de parler du sujet, devenu trigger pour certains alters directement concernés. »
Malvic raconte que « L’irritabilité des alters quand celleux sensibles au TCA sont dans le coin est atroce. Si quelqu’un retient la compulsion (parce que *pas l’envie*/ le temps/ insensible au tca) ça fait effet boule de neige où l’on finira par essayer de se faire du mal d’une quelconque manière pour combler. »
Parmi les systèmes qui ont coché « Autre », un système anonyme explique « Le ‘pas envie de manger » peut se transformer en hallucinations (« c’est de la boue », « y’a des insectes dedans », « c’est empoisonné »…)
Derrière les comportements alimentaires visibles, les TCA apparaissent surtout comme des troubles qui envahissent la pensée, l’humeur et les relations. Les données comme les témoignages rappellent que ces troubles ne se résument pas à l’alimentation : ils s’inscrivent dans l’ensemble du fonctionnement psychique et social des systèmes, et peuvent peser lourdement sur leur quotidien.
D’ailleurs, est-ce que les systèmes parlent de leurs troubles ? Sont-ils suivis médicalement ? Allons voir !

MULTIPLICITÉ, TCA ET SOINS
Est-ce que les personnes ayant répondu à l’enquête ont déjà parlé de leurs TCA ?
On constate que le premier espace de parole, loin devant les autres, est les proches de confiance, qu’iels soient des ami.es, des partenaire.s, des membres de la famille, etc. Cela concerne près de 7 systèmes sur 10 (67,8%).
Ensuite, on voit que les TCA sont souvent abordés dans un suivi déjà existant, plutôt que dans un suivi spécialisé. 31,3% des systèmes ayant répondu en ont parlé à un thérapeute ou médecin qui les accompagne sur un autre sujet que le TCA ou la multiplicité, et 24,3% avec le médecin ou thérapeute qui les accompagne à propos de leur multiplicité. Moins d’un système sur 10 (9,6%) en a parlé avec un soignant qui les accompagne pour un TCA.
Personnellement, nous avons entamé un suivi avec une diététicienne spécialisée dans les TCA, qui avait une très bonne approche et une posture réellement bienveillante, mais qui s’est retrouvée bien dépourvue pour nous accompagner en raison de notre multiplicité.
Ce n’est pas étonnant, il est déjà très compliqué de trouver un.e bon.ne soignant.e pour les TCA, de même pour la multiplicité, alors quelqu’un qui soit en capacité de prendre les deux conditions en compte (sans même parler de la ribambelle de comorbidités que nous avons abordé au début…) et bien voilà voilà !
Et puis, quid des nombreux TCA qui sont traités comme si la personne était singlet (non multiple) alors qu’elle est multiple mais que ni elle, ni les soignant.es ne s’en rendent compte ?

C’est aussi pour cela que nous faisons des enquêtes : pour peut-être donner quelques billes aux professionnels de santé qui tomberaient sur notre contenu.

Mais revenons au graphique. On voit qu’environ 1 système sur 10 ne parle de son/ses TCA à personne. 7,8% le font par choix, et 3,5% par obligation.
On espère fort que le contexte évoluera, que les soignant.es se formeront, et que toustes celleux qui en ont besoin pourront trouver des thérapeutes et médecin.es. Actuellement, beaucoup de TCA ne sont pas suivis médicalement. Cela peut contribuer à la chronicité élevée des TCA que l’on constate dans cette enquête.
Quelle réaction obtiennent les systèmes qui parlent de leur/s TCA ?
Pour 56,5% des répondant.es, cela a été plutôt bien ou très bien reçu, mais les réactions négatives restent fréquentes. Les témoignages rapportent souvent de la banalisation, de la remise en cause, de la minimisation, ainsi que du jugement et du body-shaming, que ce soit par des proches ou des professionnels de santé.
Évidemment, un même système peut recevoir à la fois du soutien et du rejet selon les interlocuteurs, leur sensibilité et leur connaissance des TCA.
Est-ce que les systèmes ayant répondu à l’enquête sont accompagnés médicalement pour leurs TCA ?

