« Quelle proportion des systèmes ont des TCA ? Les systèmes qui ont des TCA ont-ils aussi des addictions ? Quelle est la part de systèmes qui n’ont ni addictions, ni TCA ? Depuis combien de temps, en moyenne, les personnes souffrant d’une addiction ou d’un TCA en souffrent-elles ? « 

Avertissements de contenu:

Troubles alimentaires et addictions, santé mentale (traumatismes, harcèlement, dissociation, anxiété, dépression, etc.), corps et image corporelle (grossophobie, dysmorphophobie, etc.), violence médicale, trauma familial, sexuel, etc.

Transcription:

Bonjour tout le monde ! On se retrouve pour une nouvelle vidéo basée sur une de nos enquêtes.
Cela faisait un long moment que l’on souhaitait faire une enquête sur les Troubles du Comportement Alimentaire, et cette édition de Kaléidoscope sur les troubles associés et symptômes physiques/somatoformes est l’occasion rêvée d’investiguer !
Pour celleux qui ne nous connaissent pas, nous sommes le système Atoll et nous proposons des enquêtes auprès de la communauté multiple, dont nous partageons les résultats et une modeste analyse des données dans des vidéos lors des éditions de Kaléidoscope.
Notre but est de permettre à chacun.e de partager son vécu, sa réalité de personne multiple, et de voir les tendances, les dominances statistiques dans la communauté de celleux qui sont + d’un.e dans leur tête.
N’hésitez pas à aller voir nos anciennes vidéos sur la communication entre alters, sur les littles, les relations intra-systèmes ou encore le genre et la multiplicité. Elles sont toutes sur la chaîne Youtube de Kalé.
Vous pouvez aussi nous suivre sur Insta, sous le nom @êtresmultiples, où nous partageons des statistiques, des témoignages, des memes, et le lancement des nouvelles enquêtes. Cependant, nous sommes assez irrégulier.es dans la tenue de notre compte : parfois nous postons beaucoup, et parfois nous disparaissons pendant des mois (ce qu’on a fait dernièrement, d’ailleurs).
Mais nous revoilà ! Pour le moment ! Enfin on sait pas ! Bref !
Alors, les TCA, fréquents ou pas parmi les personnes multiples ? Et les comportements addictifs de manière générale ?
D’ailleurs, vous vous demandez peut-être pourquoi notre enquête s’intéresse aux TCA et aux addictions. C’est un parti pris de notre part, assumé, car nous considérons que les troubles du comportement alimentaire ont énormément de similitudes avec les comportements addictifs, de par leur construction, leur fonctionnement, leur utilité, leurs conséquences, etc.
Du coup, l’enquête comporte quelques questions sur les addictions, avant de creuser plus amplement les TCA, car c’est le sujet qui nous intéresse spécifiquement : nous sommes concernées.
Nous nous sommes posés – et nous vous avons posé – de nombreuses questions sur tout cela.
Les systèmes qui ont des TCA ont-ils aussi des addictions ? Quelle est la part de systèmes qui n’ont ni addictions, ni TCA ?
Depuis combien de temps, en moyenne, les personnes souffrant d’une addiction ou d’un TCA en souffrent-elles ? Il y a-t-il des personnes « guéries » de leurs troubles ? Il y a-t-il des différences entre les systèmes programmés et non-programmés par rapport aux TCA et aux addictions ? Quels sont les troubles alimentaires les plus fréquents parmi les personnes multiples ? De manière générale, est-ce une partie du système ou son intégralité qui est concernée par un trouble alimentaire ? Est-ce que des alters peuvent avoir des TCA différents ? Ce ou ces troubles sont-ils reliés à une période, un évènement identifiés par le système ? Et puis, comment la multiplicité influe sur le trouble alimentaire, et inversement ? Qui contrôle, qui subit ? Il y a-t-il des conflits au sein des systèmes à cause des TCA ? Et quelles sont les répercussions de ces troubles sur les systèmes concernés ?
Voilà quelques-unes des questions que nous allons explorer ensemble, en nous basant sur vos participations.
Cependant, nous ne pourrons pas tout voir aujourd’hui, car la vidéo serait trop longue. Nous avons donc fait le choix de découper notre vidéo en 2 : une partie aujourd’hui, et l’autre au prochain Kalé, en juillet. Vous allez voir, on a déjà largement à faire avec la première partie !

Nous espérons que vous êtes bien installé.es, que vous avez à boire, et que vous vous sentez bien !
Merci d’être présent.es aujourd’hui, merci à Epsi et Kara pour cet espace et tout leur travail, et merci aux autres créateurices de vidéos Kalé !
Nous tenons évidemment à adresser un immense merci aux 131 systèmes qui ont répondu à l’enquête !
On peut espérer que les statistiques seront d’autant plus fiables que la participation a été élevée, même si, on le rappelle, nos questionnaires ne sont pas de réelles études scientifiques ! Il ne s’agit pas ici de tirer des vérités générales sur la multiplicité et les personnes multiples, mais simplement de donner un aperçu partiel de tendances qui pourraient se vérifier ou pas dans une étude scientifique plus large.
Enfin, je précise que la seule chose objective dans cette vidéo sont les chiffres en eux-mêmes. Nous proposons une analyse, des hypothèses et de potentielles réponses, mais tout cela n’est que notre lecture des résultats de l’enquête.

Cette vidéo peut aborder des sujets triggers. Nous allons les lister dans un instant. Cependant, vous vous doutez que nous ne pouvons pas anticiper tous les triggers potentiels. Dans tous les cas, prenez soin de vous !
Voilà une liste non exhaustive des triggers potentiels de cette vidéo :
Évidemment, on va parler des troubles alimentaires et des addictions, mais aussi de santé mentale (traumatismes, harcèlement, dissociation, anxiété, dépression, etc.), de corps et d’image corporelle (grossophobie, dysmorphophobie, etc.), de violence médicale, de trauma familial, sexuel, etc.
Dans les statistiques les sujets triggers seront peu développés. Dans les témoignages, cela l’est parfois un peu plus.
Si ces sujets sont difficiles pour vous, prenez soin de vous et n’hésitez pas à faire des pauses pendant le visionnage.

C’est parti !

DONNÉES GÉNÉRALES
Si vous suivez nos vidéos, vous savez que l’on commence toujours par des statistiques générales, pour situer plus précisément les chiffres et témoignages à venir.
Alors, dans quel trouble dissociatif ou définition de la multiplicité se retrouvent les personnes qui ont répondu à l’enquête ?