Les résultats montrent que 77,2% des répondant.es ne sont pas suivi.es pour leurs TCA. C’est très élevé, même si une proportion non négligeable (19,3%) envisage de mettre en place un accompagnement.
Il y a aussi les systèmes qui ont été accompagnés dans le passé mais qui ne le sont plus actuellement (15,8%). Les raisons peuvent être nombreuses : cela peut être dû tout simplement à l’amélioration des symptômes, mais aussi à des expériences négatives, à la difficulté de trouver un.e professionnel.le adapté.e, ou à une fatigue thérapeutique. Au final, seuls 5,3% des répondant.es sont suivis médicalement pour leurs TCA.
Voilà des témoignages pour illustrer ces données :
Un système anonyme qui n’a pas d’accompagnement confie : « On n’est pas à l’aise avec la psychiatrie, donc on évite comme on peut d’y être confronté. »
Un autre système est trop dans l’hésitation pour mettre en place un suivi : « Un jour je veux, un jour non, un jour je regrette, un jour j’ai rien… »
Le système Chaos, lui, raconte que « Malheureusement, l’accompagnement était vraiment horrible. C’était plus une sorte de promotion pour perdre du poids qu’un suivi médical. Depuis, on a abandonné complètement. »
Aleyah (@systeme_vega) ajoute : « Dans un hôpital pédiatrique, j’ai été suivie par une diététicienne, ça ne s’est pas réellement bien passé. »
Catoce soulève le manque de compétences d’une nutritionniste qui l’a accompagné.e : « Je crois qu’elle n’avait pas compris que c’était mes phobies qui me gênaient. Du coup, j’ai stoppé rapidement. »
Un système anonyme ajoute : « J’ai été un peu accompagné, mais c’était jamais des pro formés. Je me sentais plus formé qu’elleux de par mes recherches pour m’en sortir, donc c’était vraiment limité ce qui a fait que je n’ai pas poursuivi et que j’essaie de m’en sortir seul-e. »
« Je m’en suis sortie pas mal toute seule. Car j’avais beau essayé d’en parler, factuellement, les professionnels de santé ne savaient pas toujours comment m’aider. Ils préféraient se concentrer sur d’autres choses. » complète le système Meteora Team.

D’autres systèmes vivent dans un quotidien qui ne les aide pas à prendre soin d’elleux, comme ce système anonyme : « À une époque, j’aurais aimé avoir un accompagnement parce que ça me faisait souffrir, ces hypersensibilités alimentaires, surtout que je vivais et vis encore chez mes parents maltraitants qui ne comprennent pas et me font beaucoup culpabiliser. »
Misha (@Misha.pfr) raconte : « Mon expérience d’accompagnement médical lié à mon TCA n’a pas été une grande joie, en-dehors de mon médecin traitant qui faisait tout pour m’éviter de passer par la case hôpital, j’ai été très infantilisée et peu prise au sérieux quand cela concernait mon TCA même, et encore moins prise au sérieux quand c’était pour traiter les conséquences de mon TCA »
Un système anonyme relate : « Je suis suivie en hôpital de jour. Je ne vois plus la diététicienne pour le moment, j’ai fait une pause pour privilégier la partie psychologique. »
Plusieurs d’entre vous ont partagé le nom des professionnel.les de santé safes que vous connaissez. Merci à vous ! Nous en transmettons la liste à Partielles pour qu’iels rejoignent peut-être l’annuaire des pros !
Nous arrivons au dernier graphique de cette enquête (mais pas aux dernières données. Restez avec nous et hydratez-vous ! ) Aujourd’hui, vous considérez-vous guéri.e de votre/vos TCA ?
Au moment de leur réponse à l’enquête, plus d’un système sur 2 (51,3%) indique que ses TCA sont toujours présents. Ensuite, une proportion importante (32,2%) indique « mon rapport à l’alimentation est stabilité, mais je ne me considère pas guéri.e » tandis que seuls 11,3% des systèmes se considèrent guéris.
Si on combine les deux catégories « non », on constate que 83,5% des systèmes ne se considèrent pas guéris. Cependant, il est important de noter que cela ne signifie pas que tous vivent des troubles actifs au même niveau, mais plutôt qu’une partie des systèmes atteint plus une stabilisation qu’une guérison. Le rétablissement peut être long et progressif.
Pour finir l’enquête, nous vous avons posé 4 questions libres, afin que vous puissiez exprimer ce qui, peut-être, n’avait pas été exploré dans le reste de l’enquête.
Finissons donc par lire vos messages !

QUESTIONS LIBRES
Notre première question vous demandait ce qui serait, selon vous, une prise en charge adaptée aux personnes multiples avec un/des TCA.
Témoignages :
Un système anonyme propose une « Thérapie effectuée par des soignants formés à ces problématiques dans leur intégralité (thérapie intégrative) et/ou équipe pluridisciplinaire »
Un autre précise : « Une thérapie avec un.e professionnel.le safe pour les multiples, une approche avec les alters concernés. » Un troisième système complète : « Il faut réussir à prendre en compte le global, si le corps a des TCA, mais aussi l’individuel, si différents alters ont différents rapport aux TCA, d’autant plus si des traumas y sont associés. »
Quelqu’un.e suggère : « Les différents professionnels de santé doivent être en lien et communiquer de l’évolution de leurs prises en charges respectives. »
Un autre système appuie sur l’importance de « Comprendre que « mettre en place des routines alimentaires saines » n’est pas trop possible, il faut être plus adaptable que ça ^^ comme pour tout avec la multiplicité, je pense que la prise en charge doit être globale (déclencheurs, CPTSD, …), en attendant peut-être essayer la mise en place de comportements de substitution si le TCA est dangereux ; et SURTOUT éviter la culpabilisation et la honte (cycle of shame du CPTSD) »
Mais aussi : « De l’écoute. De la patience. Résoudre non seulement les problèmes d’alimentation mais aussi ce qu’il y a derrière. Parce que l’addiction à maigrir, à sauter des repas, ne vient pas de nulle part et répond à des souffrances. » (système anonyme)
Un autre précise : « Il faut un travail de fond sur les traumas (sexuels, harcellement…) qui sont responsables des TCA. Traiter les TCA sans prendre les prendre en compte serait incomplet et instable sur le long terme. »
Et puis, comme le dit cet autre système : « Arriver à communiquer avec les alters concernés (et dans notre cas, ça implique, d’accepter qu’elles ne veulent pas être « guéries ») »
Vi aimerait que l’on donne : « Des moyens d’aider soi-même les alters qui ont des tca. ça permet de les aider dans l’inner aussi. Et puis, dans un système avec autant de gens que chez nous, les professionnels ne peuvent pas aider tout le monde. »
Le système Ange propose : « Un professionnel qui sait déconstruire la programmation sur ce sujet et également détruire les images du « corps idéal » qui est souvent malade. »
On voit qu’il y a de nombreuses propositions, que ce soit d’un.e professionnel.le unique, ou d’une équipe pluridisciplinaire et toute une qualité de vie, comme le dit ce système :
« Une prise en charge en hôpital de jour avec un suivi personnalisé TCA. Il faudrait un.e psy spécialiste du trauma, sPTC, TDI etc. et TCA, un diète avec pratique sportive, et arts thérapies, musicothérapie, écriture…
Je pratique le sonmudo, art martial coréen de mon côté. Ça m’aide beaucoup. Même si je n’arrive pas à retenir les enchaînements. Et que des fois, les alters frontent. Faire parler et bouger le corps pour calmer l’intérieur. »
Un autre système propose : « La construction de menus avec des plats faisant plaisir à tous les alters avec un professionnel de santé. »
Un système pense à : « Un jeu de société qui apprendrait la nutrition, et servirait de support pour suivre quand date le dernier repas, avoir des idées repas en fonction de l’énergie disponible, et rappellerai de boire régulièrement. Sinon, des alarmes pour les temps de repas. »
La Joyeuse Troupe (@lajoyeusetroupe_system) aimerait : « Un suivi gratuit plus fréquent, surtout dans les zones rurales. Une ligne d’écoute 24h/24, lorsqu’on cogite trop pour dormir. Quitte à enrôler des québécois pour travailler la nuit (leur jour à eux). »