Nous trouvons donc parmi les systèmes répondants 51,5% de TDI, et 25,4% de plurals. Ces définitions couvrent 76,9% des répondant.es, mais il y a aussi d’autres expériences de la multiplicité : 6,2% de TDI partiel, 6,9% d’ATDS, et 3,1% d’autres définitions.
Nous vous demandons aussi systématiquement combien d’alters composent votre système.

Et on retrouve des résultats très similaires à la dernière enquête : le nombre d’alters est très variable suivant les systèmes, et aucun nombre ne représente une norme significativement majoritaire, même s’il y a une légère prévalence des systèmes polyfragmentés (de + de 100 alters) et des systèmes ayant + de 30 alters.
Ensuite, et seulement lorsque la question nous semble utile pour le sujet de l’enquête, nous vous demandons si vous êtes un système programmé ou non.

On obtient des statistiques proches de celles obtenues l’année dernière dans l’enquête sur les relations intra-systèmes. On constate qu’environ 1 système sur 10 est programmé, et 2 sur 10 ne savent pas s’ils le sont ou non. Dans la majorité des cas (presque 7 systèmes sur 10), les systèmes répondants sont certains de n’avoir pas subi de programmation délibérée par un.e ou plusieurs abuseureuses extérieur.es au corps.
Lorsque nous avons commencé à concevoir le questionnaire de l’enquête, nous nous sommes dit que nous ne pouvions par faire l’impasse sur les autres troubles associés à la multiplicité, qu’ils soient mentaux, neurologiques, physiques, etc.
Mais comment faire une liste la plus exhaustive possible sans rendre le formulaire indigeste ?
Nous sommes alors parti.es, de façon arbitraire, des troubles associés que nous avons constaté au sein des communautés multiples en ligne et parmi les personnes multiples qui partagent publiquement leur expérience de vie. Pour vous permettre d’ajouter un trouble encore invisibilisé, nous avons ajouté un espace de commentaire libre.
Alors, quel est le trouble associé à la multiplicité qui décroche le pompon ?
Roulements de tambour….

La première place est tenue par les troubles anxieux ! Qu’il s’agisse d’un trouble anxieux généralisé, de phobies, d’anxiété sociale, etc., c’est la condition mentale la plus fréquente parmi les systèmes répondants (76,2%, soit les ¾ !)
Les personnes multiples sont anxieuses ? Quelle grande surprise ! ^^

Ensuite, on trouve l’autisme, avec 67,7% des répondant.es. Vous êtes étonné.es ? Nous pas du tout ! Mais on est concerné.es. Cependant, n’oubliez pas qu’il faut toujours prendre les statistiques avec des pincettes, car les échantillons de population sont petits dans nos enquêtes, et qu’il y a forcément des biais. En effet, les communautés qui accèdent à nos enquêtes sont soit abonnées à notre compte, soit abonnées aux comptes qui ont partagé l’enquête, souvent animés par des personnes multiples autistes.
Il nous semble peu probable que presque 7 personnes multiples sur 10 soient autistes, même si on veut bien croire à une forte proportion. Nous serions très désireux de voir se faire une étude scientifique sur ce sujet, car pour une partie de la communauté multiple et pour de plus en plus de personnes du corps médical, il semble évident qu’il y a une surreprésentation des autistes parmi les multiples. On ne va pas développer ici, mais pour expliquer de façon concise, les personnes autistes évoluent dès la naissance dans une société inadaptée à leurs besoins et dans laquelle de nombreuses violences presqu’invisibles aux non-autistes vont créer des traumas, par répétition (surcharges sensorielles, émotionnelles, difficultés de communication avec les allistes (les non-autistes), etc.). Il n’est pas forcément nécessaire de vivre des situations définies comme traumatiques par les allistes ; comme des violences, du harcèlement, etc. pour développer un traumatisme. On pourrait donc faire l’hypothèse que les personnes autistes sont plus sujettes à la multiplicité traumatique que les allistes. Et de même pour les autres conditions neuropsy, comme le TDA/H, qui représente 55,4% des répondant.es à l’enquête.
Concer nant cette enquête précisément, n’oublions pas qu’elle est réalisée sur internet, via des communautés de personnes multiples. Peut-être aussi que les communautés multiples en ligne ont une forte proportion de personnes neuroatypiques, car ce mode d’échange et de socialisation est plus confortable pour elles.
Le trouble associé suivant est justement le C-PTSD, avec 61,5% des systèmes répondants. Et pour celleux qui se demandent pourquoi ce n’est pas 100%, rappelez-vous qu’il existe des multiplicités non-traumatiques, et aussi simplement des systèmes traumagènes qui n’utilisent pas le terme de C-PTSD pour définir leur réalité.
Tant qu’on est sur le sujet, on remarque aussi qu’un peu + d’un système sur 3 a un PTSD (31,3%), c’est-à-dire un Trouble de stress post-traumatique non complexe (lié à un évènement unique ou une période, au contraire du C-PTSD qui s’ancre dans la durée et la répétition). Il est d’ailleurs tout à fait possible de cumuler un C-PTSD avec un ou plusieurs PTSD.
Un autre trouble très présent est la dépression, avec 60,8% des systèmes répondant.es qui sont concernés. Nous n’avons pas investigué plus amplement, par exemple pour savoir si tout ou partie du système est concerné, mais ce sera peut-être l’objet d’une future enquête.
Les troubles suivants concernent moins d’un système sur deux :
On voit que les troubles du sommeil sont rapportés par 43,8% des systèmes. 36,2% ont un trouble de la personnalité borderline et 23,1% des TOCs (Trouble obsessionnel compulsif). Les troubles bipolaires et la cyclothimie sont représentés par 13,1% des répondant.es à l’enquête, et on note 3,8% de systèmes ayant un trouble de la personnalité schizoïde, et 2,3% de systèmes schizophrènes. Pour finir, on constate 1,5% d’épileptiques.
Du côté des troubles physiques, inflammatoires, chroniques, on trouve 14,6% d’endométriose/adénomyose, 12,3% de syndrome prémenstruel (SPM) ou trouble dysphorique prémenstruel (TDPM), 10% de syndrome d’Ehlers Danlos (SED) ou syndrome d’hypermobilité (HSD), 6,9% de fibromyalgie et 16,9% d’autres maladies chroniques.