On vous a aussi demandé :
S’il y avait une chose essentielle que vous aimeriez que les professionnel·les de santé comprennent à propos des TCA chez les personnes multiples, quelle serait-elle ?
Un système exprime : « Le syndrome de pica n’est pas de « l’inconscience » ou « une recherche d’attention ». Dans notre cas il est lié en parti a notre autisme et en autre partie au ramcoa » (à la programmation).
Blue Sky (@system_blue_sky) aimerait que les soignant.es comprennent que les TCA chez les personnes multiples : « C’est fluctuant et chacun n’est pas atteint à la même intensité ni du même trouble s’il y en a plusieurs. »
La Joyeuse Troupe (@lajoyeusetroupe_system) complète : « Que chaque alter est unique dans sa façon de vivre un trouble, même un trouble commun. Que chaque alter doit pouvoir donner sa voix, s’il le souhaite, afin de comprendre le TCA dans sa globalité. Qu’on a besoin d’être suivis plus fréquemment que 2 fois par mois quand on est multiple – ou alors avoir un lieu sain où se confier, sain et avec des psys. En ligne et dispo à l’écrit. »
Vi aimerait que les pros de santé gagnent en nuance et en justesse : « Ce n’est pas parce que ce n’est pas en permanence que ça ne nous impacte pas. »
Le système Naërya ajoute : « Les TCA n’ont rien à voir avec la corpulence des gens. On peut être mince voire maigre et être hyperphagique sans compensation. On peut être obèse et anorexique. Les TCA et la façon dont le corps gère les calories, c’est quelque chose de complètement indépendant et il serait temps que le corps médical comprenne ça. »
Un système anonyme rappelle : « Que « je » ne me contrôle pas, et que personne ne peut se contrôler. Ce n’est pas une question de volonté. »
Et puis il faudra que les soignants aient conscience de : « La difficulté de se sentir  »forcé » de manger par d’autres alters avec la culpabilisation de n’avoir pas réussi à lutter. » (système anonyme)
Un autre système parle de la grossophobie de notre société : « La honte est terrible parfois, ça fait hésiter d’en parler parce que la société encourage la minceur de toute façon. »
Un système souligne qu’on a besoin : « De calme, de douceur et d’empathie. La compassion est primordiale ! »
Et on est bien d’accord !
Question suivante ?
Qu’est-ce qui vous a aidé, même partiellement, dans votre parcours ?
Florilège de réponses de systèmes anonymes :
« La reconnaissance de mes troubles »
« Sortir des milieux anxiogènes »
« Des espaces de non jugements où les gens disent juste : je te soutiens, tu vas t’en sortir. »
« Être écouté sans jugement. Qu’on s’adapte à mon rythme de progression »
« Ça m’a aidé que ce ne soit pas le sujet au centre de l’attention, qu’on ne me parle pas que de ça, qu’on ne me force pas, qu’on me permette de gérer et de faire mes choix à ce propos sans me forcer la main. »

« Faire une fiche avec les aliments qui passe plus ou moins bien selon les alters. »
« Me renseigner sur les différents tca qui existent m’a également permis de pouvoir nommer et ça m’a aidé à accepter ou du moins voir que j’étais aussi concerné alors que je ne pensais pas l’être malgré les crises et la honte et la culpabilité que je ressentais sans pouvoir dire d’où elles venaient. »
« Témoignages, livres écrit par des concerné-es qui sont guéries, sophrologie, psycho éducation »
« M’exposer à du contenu d’acceptation de son corps et de son poids et de lutte contre la grossophobie, tester petit à petit de nouveaux aliments volontairement et de manière safe pour moi, apprendre à ne pas me flageller pour mes difficultés, en parler avec d’autres personnes aux vécus similaires. »
« La pratique régulière de sport : sonmudo, boxe thérapie, randonnée en groupe ou seul, étirement, sophrologie beaucoup. Faire travailler le corps pour le sentir et éviter de partir et garder le contrôle. »
« Le lâcher prise vis à vis du goût. Voir la cuisine comme un jeu d’exploration des saveurs m’a redonné goût en mes repas. »
« Que le corps qu’on pense trop gros ou trop maigre, etc.. peut-être aimé par d’autres sincèrement. Manger presque systématiquement les même 2/3 plats qui font du bien en augmentant un peu les quantités petit a petit, ce qui rassure et aide a de nouveau aimer manger et avoir envie de manger »
« « Ni ton poids et ni le fait que tu avais le ventre plat sera écrit sur ta tombe. »
« La seule voix qui veut te tuer c’est celle des TCAs. »
« Un entourage SAIN qui t’entends parler et pleurer à propos de nourriture tout le temps et qui t’écoute, te console et ESSAIE de comprendre au maximum (et te ramène ta safe food à l’hôpital en cachette pour te faire plaisir :)) »
« Le fait de nous laisser du temps. Ne pas nous forcer, ou nous mettre la pression en boucle comme s’il nous suffisait d’essayer pour qu’en un coup de baguette magique tous nos problèmes s’envolent. Le fait de pouvoir essayer dans notre coin sans attente de qui que ce soit. »
« Notre copain qui nous fait des rappels au cas où on oublie mais sans nous forcer. La thérapie ACT aide aussi pour travailler sur les valeurs et les comportements. » Shadow
« La prise en charge conjointe psy et diététicienne. Et aussi d’avoir bosser sur certains traumas qui a première vue n’avait rien à voir mais qui ont débloqué des choses. » Blue Sky (@system_blue_sky)
« Que mes proches (ma mère) arrêtent de me faire culpabiliser sur ce que je mangeais, et essayaient plutôt de m’accompagner à me réguler et à trouver des solutions pour ça » Ange
« Nos littles. Ils sont toujours là pour remonter le moral et nous forcer à manger des bonbons haha ! Même si parfois c’est notre seul repas de la journée, ils veillent à ce qu’on le mange. » Système Chaos
« Trouver un travail que j’aime > Guérir de la dépression > Faire du sport de façon sérieuse et accompagnée » Moon (@moon._.echo)
Parfois, ce qui aide est inattendu, comme le relate Havaa :
« La grossesse mdrr »

On arrive au bout de cette enquête ! Nous vous avons laissé la possibilité d’ajouter quelque chose que le questionnaire n’a pas abordé et qui vous semble important.