Avant d’explorer les commentaires libres, notons que 3,1% des systèmes ayant répondu à l’enquête déclarent n’avoir aucun trouble associé en dehors de la multiplicité, de potentiels TCA et de potentielles addictions.
Parmi vos témoignages, on retrouve des mentions d’autres troubles de la personnalité (antisociale, paranoïaque, narcissique, histrionique, obsessionnelle compulsive…), du syndrome de Gilles de la Tourette, des troubles dys, etc.
Parmi les troubles et maladies physiques, on trouve le POTS (syndrome tachycardique orthostatique posturale), les exostoses (maladie osseuse d’origine génétique), le psoriasis, le TNF (trouble neurologique fonctionnel), le syndrome de Raynaud, le Covid long, l’encéphalomyélite myalgique, les migraines chroniques, le diabète, la drépanocytose, la maladie de Basedow et autres maladie auto-immunes, etc.
Qu’est-ce que tout cela nous dit ?
Déjà, qu’en moyenne un système déclare être concerné par 7 troubles, en plus de la multiplicité. D’ailleurs, la moyenne et la médiane sont très proches, ce qui indique que la poly-comorbidité élevée n’est pas tirée artificiellement vers le haut par quelques cas extrêmes. Même si bien sur, il y en a.
Presque une personne sur 2 déclare 8 troubles ou plus. Un système déclare en moyenne 4 troubles psy (en + de la multiplicité). Et on note aussi un trouble somatique tous les 1,5 répondants.
On a fait le choix de séparer PTSD et C-PTSD, mais même en les regroupant, cela ne change pas sensiblement la moyenne et la médiane.
Ce qui frappe n’est pas la présence d’un trouble spécifique, mais l’accumulation.
Bien sûr, on parle de corrélation, pas de causalité : ces chiffres ne disent pas que la multiplicité cause ces troubles, ni que toutes les personnes multiples ont ce profil, mais simplement que les systèmes engagés dans cette enquête présentent une charge comorbide importante et cumulative.
Cela fait déjà beaucoup d’infos, hein ? Et nous n’avons pas encore réellement abordés les résultats de l’enquête. On y va ?
DONNEES GENERALES SUR LES ADDICTIONS ET LES TCA

Penchons-nous d’abord assez rapidement sur les addictions !
Nous vous avons demandé si vous avez ou avez eu une addiction, c’est-à-dire une dépendance à une substance ou une activité avec des conséquences délétères (drogues, jeux de hasard et d’argent, jeux vidéos, etc.), que cela concerne l’entièreté du système ou une partie/un.e alter. Nous avons précisé que la question ne parle pas des TCA.

Près des ¾ des systèmes répondants ont indiqué que oui (73,1%) tandis que 21,5% ont déclaré n’avoir jamais eu d’addiction.
Quelles sont les addictions les plus fréquentes parmi les personnes multiples addicts ?
Avant de vous montrer les réponses à cette question, notez bien que l’on parle ici d’addictions, de dépendance, pas simplement de l’utilisation récréative de substances ou autres.
Nous avons fait le choix de mettre en réponses possibles les addictions reconnues, mais aussi les conduites addictives, c’est-à-dire des substances ou des activités qui peuvent entrer dans le grand spectre de la dépendance.

On note que la dépendance la plus fréquente parmi les systèmes ayant répondu à l’enquête n’est pas une substance, c’est internet et les réseaux sociaux, avec 36,2% des systèmes qui sont concernés. Pour de nombreux systèmes, internet semble fonctionner comme un régulateur émotionnel externe : il permet de moduler l’activation interne, de mettre à distance certaines émotions ou certains états dissociatifs, et d’obtenir une stimulation contrôlée sans exposition corporelle directe. Bien sûr, l’enquête étant faite par internet, il y a surement un biais de sélection ici.
Ensuite, on trouve les drogues légales : tabac (31,5%), alcool (26,9%) et caféine (café, coca, thé, boissons énergisantes…) (26.2%).
Le tabac est souvent utilisé comme outil de régulation de l’anxiété, l’alcool comme anesthésie émotionnelle et la caféine est notamment reconnue comme une auto-médication pour le TDA/H. Tout ça colle fort au profil neuroatypie + trauma vu plus haut.
Toutes les réponses suivantes concernent moins d’un système sur 4 :
Le sexe (23,1%), les achats compulsifs (19,2%), les jeux vidéos (16,9%), les médicaments (15,4%), le cannabis (13,1%).
Le sexe, les achats compulsifs et les jeux vidéos ont pour point commun de permettre une régulation émotionnelle immédiate et un accès rapide à la dopamine (ça évoque + de la dysrégulation impulsive qu’un profil purement toxico).
Le cannabis, lui, sert plutôt le côté « couper l’hypervigilance, les surcharges » ou accentuer la dissociation. Quant aux médicaments, la catégorie est trop large pour qu’on puisse entrer dans le détail, mais notez qu’une partie des dépendances médicamenteuses est liée à la prescription et au manque d’alternatives.
Dans les réponses qui concernent moins d’un système sur 20, on trouve le sport (3,8%), les amphétamines et dérivés de synthèses (MDMA, ectazy, speed…) ( 3,1%). 1,5% des systèmes sont dépendants aux opiacés (héroïne, morphine), à la cocaïne ou aux jeux d’argent et de hasard. Et 1 système au protoxyde d’azote.
Un peu plus d’un système sur 5 déclare n’avoir aucune addiction.
Dans la zone de commentaire libre liée à cette question, vous avez été 9 systèmes à mentionner la scarification, et surement plus encore à être concerné.es. On avait oublié de mettre cette pratique dans la liste de réponses possibles, alors que c’était pourtant obvious en terme de fonctionnement addictif ! La scarification permet une auto-régulation par la douleur, ce qui est cohérent avec ce qu’on a déjà vu.
Pour résumer, on note qu’il y a une dominance des addictions comportementales et légales, peu de drogues dures, et une probable fonction régulatrice des addictions.

Un système parle dans son commentaire de dépendance affective, et même si cela ne rentre pas exactement dans le sujet de l’enquête, on a trouvé cela intéressant. On pourrait surement faire une enquête sur les profils d’attachements (dépendant, évitant, etc…) et les corrélations seraient surement passionnantes ! Mais voilà, la vie, le temps disponible, les cuillères limitées, le bénévolat, tout ça tout ça !
Il nous semblait important que les réponses à l’enquête ne s’inscrivent pas uniquement dans le moment auquel vous y répondez, et c’est pourquoi nous avons élargi les questions au présent et au passé. Vous pouvez avoir une addiction ou un TCA, ou en avoir eu et être en rémission ou guérison. Se centrer sur la proportion de systèmes concernés à l’instant T nous semblait trop étroit pour une bonne compréhension générale.
Nous avons alors demandé : « Avez-vous toujours, à ce jour, une/des addictions ? »

On note qu’un peu moins d’un système sur 5 (18,5%) n’a jamais eu d’addiction. L’addiction n’est pas un passage obligé !
Plus de la moitié des systèmes déclarent au moins une addiction ou comportement addictif au moment de leur réponse à l’enquête (54,6%), soit une proportion qui semble plus élevée que dans la population générale (pour l’exemple, 33% des français souffrent d’au moins 1 addiction parmi tabac, alcool, cannabis, médicaments et jeux d’argent. ). Toutefois, notez que le seuil de dépendance est auto-évalué dans cette enquête et peut varier suivant les individus, et que les périmètres ne sont pas identiques (l’étude sur les addictions parmi la population française générale n’inclue pas la cyberdépendance, le sexe, les achats compulsifs, le sport, etc…)
Parmi les systèmes qui ont eu une addiction mais n’en ont actuellement plus, on note qu’une partie des systèmes indique avoir connu des addictions par le passé mais ne plus en avoir actuellement. Dans la majorité des cas, l’arrêt est relativement récent : environ 7 % des systèmes disent ne plus avoir d’addiction depuis moins d’un an. Les périodes de rémission plus longues sont moins fréquentes, avec quelques systèmes seulement rapportant un arrêt depuis plusieurs années, et de très rares cas dépassant 10 ou 20 ans.
Tous ces systèmes qui sont sortis de l’addiction représente 16,9% des systèmes ayant répondu à cette question. Parmi les systèmes ayant déjà eu une addiction, environ 1 sur 4 s’en est sorti. On constate que l’addiction est souvent chronique plutôt qu’épisodique.
Et les troubles alimentaires ? On y vient !
Lorsque nous avons partagé l’enquête, nous avons insisté sur le fait que les systèmes n’ayant aucun trouble alimentaire étaient vivement encouragés à répondre à l’enquête également !
Alors, sur les 130 systèmes qui ont répondu, combien ont, ou ont eu, un TCA ?

C’est le cas d’une très forte proportion des répondants, soit 86,9%. Ce n’est pas étonnant, il y a certainement un biais de participations, car il est logique que les personnes concernées ont + tendance à répondre à une enquête que les non-concernées. Mais tout de même, la prévalence d’un TCA sur une vie entière, dans la population générale, tourne autour de 10 à 20%. On est bien au-delà !

On remercie les 11,5% de personnes non-concernées par un TCA qui ont pris le temps d’enregistrer leur participation. Ce chiffre serait surement plus élevé dans une enquête générale sur la multiplicité (et pas multiplicité et TCA). Il nous rappelle que la multiplicité n’implique pas mécaniquement un TCA. Les personnes multiples qui vont « bien » sont peut-être moins visibles, moins engagées dans les communautés en ligne, et moins enclines à répondre à une enquête sur les TCA.
Rentrons dans le vif du sujet.
Quels sont les troubles alimentaires les plus fréquents chez les personnes multiples ?
Avant d’afficher les résultats, un petit point définition rapide !
Voilà les 5 troubles alimentaires que nous avons indiqué dans l’enquête :
L’anorexie, qui se caractérise par une privation de nourriture (on a dit qu’on faisait rapide !)
La boulimie avec comportement compensatoire, qui se manifeste par de grandes prises de nourriture compensées par des vomissements, des laxatifs, du sport intensif, des périodes d’anorexie, etc.
L’hyperphagie, aussi appelée boulimie hyperphagique, dans laquelle les grandes prises de nourriture ne sont pas compensées et entraînent souvent une prise de poids.
Le trouble de la prise alimentaire évitant/restrictif, caractérisé par une limitation de la prise alimentaire (incluant évitement sensoriel, peur d’étouffer, désintérêt alimentaire, etc.). Mais ce trouble ne comprend pas une image corporelle distordue ou une préoccupation concernant l’image corporelle (contrairement à l’anorexie et aux boulimies).
Et l’orthorexie, qui est une obsession de consommer de la nourriture saine et une préoccupation concernant les propriétés des aliments et les ustensiles utilisés lors de la préparation de nourriture. (ce trouble n’est pas reconnu officiellement dans le DSM-5)

On trouve deux troubles alimentaires majoritaires parmi les systèmes ayant répondu à l’enquête : l’anorexie et l’hyperphagie, avec 50% et 47,7% des systèmes concernés. Restriction et perte de contrôle co-existent massivement.
En troisième et quatrième position, quasiment à égalité, on trouve la boulimie avec comportements compensatoires (30,8%), et le trouble de la prise alimentaire évitant/restrictif (30%). Enfin l’orthorexie concerne 1 système sur 10
Les chiffres vous semblent bizarres ? C’est parce que l’on peut être concerné.e par plusieurs troubles alimentaires. 😉
Le taux de trouble de la prise alimentaire évitant/restrictif est très élevé, alors que dans la population générale, il est rare. Mais gardons en tête que dans cette étude, nous avons une majorité de profils neuroatypiques, qui ont souvent comme caractéristiques une forte sélectivité alimentaire, des rigidités, et des atypies sensorielles très fortes.

Dans les commentaires, des systèmes évoquent le PICA, qui est un trouble d’ingestion de substances non comestibles, d’autres parlent de la dysfonction exécutive, de l’absence de faim et de soif, de trouble de l’oralité, de l’ARFID (le nom anglais pour le trouble de la prise alimentaire évitant/ restrictif), etc.
Évidemment, nous avons posé la question « Avez-vous toujours un/des TCA ? »

66,2% des répondant.es ont indiqué que oui. C’est vraiment beaucoup. Même avec un biais massif de participation, on est très au-dessus des prévalences dans la population générale (inférieure à 5% pour les TCA actifs)
Dans les données de cette enquête, on constate que les TCA actifs sont plus fréquents que les addictions actives (54,6%).
Celleux qui ont eu un TCA mais n’en ont plus actuellement représentent 19 systèmes, soit 14,6% des répondant.es. TCA comme addictions ont des proportions de rémissions assez proches (14,6% en rémission TCA ; 16,9% en rémission addiction) et suivent des dynamiques similaires de chronicité, ou co-existent fréquemment.
La majorité des systèmes ayant déclaré un TCA ne parlent pas d’un épisode passé, mais d’un trouble toujours actif.
Mais vous nous connaissez, on ne va pas rester sur des statistiques aussi générales ! On a très envie d’aller creuser dans tout ça ! Vous venez ?
Enfin, vous restez ? Bref, on continue ?
TCA CHEZ LES PERSONNES MULTIPLES : APPROFONDISSEMENT
Nous entrons dans une partie de l’enquête dans laquelle, pour illustrer les données obtenues, nous allons publier des témoignages de systèmes ayant répondu à l’enquête. Ils peuvent être potentiellement trigger. N’oubliez pas de prendre soin de vous !
Et si on commençait par le commencement ?
À quel âge (du corps) vos difficultés alimentaires ont commencé ?

Pour la moitié des répondant.es (51,3%), c’est entre 6 et 14 ans que les premiers symptômes arrivent (27,8% entre 6 et 10 ans, et 23,5% entre 11 et 14 ans). Avant 6 ans, cela concerne 19,1%. Et entre 15 et 18 ans, on trouve 15,7% de concerné.es. Les débuts après 18 ans sont minoritaires (environ 6%) ce qui confirme que les TCA sont majoritairement des troubles d’apparition précoce.
86% des troubles commencent avant 18 ans. Et pour presque 1 système sur 5 concernés, c’est avant 6 ans ! Ce chiffre mérite d’être souligné. Avant 6 ans, on n’est pas encore dans les normes esthétiques sociales internalisées, un idéal de minceur adolescent ou un régime volontaire classique. Les causes probables sont plutôt sensorielles, ou liées à du contrôle parental, au climat familial, à des traumas ou à des dysrégulations développementales.
Voilà quelques témoignages reçus en commentaire de cette question.
Un système anonyme raconte : « Il y avait beaucoup de contrôle autour de la nourriture de la part de notre famille, donc on a commencé a être indépendant dans la manière de se nourrir que lorsqu’on a quitté la maison, vers 18 ans. Les tca ont commencé à ce moment-là. »
La Joyeuse Troupe (@lajoyeusetroupe_system) confie : « On a été un bébé anorexique. Zéro souvenir de cette période, tellement c’était tôt. »
Lostbunny (@lostbunnysys) explique : « Quand j’ai commencé à me souvenir de mes traumatismes vers 14 ou 15 ans, j’ai commencé à beaucoup beaucoup trop manger, sans me faire vomir ou quoi que ce soit et c’était un peu compliqué à gérer. Aujourd’hui, ça va un peu mieux mais on mange toujours des quantités énormes dans le système, que ce soit en intra ou en externe. »
Un système anonyme dont les troubles ont commencé avant 6 ans raconte : « J’avais un petit appétit mais on me forçait à finir mes assiettes coûte que coûte quitte à me séquestrer à table pendant des heures ou à me menacer. »
Un autre système anonyme explique que ses troubles ont commencé avant 10 ans, à cause du harcèlement par une prof.
Un autre système relate « J’avais 11 ans, je me faisais harceler et je pensais qu’on arrêterait de m’embêter si je maigrissais à vue d’œil. Je me faisais vomir sous la douche le soir et j’évitais la nourriture le midi. »
Le système Cosmos raconte que ses préoccupations concernant son poids ont commencées « vers nos 6 ans. Les premières hyperphagies vers nos 7, 8 ans, et les premières phases boulimie/anorexie en alternance vers 13, 14 ans. »
Un système anonyme confie que sa mère lui faisait des réflexions à chaque repas à partir de ses 10 ans, et que « les troubles ont pris de la place une fois que j’ai été seule car j’avais trop peur que ma mère m’enferme en psy si elle savait ».
Merci pour vos témoignages et votre confiance !
Si on croise le type de TCA avec l’âge auquel il débute, on trouve que :
– L’ARFID est très présent dans les débuts très précoces (avant 6 ans : 45,5%). C’est cohérent avec un axe sensoriel/rigidité/intéroceptif lui-même compatible avec un terrain neuroatypique.
– L’hyperphagie débute principalement entre 6 et 10 ans (65,6%). C’est aussi une période où peuvent s’installer ou s’intensifier le harcèlement scolaire, le contrôle familial, et où la nourriture peut apparaître comme un régulateur acces sible.
– L’anorexie reste très élevée à tous les âges (entre 66 et 86%). Ça met en lumière une dimension de restriction et de contrôle fréquente.
Est-ce que l’âge de début des troubles joue dans la chronicité des TCA ?
Oui !
Avant 6 ans : 81,8% actifs, 9,1% rémission
6–10 ans : 90,6% actifs, 6,2% rémission
11–14 ans : 81,5% actifs, 11,1% rémission
15–18 ans : 44,4% actifs, 50,0% rémission
Pour résumer, les systèmes dont les troubles commençent avant l’âge de 14 ans sont 85% à avoir un TCA actif. Tandis que parmi les systèmes dont les TCA ont commencé à 15 ans ou après, 52% seulement ont un TCA actif et 44% sont en rémission.
Plus le début est précoce, plus la chronicité est probable. Un TCA qui commence à 6, 7 ans s’installe avant la construction complète du rapport au corps, devient un mode d’autorégulation primaire, se mêle à la dissociation et peut devenir structurel. Un TCA qui débute à 18, 19 ans intervient sur une structure psychique déjà formée, peut être plus circonstanciel et plus dissociable de l’identité.
Mais tout cela est à regarder à travers le prisme de la multiplicité. D’ailleurs, on vous a demandé qui, dans votre système, était concerné par le/les troubles alimentaires.

On note qu’il est peu fréquent que tout le système soit concerné (11,3%), tandis que le plus souvent, une bonne partie du système subi le TCA (45,2%). Pour 25,2%, c’est une petite partie du système qui vit avec un TCA. Et enfin, il existe des systèmes dans lesquels un.e seul.e alter est concerné (5,2%)
Pour résumer, dans 70,4% des cas, le TCA touche une « bonne » ou « petite » partie du système. Ça va dans le sens de l’hypothèse « le TCA pourrait être une tentative de survie structurante, pas juste un symptôme. »
Dans vos témoignages, on voit que cela peut varier suivant le trouble en question, comme chez ce système qui explique :
« Le PICA concerne tout le système, l’hyperphagie une bonne partie, et l’anorexie concerne un peu moins de la moitié des alters. »
Chez Moon (@moon._.echo) dont seule une petite partie du système est concernée, ce sont « surtout des traumaholders qui vivaient la dépression et qui étaient hôtes pendant les dépressions. »
L’impact des TCA peut aussi varier suivant les alters, comme chez le système Meteora Team qui explique « beaucoup d’alters étaient concernés par les TCA, et certains étaient plus touchés que d’autres. »
Chez la Joyeuse Troupe, on voit que les régimes alimentaires ont aussi une influence : « Je (Yokko, hôte) suis toujours concernée par le stress lié aux repas, mais uniquement en famille ou en sortie avec des gens. Je ne suis pas stressée lorsque je mange seule ou avec ma compagne (à la maison). C’est pareil pour tout le système, avec des symptômes + ou – forts selon l’anxiété sociale de l’alter au front. Nous sommes également divisés sur la consommation d’aliments non-végétariens. 2 d’entre nous sont veggies. Dont une little à qui ça tient vraiment à coeur. Certains la suivent, d’autres se questionnent (comme moi) et d’autres mangent de la viande (comme Akano). On peut donc ressentir des nausées en influence passive lorsqu’on mange non-végétarien. »
Le système Chaos relate l’influence de la programmation : « Nous sommes presque tous concernés par les TCA, certains alters plus que d’autres. Je sais que les sources du trouble sont multiples. Par exemple, notre hôte à des TCA à cause de la dysmorphophobie, tandis que l’une de nos alters protectrices en a à cause de la programmation. Ça dépend complètement de l’alter mais malheureusement avec notre ancien environnement c’est plutôt courant dans le système. »
Lostbunny s’interroge car les alters concerné.es sont « beaucoup des littles, et comme on a beaucoup de non-humains, on se demande s’il n’y aurait pas un lien. »
Un système anonyme explique « Je suis hôte et prisme donc si je suis concernéx, tout le système est concernéx par défaut car iels passent par mon filtre, sauf spécifiquement les alters caretaker dont le rôle prend le dessus sur mes difficultés quand iels viennent au front. »
À l’inverse, chez cet autre système anonyme, c’est « Tout.e.s mes alters sauf un.e » qui sont concerné.es.
Mais souvent, savoir qui est concerné.e est plus flou, plus difficile : « C’est pas évident à estimer, car les alters directement touché.es par les TCA sont assez minoritaires, mais un nombre non-négligeable se contente de « suivre » et globalement personne ne peut vraiment ignorer les tca, même quand iels veulent manger « normalement » » relate un système anonyme.
On note aussi que des alters ne sont pas concerné.es par les TCA en même temps, comme le confie ce système : « Au tout début, seul 1 alter était concerné par les TCA. Puis à la suite d’un évènement traumatique, le reste du système a plus ou moins plongé la dedans. Aujourd’hui, la plupart de ces alters sont en dormance ou ont fusionné, et les seuls encore concernés par le trouble sont ceux qui sont toujours là. »
Et puis, les neuroatypies peuvent jouer : « Je suis très concerné-e dans le système, une autre partie l’est encore plus que moi, d’autres ont des difficultés alimentaires plus liées à notre TSA, c’est-à-dire besoins d’aliments séparés, les mêmes, textures, couleurs, etc, sans lien avec les autres tca et ce que ça englobe. »
On voit que le TCA n’est pas un trouble uniforme, mais une constellation de stratégies fonctionnelles distribuées dans le système. Ça explique pourquoi parfois tout le système est touché, parfois un.e seul.e alter, parfois ça varie selon le contexte, parfois ça évolue dans le temps (dormance, fusion…). Quand un TCA commence tôt dans la vie, il peut devenir une façon centrale de survivre émotionnellement.
Mais il ne touche pas forcément tout le système de la même manière : cela dépend du rôle des alters et de ce que le TCA permet de gérer (émotions, contrôle, trauma, identité…).
La question suivante demande si les systèmes répondants ont identifié une période, un évènement ou un.e alter lié.e au début du TCA.

On voit que pour la moitié des répondant.es (52,2%), il est clair que c’est lié à une période de vie. 26,1% identifie un évènement particulier, et 24,3% constate que le début du/des TCA est lié à un.e ou plusieurs alters. Mais notons aussi que pour 17,4% des systèmes, le début des TCA n’est pas identifié comme étant en lien avec une période, un évènement ou un.e/des alters.
Ces résultats suggèrent que les TCA apparaissent le plus souvent dans un contexte prolongé d’insécurité ou de vulnérabilité plutôt qu’en réaction à un événement unique. Chez les systèmes, ils peuvent ensuite être intégrés de manière dissociative, portés par certain.es alters ou diffusés dans le système selon leur fonction régulatrice.
Les systèmes qui développent dans la zone de commentaire libre lié à cette question mentionnent, à l’origine des TCA, du harcèlement scolaire ou familial, de la grossophobie, des traumatismes sexuels, de la dysphorie de genre, des dépressions, des neuroatypies mixées avec des périodes de vie compliquées, le début de l’autonomie à l’âge adulte, l’influence de proches déjà atteints de TCA(famille, ami.es), la programmation, et de manière générale des traumatismes en tout genre.
On pourrait imaginer une plus grande rémission parmi les TCA liés à un évènement particulier plutôt qu’à une période (il semble plus aisé de soigner un trouble dont l’origine est identifiée ET circonscrite à un évènement), mais non !
Le taux de TCA actifs est identique dans les deux cas (73%). La différence en rémission est légère (23,3% pour « évènement particulier » et 18,3% pour « période de vie ») mais assez faible. La persistance du TCA semble davantage associée à l’âge d’apparition qu’au fait qu’il soit déclenché par un événement isolé ou une période prolongée.
Mais n’oublions pas la catégorie « lié à un.e ou plusieurs alters », qui représente presque un quart des réponses. C’est conséquent, et cette catégorie n’existe évidemment pas dans une population non multiple. Cependant, 4 systèmes seulement ont coché uniquement la case « lié à un.e ou plusieurs alters », soit 3,48% des répondants à la question. On note que la majorité des systèmes qui relient le TCA à un.e ou plusieurs alters le relient aussi à une période de vie (78,6%), ou à un évènement en particulier (46,4%). 11 systèmes ont coché les 3 réponses (39,3%), ce qui peut être compris comme « Un événement survient dans une période vulnérable et le TCA est ensuite porté / structuré par un.e ou plusieurs alters. »
Et au fait, ça dure depuis combien de temps, ces TCA, en moyenne ?

On voit que les réponses sont très réparties entre les différentes catégories.
De façon décroissante, on voit que 27,8% des systèmes ont un TCA depuis/pendant + de 10 ans et moins de 20 ans, 22,6% depuis/pendant + de 5 ans et moins de 10 ans, 21,7% depuis/pendant + de 20 ans, 12,2% depuis/pendant + de 2 ans et moins de 5 ans, 4,3% depuis/pendant moins d’un an, et 2,6, soit 3 systèmes, depuis/pendant + d’un an et moins de 2 ans.
Pour résumer, les personnes multiples atteintes d’un ou plusieurs TCA le sont pendant longtemps. Et la moitié (49,6%) le sont pendant/depuis + de 10 ans.
Dans la population générale, une part importante des personnes atteintes de TCA connaît une rémission dans les 5 à 10 ans*. Dans notre échantillon, au contraire, les troubles semblent beaucoup plus durables : près de la moitié des systèmes rapportent une durée supérieure à 10 ans. Cela suggère que, chez les systèmes ayant répondu, les TCA s’inscrivent souvent dans des trajectoires longues, possiblement en lien avec des vulnérabilités développementales et des contextes de vie complexes.

Une question que l’on se posait, concernant les systèmes qui ont plusieurs troubles alimentaires, est « est-ce qu’il y a un trouble qui est majoritaire, qui est plus présent que les autres ? »

Les réponses sont une fois de plus très variées. Notons que 21,7% des systèmes ont un seul trouble alimentaire. Près de 7 systèmes sur 10 (67,8%) ont ou ont eu plusieurs TCA.
9,6% ont plusieurs troubles alimentaires dont aucun n’est plus présent que les autres.
Parmi celleux qui ont un trouble majoritaire parmi les TCA qu’iels subissent, nous avons, de façon décroissante :
19,1% des systèmes répondants dont le trouble majoritaire est l’hyperphagie.
15,7% dont le trouble majoritaire est le trouble de la prise alimentaire évitant/restrictif
14,8% dont le trouble majoritaire est l’anorexie
7% dont le trouble majoritaire est la boulimie avec comportements compensatoires.
Et 1,7% (2 systèmes) dont le trouble majoritaire est l’orthorexie.
Certains systèmes apportent des précisions :
Plusieurs expliquent qu’ils ont beaucoup alterné boulimie hyperphagique et anorexie. Ce système raconte : « ça a beaucoup évolué. Ce fut d’abord l’hyperphagie (seule), puis l’anorexie (avec l’hyperphagie toujours présente), puis l’orthorexie (comme tentative de remplacer l’anorexie), puis la période où on croyait être guérie (et du coup, pas de TCA apparent, meme si l’orthorexie, la hyperphagie et l’anorexie restait en fond, et pratiquement inactifs) puis de nouveau l’anorexie (mais l’orthorexie est probablement encore quelque part, on a plus vu de signe de notre hyperphagie). »
Les données illustrent bien cette dimension évolutive : alternance entre restriction et hyperphagie, tentatives de “remplacement” par l’orthorexie, phases de rémission apparente, puis rechutes.
Cela suggère que, chez de nombreux systèmes, les TCA ne fonctionnent pas comme des catégories fixes mais comme des stratégies adaptatives modulables autour du corps et du contrôle, susceptibles d’évoluer au fil du temps.
Et en même temps, quoi de plus normal que de trouver beaucoup de flou et de nuances en observant le fonctionnement des TCA chez des personnes multiples ?

Qu’en est-il du lien avec le corps et ses signaux, comme par exemple, la perception de la faim, de la satiété, de la soif… etc.

On s’en doutait, mais les systèmes qui perçoivent ces signaux de façon claire et fiable ne sont pas la majorité (6,1%) ! Pour environ 1 système sur 4, ces signaux sont perçus difficilement et souvent confus (26,1%), ou bien cela dépend des alters (24,3%). D’autres indiquent percevoir les signaux du corps lié à la nourriture et à l’hydratation, mais de manière fluctuante (17,4%). Pour 14,8%, certains signaux ne sont pas perçus (par exemple la faim mais pas la satiété, ou la faim mais pas la soif…). 3,5% des systèmes expliquent même ne pas du tout percevoir les signaux de faim, de satiété ou de soif et 6,1% ne les perçoivent que rarement.
En résumé, environ 94% des systèmes ayant répondu à l’enquête ne rapportent PAS une perception stable et fiable.
La dissociation avec le corps semble avoir une influence forte dans les troubles alimentaires que peuvent avoir les personnes multiples. Il est déjà reconnu que chez les personnes avec un TCA, l’alexithymie et la difficulté d’identification des signaux internes sont fréquentes**. Chez les personnes multiples, la confusion peut être décuplée par le fonctionnement même de la multiplicité. De plus, les vulnérabilités neurodéveloppementales et les expériences traumatiques précoces peuvent perturber l’apprentissage et l’intégration des sensations corporelles***. Dans le cas de la multiplicité traumagène, on peut rencontrer une interruption de l’apprentissage par l’enfant des signaux corporels : sa faim peut être ignorée, sa satiété peut être punie, l’accès à la nourriture peut être difficile ou sous conditions… Bref, tout pour inscrire durablement dans la psyché que les signaux corporels ne sont pas légitimes. Difficile alors de s’y reconnecter ! Chez les personnes multiples, cette variabilité pourrait être amplifiée par les changements d’état dissociatif ou d’alter au front, rendant la perception corporelle encore plus instable.
Un système anonyme relate : « Si je mange ou boit pas pendant plusieurs jours, je ne m’en rends pas compte jusqu’à faire des malaises »
« Non, peu importe les alters on a vraiment du mal à ressentir tout ça. En général on capte que le corps a faim quand on commence à avoir des vertiges et des nausées à cause de la faim ou on capte qu’on a soif quand nos lèvres sont trop sèches. Et puis, avec l’addiction à l’alcool, c’est difficile de se fier à la sensation de soif quand elle apparaît, parce que souvent c’est quand on est en manque qu’on ressent vraiment la soif (on a fini par faire une confusion entre craving et besoin d’eau 😭) » explique un autre système.
Pour le système Chaos : « ça dépend des alters, certains ont un plan précis pour manger et boire car le corps montre très peu de symptômes. D’autres attendent de s’évanouir et finissent par manger car le corps devient trop faible. On a souvent des gros vertiges et un peu mal aux jambes quand on a faim (aucune idée de pourquoi les jambes) mais malheureusement on a pas d’autres signes pour indiquer une faim possible. »
Un système anonyme raconte :
« La plupart des alters programmés dans le cadre militaire ne ressentent que très peu voir pas du tout les besoins essentiels à notre survie (faim, soif, sommeil, etc) »
Tandis qu’un autre dit « Je ne sais pas déterminer quand j’ai plus faim de quand j’ai trop mangé et mon ventre est distordu. »
Chez le système Naërya : « Un de nos alters, Obsidyan, ne ressent pas la sensation de faim. Quand il sent qu’il a légèrement faim et qu’un alter arrive derrière, en général on a vraiment très faim au point d’en avoir mal au ventre et d’être au bord de l’hypoglycémie. Il faut lui rappeler de manger, même si lui ne ressent pas la faim. Il est arrivé une période où il a été frontstuck pendant 6 mois, il mangeait un repas tous les deux jours. »
Les signaux physiques sont parfois contradictoires avec la réalité du corps, comme chez James : « Ça m’arrive d’oublier de manger/boire, mais ça m’arrive aussi de pleurer de douleur de faim/soif alors que je suis parfaitement hydraté et nourri. »
Ou bien c’est confondu avec d’autres signaux : « Pour certains d’entre nous la faim est confondu avec la nausée et le stress » explique un système anonyme.
Certain.es mettent en place des outils pour pallier aux signaux défaillants : « On doit mettre des alarmes pour penser à manger ou à boire. »

Pour le moment, nous avons peu parlé multiplicité, à part pour aborder les alters concerné.es. Concrètement, multiplicité et TCA, ça donne quoi ?
C’est ce que nous aborderons dans la seconde vidéo qui sera diffusée au prochain Kaléidoscope. Et oui, nous avons fait le choix de couper notre travail en deux pour que ce soit plus digeste.
Donc, on arrive à la fin de cette première partie de l’enquête !

CONCLUSION partie 1
Ce que nous avons essayé de faire ici, c’est simplement observer à quoi ressemblent les troubles alimentaires chez les systèmes qui ont répondu.
Et plusieurs choses ressortent déjà.
D’abord, les troubles alimentaires sont très présents dans cet échantillon. Près de 87 % des systèmes disent en avoir connu au moins un au cours de leur vie. Il faut évidemment rester prudent avec ce chiffre, car il existe probablement un biais de participation : les personnes concernées ont plus de chances de répondre à une enquête sur le sujet.
Mais ces réponses montrent quand même que les TCA occupent une place importante dans les trajectoires de nombreux systèmes.
Les troubles les plus fréquents dans l’enquête sont l’anorexie, qui concerne environ la moitié des systèmes, et l’hyperphagie, qui apparaît dans des proportions très proches. Viennent ensuite la boulimie avec comportements compensatoires et le trouble de la prise alimentaire évitant ou restrictif. L’orthorexie est moins fréquente.
Un point important : ces troubles ne sont pas toujours isolés. Beaucoup de systèmes décrivent plusieurs TCA au cours de leur vie, parfois avec des alternances entre différentes formes.
Autre élément marquant : l’âge d’apparition.
Dans cet échantillon, les troubles commencent souvent très tôt. Environ la moitié apparaissent entre 6 et 14 ans, et près d’un système sur cinq avant l’âge de 6 ans.
La durée est également frappante. Presque la moitié des systèmes disent vivre avec un TCA depuis plus de dix ans, et plus d’un cinquième depuis plus de vingt ans.
Les réponses montrent aussi que ces troubles ne sont pas toujours vécus de la même manière par tout le système. Dans certains cas, ils concernent presque tous les alters. Mais le plus souvent, ils semblent toucher une partie du système seulement, avec des variations suivant les périodes ou selon les alters présents au front.
Un autre élément ressort très clairement dans les réponses : le rapport au corps lui-même est souvent perturbé.
Seule une petite minorité des systèmes dit percevoir clairement les signaux de faim, de satiété ou de soif. La plupart décrivent au contraire des signaux confus, fluctuants, incomplets… ou qui changent selon les alters.
Enfin, les réponses mentionnent souvent d’autres difficultés associées, notamment des addictions ou d’autres stratégies de régulation, et de nombreuses co-morbidités.
Si on rassemble ces différents éléments, un profil se dessine dans cet échantillon — en restant bien sûr prudent.
Les troubles alimentaires apparaissent souvent tôt dans la vie, ils peuvent durer longtemps, ils prennent des formes variées, et ils s’inscrivent souvent dans un contexte plus large de difficultés liées au corps, aux émotions, ou à la régulation.
Bien sûr, ce profil ne concerne pas tous les systèmes, et ces données restent exploratoires. Mais elles permettent déjà de mieux comprendre à quoi ressemblent concrètement les troubles alimentaires dans les systèmes qui ont participé à cette enquête.
Dans la deuxième partie, nous irons un peu plus loin. Nous allons essayer de comprendre comment ces troubles fonctionnent à l’intérieur des systèmes, quels impacts ils peuvent avoir, et quelles dynamiques ils peuvent créer.
Merci d’être resté.e jusqu’à la fin de cette vidéo, que vous soyez directement concerné·es par ces sujets ou simplement allié·es et curieux·ses. Si vous le souhaitez, vous pouvez partager vos réflexions, vos questions ou votre ressenti dans le tchat ou pendant les questions-réponses dans un instant – si vous regardez cette vidéo pendant le Kaléidoscope – ou en commentaire sur Youtube si vous en regardez la rediffusion. Comme toujours, la vidéo reste disponible en replay sur la chaîne Kaléidoscope. Si elle vous a apporté quelque chose, n’hésitez pas à la partager autour de vous, avec vos proches ou sur vos réseaux : il y a peut-être quelqu’un, quelqu’un.e pour qui ces informations seront utiles.
Nous voulons aussi remercier toutes les personnes qui ont pris le temps de répondre à cette enquête et de partager leur expérience.
Ce que vous avez confié ici est vraiment précieux : pour nous, pour les autres systèmes qui se reconnaîtront peut-être dans ces témoignages, et pour toutes les personnes qui essaient encore de comprendre comment créer ou retisser ce lien à l’intérieur d’elles-mêmes.
Nous avons essayé de citer le plus de systèmes possible dans cette vidéo, mais avec le nombre de réponses reçues, il est possible que nous n’ayons pas pu mentionner tout le monde. Si votre témoignage n’est pas apparu, nous nous en excusons. Le plus souvent, c’est parce que plusieurs témoignages se recoupaient et que nous avons fait une sélection ou une fusion.
Merci à celleux qui nous soutiennent, en interne comme à l’extérieur. Votre soutien compte énormément pour nous. <3
Si vous souhaitez participer à nos prochaines enquêtes, vous pouvez nous suivre sur les réseaux sociaux via le compte @etresmultiples. Nous y partageons de façon totalement irrégulière des statistiques issues des enquêtes, des témoignages, ainsi que d’autres contenus autour de la multiplicité.
À bientôt !

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