James mentionne « L’impact social des TCA. » Et c’est vrai qu’on aurait pu creuser aussi cela ! Peut-être dans une future enquête !
Un système anonyme dit : « Une section vis à vis des temps de repas. Genre, manger vite, ou manger lentement, selon les alters… Et on n’a pas parlé non plus des compromis à faire entre les alters carnivores anémiés et les alters végétariens ! Là aussi ça complique les repas… » C’est une bonne idée également !
Shadow parle des hospitalisations : « Au niveau des hospitalisations si y’en a eu, si les TCA ont bien été pris en compte ou non (ça n’a pas été notre cas). »
Ange suggère : « Peut-être parler du regret après avoir mangé ? Et surtout des émotions que l’on peut ressentir face à la nourriture et notre corps et puis plus largement ce que nous fait ressentir nos TCAs. »
Le système du Plexus Interne explique : « La dermophagie (pouvant potentiellement être considéré comme une forme de TCA ou un cousin du Pica) peut aussi beaucoup impacter les personnes anxieuses et souffrant de troubles de l’anxiété (généralisé ou social). Il est important de ne pas ignorer ce comportement car cela peut apporter des problèmes d’infection et de maladie ! Même si vous avez fait ça toute votre vie et que cela vous semble être un détail mineur, c’est un coping mechanism qui finira par vous portez préjudice alors n’hésitez pas à en parler et a demandé de l’aide pour vous en débarrasser, car dans certains cas comme le nôtre cela peut relever de l’addiction ! »
Comme vous voyez, il reste encore tellement de choses à explorer sur le sujet ! On espère que des chercheureuses se pencheront sur le sujet de la multiplicité couplée aux TCA (et aux addictions de manière générale). On rappelle encore une fois que nos enquêtes ne sont pas de réelles études scientifiques. Nous faisons cela en dilettante, parce que nous aimons nous poser et vous poser des questions, et compiler les réponses pour voir si des généralités s’en dégagent. 😊
Le système Chaos exprime : « J’aimerais souhaiter un bon courage pour toutes les personnes qui sont atteintes de TCA, vous êtes incroyable, même si ça semble impossible essayer de garder espoir et de chercher de l’aide, c’est important d’être accompagné par des proches lors de moment difficiles. »
Et on est bien d’accord avec Chaos.

CONCLUSION
Tout d’abord, merci d’avoir suivi toute cette enquête jusqu’au bout, et merci aux 131 systèmes qui ont pris le temps d’y répondre !
Avant de conclure, il est important de rappeler ce que montre — et ne montre pas — cette enquête.
Cette enquête repose sur des réponses auto-rapportées, recueillies au sein d’une communauté où la multiplicité est déjà discutée et conceptualisée. Elle ne prétend donc pas représenter l’ensemble des systèmes, ni établir des relations de cause à effet.
Mais ces données ont tout de même une valeur importante : elles permettent de documenter un vécu encore très peu étudié et de faire émerger des pistes de réflexion.
Ce qui apparaît dans les réponses, c’est un profil assez cohérent : beaucoup de systèmes décrivent une combinaison de facteurs comme des particularités neurodéveloppementales, des expériences traumatiques précoces, de la dissociation et des difficultés de régulation émotionnelle ou corporelle.
Quand on met tous ces résultats ensemble, on voit apparaître un parcours possible : un trouble qui commence tôt, qui sert d’outil de régulation, et qui peut rester longtemps parce qu’il remplit une fonction dans un contexte plus large de trauma, de dissociation et de vulnérabilité neurodéveloppementale.
Dans ce contexte, les troubles alimentaires semblent souvent fonctionner comme des stratégies de régulation.
Cela ne signifie évidemment pas qu’ils sont positifs ou souhaitables. Les TCA restent des troubles psychologiques qui font souffrir les personnes concernées et qui peuvent avoir des conséquences graves sur la santé.
Mais les témoignages suggèrent qu’ils peuvent parfois remplir certaines fonctions : anesthésier des émotions trop intenses, reprendre un sentiment de contrôle, calmer une surcharge sensorielle, ou encore contenir un chaos interne.
Autrement dit, dans cet échantillon, les troubles alimentaires apparaissent rarement comme des phénomènes purement alimentaires. Ils s’inscrivent plutôt dans des dynamiques plus larges de régulation émotionnelle, corporelle et dissociative.
Un autre point intéressant concerne la relation entre multiplicité et troubles alimentaires :
Les données de cette enquête ne suggèrent pas que la multiplicité serait la cause des TCA. Elles indiquent plutôt que ces deux phénomènes pourraient émerger d’un même terrain développemental : un mélange de vulnérabilités neurodéveloppementales, d’insécurité corporelle et parfois d’exposition traumatique.
Dans cette perspective, multiplicité, troubles alimentaires, addictions ou troubles anxieux ne seraient pas forcément en relation de cause à effet directe. Ils pourraient être différentes expressions d’un même contexte adaptatif.
Il est également frappant de constater à quel point les troubles alimentaires apparaissent précocement dans cet échantillon. Dans de nombreux cas, les premiers symptômes surviennent avant l’adolescence, parfois dès l’enfance.
Cette précocité pourrait jouer un rôle dans la chronicité observée : plus un trouble s’installe tôt, plus il peut devenir un mode de régulation durable.
Un autre résultat important concerne la manière dont ces troubles sont vécus dans les systèmes multiples.
Dans la littérature classique sur les troubles alimentaires, on suppose généralement que le symptôme appartient à une personne unifiée.
Or, dans les témoignages recueillis ici, les TCA peuvent parfois être distribués au sein du système : certains alters peuvent y être plus directement confrontés, d’autres moins, et cela peut générer des dynamiques internes complexes, parfois conflictuelles.
Dans certains cas, le trouble semble même fonctionner comme une sorte de module de régulation partagé, qui influence l’ensemble du système, même lorsque tous les alters ne sont pas concernés de la même manière.
Ces observations restent bien sûr exploratoires, mais elles rejoignent certaines recherches qui ont déjà souligné les liens possibles entre trauma, dissociation et troubles alimentaires.
Enfin, les résultats de cette enquête soulèvent aussi une question importante concernant l’accès aux soins.
Plusieurs réponses suggèrent que les troubles alimentaires peuvent rester longtemps sans accompagnement spécialisé, ou être abordés indirectement dans des suivis pour d’autres problématiques. Dans certains cas, ils ne sont même jamais évoqués.
Cela peut contribuer à expliquer la chronicité élevée observée dans les réponses, ainsi que les conflits internes ou l’abandon de certains suivis médicaux.
Ces résultats rappellent à quel point il est important de développer des approches thérapeutiques capables de prendre en compte la complexité des parcours, notamment lorsque des dynamiques dissociatives sont présentes.
Cette enquête ne fournit donc pas des réponses définitives.
Mais elle met en lumière quelque chose d’important : lorsque les personnes concernées disposent d’un espace pour décrire précisément leur expérience, elles produisent des données riches, nuancées et parfois très différentes des modèles classiques.
Et peut-être que ces données peuvent aussi encourager de futures recherches, pour mieux comprendre les interactions entre trauma, dissociation, neurodiversité et troubles alimentaires.
Peut-être que ces données nous rappellent quelque chose d’essentiel : les troubles alimentaires ne parlent pas seulement de nourriture. Ils parlent souvent de régulation, de sécurité… et de survie.
Merci aux systèmes qui ont partagé leurs expériences en répondant à notre enquête. Ce que vous avez transmis ici est précieux.
Encore une fois, nous avons essayé de citer un maximum de systèmes, mais il est possible que nous n’ayons pas pu toustes vous inclure dans la vidéo. Si c’est le cas, nous vous prions de nous en excuser.
Merci à celleux qui nous soutiennent au quotidien, en interne comme en externe. On vous aime !
Merci à vous qui venez de regarder cette vidéo, que vous soyez concerné.es ou allié.es. N’hésitez pas à poser vos questions, à exprimer votre avis en commentaire.
La vidéo est disponible en replay sur la chaîne Kaléidoscope – Epsi et Kara. Si elle vous a appris quelque chose, partagez-là auprès de vos proches, sur vos réseaux, etc. Il y a certainement quelqu’un.e pour qui cette vidéo sera utile.
Si vous souhaitez participer à notre prochaine enquête, abonnez-vous à notre compte @etresmultiples sur les réseaux sociaux. On y partage aussi des statistiques issues des enquêtes, des témoignages, et plein d’autres choses.
On se dit qu’on pourrait faire une enquête permanente, avec plein de sujets et de thèmes, et qui resterait ouverte tout le temps, pour qu’un maximum de systèmes puissent y répondre. À voir !

En attendant, merci d’être resté.es jusqu’à la fin et à bientôt !

Intervention proposée par: